Un trader qui envoie un swap de 50 000 $ sur Uniswap depuis son portefeuille MetaMask sans RPC protégé s’expose à un bot qui verra sa transaction avant qu’elle ne soit minée, glissera un ordre juste avant et un autre juste après, et empochera la différence. C’est le sandwich attack, la forme la plus visible du MEV (maximal extractable value). En 2026, deux services dominent la protection contre ce type d’attaque sur Ethereum : Flashbots Protect, qui revendique 2,1 millions de comptes uniques et 43 milliards de dollars de volume protégé selon les propres chiffres de Flashbots, et MEV Blocker, qui reverse 90 % du MEV capturé directement aux utilisateurs. Ce comparatif détaille leur fonctionnement, leurs performances, leurs coûts réels et la manière de basculer son wallet vers l’un ou l’autre en quelques minutes.

Qu’est-ce que le MEV et pourquoi s’en protéger en 2026

Le MEV désigne la valeur qu’un validateur, un builder ou un bot peut extraire en réordonnant, en insérant ou en censurant des transactions dans un bloc. Sur le mempool public d’Ethereum, chaque transaction en attente est visible par tous avant sa confirmation. Un bot de sandwich repère un ordre d’achat important, place sa propre transaction juste avant avec des frais de gas plus élevés, laisse l’ordre de la victime faire monter le prix, puis revend immédiatement après. La victime paie un prix dégradé sans même s’en rendre compte.

Le phénomène n’est pas marginal. Selon une analyse publiée en juin 2026 qui s’appuie sur les données d’EigenPhi, le MEV cumulé sur Ethereum dépasse 1,38 milliard de dollars depuis janvier 2020. D’autres estimations sectorielles pour 2026 évoquent environ 2,5 milliards de dollars extraits sur l’année, contre 2,2 milliards en 2025 et 1,8 milliard en 2024, une trajectoire haussière malgré la baisse du profit moyen par attaque. Les sandwich attacks représenteraient environ 20 % du MEV total, soit près de 500 millions de dollars annuels toutes chaînes confondues. Sur Ethereum seul, les pertes utilisateurs liées au sandwich se sont établies autour de 40 millions de dollars en 2025, avec un profit moyen de seulement 3 dollars par attaque, signe d’une concurrence féroce entre bots plutôt que d’un ralentissement du phénomène.

C’est dans ce contexte que les RPC protégés se sont imposés comme la réponse la plus simple pour un utilisateur individuel : au lieu d’envoyer sa transaction au mempool public, le wallet la transmet à un point d’entrée privé qui la cache aux bots jusqu’à son inclusion dans un bloc.

Flashbots Protect : le pionnier du RPC privé

Flashbots Protect est le service historique du secteur, lancé par l’organisation de recherche Flashbots. Son principe est décrit sans ambiguïté par l’équipe elle-même : les transactions envoyées via son RPC dédié sont acheminées vers un mempool privé plutôt que vers le réseau public. Comme l’explique la documentation officielle, « transactions are sent to a private Flashbots mempool where they will be hidden from frontrunning and sandwich bots », ce qui retire mécaniquement la transaction du champ de vision des bots de sandwich.

Techniquement, un utilisateur ajoute simplement l’endpoint https://rpc.flashbots.net/fast dans les paramètres réseau de son wallet. À partir de là, comme le décrit l’annonce originale du service, « whenever you make a transaction in your preferred wallet that transaction will be sent to the Flashbots RPC », qui la transmet ensuite à un système d’enchères privées auprès des builders de blocs. Ces builders peuvent effectuer du « back-running » légitime (profiter d’une transaction déjà exécutée sans la précéder) mais ne peuvent plus la sandwicher.

Les chiffres d’usage sont conséquents. Selon le rapport de Flashbots le plus souvent cité dans les analyses 2026, Protect sert 2,1 millions de comptes uniques et a protégé 43 milliards de dollars de volume sur les DEX, avec 313 ETH reversés en remboursements MEV. Le service traite plus de 30 millions de requêtes RPC par jour avec une disponibilité de 99,999 % depuis 2021. Des analyses plus récentes évoquent environ 3 millions de transactions mensuelles via Protect, soit près de 7 % du volume total de transactions sur Ethereum.

MEV Blocker : le modèle communautaire à 90 % de reversement

MEV Blocker fonctionne sur un principe proche : un RPC privé qui route les transactions vers une enchère de flux d’ordres (order-flow auction, OFA) plutôt que vers le mempool public. La différence majeure tient à son modèle économique. Le service, documenté sur docs.mevblocker.io, reverse 90 % du MEV de type back-run capturé directement à l’utilisateur, ne conservant que 10 % pour financer l’infrastructure. C’est le taux de reversement le plus élevé du secteur parmi les RPC grand public en 2026.

MEV Blocker a été conçu à l’origine par un consortium regroupant plusieurs acteurs de l’écosystème DeFi (dont CoW Swap et d’autres protocoles), ce qui explique son positionnement plus orienté « bien public » que Flashbots Protect, davantage porté par une entreprise unique. Une étude de benchmark 2025 portant sur les enchères de flux d’ordres a mesuré un impact de prix environ 21 points de base meilleur pour MEV Blocker que pour Flashbots Protect sur un échantillon de swaps protégés, ce qui traduit un glissement de prix légèrement plus faible pour les utilisateurs dans certains scénarios.

Comme Flashbots Protect, MEV Blocker s’intègre en changeant simplement le RPC par défaut du wallet. Le service ne facture aucun frais direct : son revenu provient uniquement de la part de MEV qu’il conserve.

Contrairement à Flashbots Protect et MEV Blocker, Blink ne cible pas directement l’utilisateur final. Ce service se positionne comme une brique d’infrastructure que les wallets et les fournisseurs de nœuds RPC intègrent pour proposer nativement des transactions protégées à leurs propres utilisateurs, sans que ces derniers aient besoin de changer manuellement de RPC. La répartition du MEV capturé dépend alors de l’accord négocié entre Blink et le partenaire wallet, et n’est généralement pas visible pour l’utilisateur final.

BuilderNet, de son côté, désigne une catégorie d’infrastructures de séquencement privé au niveau des builders de blocs, dans laquelle s’inscrivent des acteurs comme Titan. Le principe est similaire : les transactions n’apparaissent jamais dans le mempool public avant leur inclusion, ce qui rend le sandwich matériellement plus difficile à exécuter. Ces systèmes fonctionnent le plus souvent en coulisses, via des intégrations avec les RPC ou les DEX, plutôt que comme un point d’entrée grand public autonome.

Pour un particulier qui compare des options aujourd’hui, l’essentiel du choix se joue donc entre Flashbots Protect et MEV Blocker, les deux seuls services conçus pour être configurés directement par l’utilisateur dans son wallet.

Centralisation et neutralité : les critiques adressées aux RPC protégés

Router sa transaction par un RPC privé règle le problème du sandwich, mais en pose un autre, moins visible : celui de la confiance déléguée à un tiers. Quand un utilisateur passe par Flashbots Protect ou MEV Blocker, il confie temporairement sa transaction à un opérateur unique avant qu’elle ne soit diffusée aux builders. Cet opérateur voit le contenu de la transaction avant tout le monde, ce qui recrée, à plus petite échelle, le type de point de centralisation que la blockchain est censée éliminer.

La communauté Ethereum débat régulièrement de ce compromis depuis le lancement de Flashbots Protect. D’un côté, retirer la transaction du mempool public protège contre le sandwich ; de l’autre, cela suppose de faire confiance à l’opérateur du RPC pour ne pas lui-même exploiter l’information, ne pas la censurer, et maintenir son infrastructure disponible. C’est en partie pour répondre à cette critique que MEV Blocker a été construit comme un projet porté par un consortium plutôt que par une entreprise unique : la gouvernance partagée entre plusieurs protocoles DeFi est présentée comme une garantie supplémentaire de neutralité par ses concepteurs.

Le risque de censure reste théorique mais réel : un opérateur de RPC privé pourrait, en théorie, refuser de transmettre certaines transactions (par exemple celles provenant d’adresses sanctionnées par l’OFAC), un débat qui a déjà traversé l’écosystème des relais de blocs post-fusion. Aucun cas documenté de censure sur Flashbots Protect ou MEV Blocker n’a été rapporté à ce jour, mais l’architecture technique le permettrait. C’est un point que les utilisateurs les plus attentifs à la résistance à la censure doivent intégrer dans leur choix, à mettre en balance avec le bénéfice immédiat et mesurable de la protection anti-sandwich.

Ce que cela signifie pour les traders en France et en Europe

Pour un utilisateur basé en France ou ailleurs dans l’Union européenne, l’usage d’un RPC protégé ne change rien au cadre fiscal ou réglementaire applicable à ses transactions crypto : il ne s’agit pas d’un service financier réglementé au sens de MiCA (Markets in Crypto-Assets), mais d’une simple configuration réseau côté client. Aucune déclaration ni KYC n’est requis pour changer l’URL RPC de son wallet, contrairement à l’ouverture d’un compte sur une plateforme d’échange centralisée soumise au régime CASP (Crypto-Asset Service Provider) de MiCA.

Cela dit, le sujet du MEV commence à intéresser les régulateurs européens dans une optique de protection des investisseurs de détail. Les pertes causées par le sandwich, bien que réduites en moyenne à 3 dollars par attaque selon les données EigenPhi, touchent en pratique des dizaines de milliers d’utilisateurs chaque mois, ce qui en fait un sujet de vigilance pour les associations de défense des épargnants numériques en Europe. En pratique, la meilleure protection disponible pour un particulier français reste aujourd’hui technique plutôt que réglementaire : configurer un RPC protégé prend moins de deux minutes et ne dépend d’aucune démarche administrative.

Sur le plan pratique, la latence réseau entre l’Europe et les infrastructures de Flashbots et de MEV Blocker (hébergées majoritairement aux États-Unis) reste marginale par rapport au temps de bloc d’Ethereum, environ 12 secondes. Un utilisateur basé à Paris, Berlin ou Madrid ne constatera donc aucune différence perceptible de temps de confirmation par rapport à un utilisateur basé aux États-Unis lorsqu’il utilise l’un de ces deux RPC.

Tableau comparatif complet des caractéristiques techniques

Le tableau suivant réunit les caractéristiques principales des quatre services évoqués, à partir des données publiées par leurs équipes respectives et des analyses indépendantes citées plus haut.

CaractéristiqueFlashbots ProtectMEV BlockerBlinkBuilderNet / Titan
Type d’accèsRPC public, configuration manuelleRPC public, configuration manuelleIntégration B2B via walletInfrastructure builder, invisible côté utilisateur
Endpoint principalrpc.flashbots.net/fastrpc.mevblocker.ioVariable selon partenaireNon applicable (niveau builder)
Chaîne principaleEthereum mainnetEthereum mainnetEthereum et L2 sélectionnésEthereum
Frais utilisateur directAucun (hors gas normal)AucunAucun, négocié côté walletAucun, négocié côté infrastructure
Part du MEV reversée à l’utilisateurRebates ponctuels, 313 ETH cumulés selon Flashbots90 % du back-run MEV capturéVariable selon intégrationVariable selon intégration
Comptes/utilisateurs revendiqués2,1 millions de comptes uniquesNon communiqué publiquementNon communiqué (modèle B2B)Non applicable
Volume protégé revendiqué43 milliards $ de volume DEXNon communiqué publiquementNon communiquéNon communiqué
Requêtes quotidiennesPlus de 30 millionsNon communiquéNon communiquéNon applicable
Disponibilité revendiquée99,999 % depuis 2021Non communiquée publiquementNon communiquéeNon applicable
Mécanisme de protectionMempool privé + enchère de buildersEnchère de flux d’ordres (OFA)Routage privé B2BSéquencement privé au niveau builder
Latence d’inclusion moyenne1,49 bloc en moyenne selon un benchmark 2025Comparable, variable selon l’étudeOptimisée pour l’UX wallet partenaireVariable selon builder
Public viséTraders individuels, walletsTraders individuels orientés DeFiWallets et infrastructuresWallets, DEX, infrastructures
Modèle d’origineEntreprise FlashbotsConsortium multi-acteurs (dont CoW Protocol)Startup infrastructure MEVÉcosystème de builders indépendants

Comment fonctionne réellement la protection anti-sandwich

Il existe une confusion fréquente entre chiffrement du mempool et RPC privé. Ni Flashbots Protect ni MEV Blocker ne chiffrent la transaction elle-même : les deux services la retirent simplement du réseau de diffusion public (le gossip P2P) pour l’acheminer directement à un ensemble restreint de builders via un canal privé. C’est ce que confirme le guide technique de QuickNode sur Flashbots Protect : « transactions sent through Protect are never visible to mempool observers or MEV bots ».

Une fois la transaction reçue, le service la transmet à une enchère où plusieurs builders de blocs se disputent le droit de l’inclure. Cette compétition garantit l’inclusion rapide de la transaction (généralement dans le bloc suivant), tout en empêchant tout acteur extérieur à cette enchère de voir le contenu de la transaction avant qu’elle ne soit minée. Un builder participant peut toujours effectuer du back-running légitime, c’est-à-dire profiter du mouvement de prix généré par la transaction une fois qu’elle est confirmée, sans pouvoir la précéder. C’est précisément cette part de MEV résiduelle que MEV Blocker choisit de reverser à 90 % à l’utilisateur, quand Flashbots Protect la redistribue de façon plus ponctuelle sous forme de rebates.

Le forum officiel de Flashbots résume l’objectif en une phrase simple : « frontrunning protection: transactions will not be seen by hungry sandwich bots in the public mempool », citation extraite de la présentation officielle du service sur le forum communautaire Flashbots. Cette approche RPC-level, plutôt que cryptographique, explique pourquoi la mise en place est aussi simple qu’un changement de réseau dans MetaMask, sans extension ni logiciel supplémentaire.

Ce que disent trois études indépendantes sur les performances

Trois sources distinctes permettent de recouper les performances réelles de ces services plutôt que de se fier uniquement à leur communication.

  • Le rapport Flashbots lui-même mesure une inclusion médiane en un seul bloc, une moyenne de 1,49 bloc, un taux de succès de 84 % et une valeur moyenne de back-run de 0,00088 ETH par transaction, avec des rebates compris entre 0,001 et 0,003 ETH par swap protégé.
  • Un benchmark 2025 portant sur quatre grandes enchères de flux d’ordres (dont Flashbots Protect et MEV Blocker) a soumis des transactions identiques à chaque service. Conclusion : toutes réduisent drastiquement le risque de sandwich par rapport au mempool public, mais avec des écarts mesurables de latence et de taux de rebate selon le service utilisé, MEV Blocker affichant un léger avantage sur l’impact de prix.
  • Les données EigenPhi, recoupées dans plusieurs analyses publiées fin 2025 et courant 2026, montrent que l’extraction mensuelle liée aux sandwich attacks est passée d’environ 10 millions de dollars fin 2024 à environ 2,5 millions de dollars en octobre 2025, alors même que le volume mensuel sur les DEX grimpait à environ 100 milliards de dollars sur la même période. Cette baisse du profit total malgré la hausse du volume est directement corrélée par les analystes à l’adoption croissante des RPC protégés.

Ces trois sources convergent sur un point : la protection RPC fonctionne statistiquement, mais aucune ne prétend à une protection à 100 %. Le nombre d’attaques mensuelles reste élevé (60 000 à 90 000 par mois en 2025 selon EigenPhi), preuve que les bots continuent de cibler le mempool public et les transactions qui n’utilisent aucun RPC protégé.

Tableau des prix et modèles économiques

Aucun des deux services grand public ne facture de frais fixes. Leur monétisation repose exclusivement sur la part de MEV back-run qu’ils conservent, ce qui change la façon de comparer leur « coût » réel pour l’utilisateur.

ServiceFrais d’abonnementFrais par transactionPart du MEV conservée par le servicePart reversée à l’utilisateurCoût caché principal
Flashbots Protect0 €Gas Ethereum normal uniquementVariable, rebates ponctuels313 ETH cumulés reversés selon FlashbotsLéger risque de délai d’inclusion en période de forte congestion
MEV Blocker0 €Gas Ethereum normal uniquement10 % du back-run capturé90 % du back-run capturéMoins d’historique public sur les volumes traités
Blink (intégration wallet)0 € pour l’utilisateur finalGas Ethereum normal uniquementPart négociée avec le wallet partenaireDépend de l’accord commercial du walletRépartition du MEV rarement transparente pour l’utilisateur
BuilderNet / Titan0 € pour l’utilisateur finalGas Ethereum normal uniquementPart négociée au niveau infrastructureDépend de l’intégration en amontFonctionnement en coulisses, peu visible pour l’utilisateur

Dans les faits, le « coût » d’utilisation de ces RPC pour un particulier est nul en frais directs. La vraie différence économique se joue sur la part de MEV que chaque service choisit de reverser : MEV Blocker communique un taux fixe et élevé de 90 %, quand Flashbots Protect fonctionne davantage par rebates cumulés sans engagement contractuel sur un pourcentage précis.

Les chiffres du MEV et des attaques sandwich en 2025-2026

Comprendre l’ampleur du problème aide à juger de la pertinence d’une protection RPC. Un acteur domine largement le paysage des sandwich bots : selon les données EigenPhi citées dans plusieurs analyses de 2025-2026, l’entité connue on-chain sous le nom jaredfromsubway.eth serait responsable d’environ 70 % de l’ensemble des sandwich attacks sur Ethereum, avec des stratégies capables de cibler jusqu’à quatre victimes simultanément dans un même bloc.

Autre donnée frappante : 38 % des sandwich attacks recensées en 2025 ont ciblé des pools à faible volatilité, notamment des paires de stablecoins, où les utilisateurs s’attendent pourtant à une exécution proche du 1:1. C’est précisément ce type de transaction, en apparence anodine, qui bénéficie le plus d’un RPC protégé, puisque la marge de manœuvre pour un bot y est théoriquement faible mais reste exploitée à grande échelle du fait du volume.

Sur la période 2022-2024, avant sa croissance récente, Flashbots Protect avait déjà acheminé plus de 12 millions de transactions vers la chaîne, impliquant environ 900 000 adresses et plus de 27 milliards de dollars de volume sur les DEX. Ces chiffres ont depuis grimpé à 43 milliards de dollars et 2,1 millions de comptes, illustrant une adoption qui s’accélère à mesure que les wallets intègrent ces RPC par défaut ou en option facilement accessible.

5 cas d’usage réels sur Ethereum

Au-delà des statistiques globales, voici cinq situations concrètes où le choix d’un RPC protégé change directement le résultat d’une transaction.

  • Swap important sur un DEX : un utilisateur qui échange 50 000 $ d’ETH contre un stablecoin sur Uniswap sans protection s’expose à un sandwich classique. Un bot repère l’ordre dans le mempool public, achète juste avant pour faire monter le prix, laisse l’utilisateur exécuter son swap à un taux dégradé, puis revend immédiatement après. En passant par Flashbots Protect ou MEV Blocker, la transaction n’apparaît jamais dans le mempool public et le bot ne peut tout simplement pas l’anticiper.
  • Achat sur une paire stablecoin/stablecoin : comme le montrent les données EigenPhi, 38 % des sandwich attacks 2025 ciblaient justement ce type de pool, où les utilisateurs attendent une exécution proche du 1:1 et ne s’attendent pas à perdre quelques points de base. Un utilisateur qui bascule régulièrement entre USDC et un autre stablecoin a donc intérêt à systématiser un RPC protégé même pour de petits montants, la fréquence de ces transactions compensant la faiblesse apparente de l’enjeu unitaire.
  • Réclamation d’un airdrop très demandé : lors d’un claim massif (nouveau token, NFT très recherché), le mempool public se remplit de transactions concurrentes et de bots de MEV cherchant à profiter de la congestion pour extraire de la valeur sur les transactions liées. Un RPC privé évite d’exposer prématurément l’intention de la transaction et réduit le risque de voir son claim dépassé par un bot mieux équipé en frais de gas.
  • Wallet intégrant Blink ou une infrastructure équivalente : un utilisateur d’un wallet mobile qui n’a jamais configuré de RPC manuellement peut déjà être protégé si l’application a intégré une brique comme Blink en coulisses. C’est un cas fréquent chez les wallets grand public récents, qui préfèrent activer une protection par défaut plutôt que de demander à l’utilisateur de comprendre la mécanique du MEV.
  • Trading face à un bot dominant : avec jaredfromsubway.eth responsable d’environ 70 % des sandwich attacks selon EigenPhi, éviter le mempool public revient concrètement à éviter ce bot spécifique la majorité du temps, plus que n’importe quel autre acteur individuel du marché. Ce bot est documenté comme capable de cibler jusqu’à quatre victimes dans un seul bloc, ce qui en fait le principal adversaire statistique de tout trader actif sur Ethereum en 2026.
  • Arbitrage entre pools de liquidité : un utilisateur qui exécute plusieurs transactions rapprochées pour profiter d’un écart de prix entre deux pools s’expose à voir sa propre stratégie copiée et exécutée en avance par un bot qui observe le mempool public. Router ces transactions via un RPC protégé retire ce signal, sans changer la logique de l’arbitrage lui-même.

Guide de migration : passer d’un RPC public à un RPC protégé

Changer de RPC ne modifie ni les clés privées ni les fonds détenus par le wallet : l’opération se limite à indiquer au wallet un nouveau point d’entrée réseau. Voici la procédure pour MetaMask, valable pour la plupart des wallets basés sur EVM (Rabby, Coinbase Wallet, Frame).

  1. Ouvrir MetaMask, puis Paramètres → Réseaux.
  2. Sélectionner le réseau Ethereum Mainnet existant, ou créer un réseau personnalisé.
  3. Remplacer l’URL RPC par défaut par celle de Flashbots Protect ou de MEV Blocker.
  4. Conserver le même Chain ID (1) et le même symbole (ETH), seule l’URL RPC change.
  5. Enregistrer, puis effectuer un petit swap test pour vérifier que la transaction passe normalement.

Voici la configuration réseau typique à renseigner :

Nom du réseau : Ethereum (Flashbots Protect)
URL RPC : https://rpc.flashbots.net/fast
Chain ID : 1
Symbole : ETH
Explorateur de blocs : https://etherscan.io

Nom du réseau : Ethereum (MEV Blocker)
URL RPC : https://rpc.mevblocker.io
Chain ID : 1
Symbole : ETH
Explorateur de blocs : https://etherscan.io

Il est possible de garder les deux configurations en parallèle et de basculer selon le type de transaction, par exemple MEV Blocker pour les swaps DeFi réguliers où le taux de reversement à 90 % joue en faveur de l’utilisateur, et Flashbots Protect pour les opérations où la fiabilité d’inclusion et l’historique de disponibilité à 99,999 % priment. Aucune des deux migrations ne nécessite de frais ni d’approbation on-chain supplémentaire.

Erreurs fréquentes lors de la mise en place d’un RPC protégé

La migration vers un RPC protégé est simple, mais plusieurs erreurs reviennent régulièrement chez les utilisateurs qui la découvrent.

  • Oublier de vérifier le Chain ID : ajouter un mauvais Chain ID lors de la création du réseau personnalisé peut faire échouer les transactions ou, pire, les envoyer sur le mauvais réseau. Le Chain ID d’Ethereum mainnet reste 1, quel que soit le RPC utilisé.
  • Confondre RPC protégé et VPN : un RPC protégé ne masque pas l’adresse IP de l’utilisateur ni son identité, il protège uniquement la transaction elle-même une fois signée et envoyée. Ce n’est pas un outil de confidentialité réseau.
  • Croire que la protection s’applique rétroactivement : seules les transactions envoyées après le changement de RPC sont protégées. Une transaction déjà diffusée sur le mempool public avant la bascule reste exposée normalement.
  • Ne garder qu’un seul RPC configuré : en cas de panne ou de ralentissement ponctuel d’un service (aussi rare soit-il avec 99,999 % de disponibilité côté Flashbots), ne disposer d’aucun RPC public de secours peut bloquer temporairement l’envoi de transactions urgentes.
  • Ignorer les frais de gas affichés par le wallet : un RPC protégé n’influence pas le calcul du gas de base, seulement le chemin de diffusion de la transaction. Les pics de frais liés à la congestion du réseau restent identiques, protection ou non.

Avantages et inconvénients de chaque service

Flashbots Protect

  • Avantage : base d’utilisateurs la plus large du secteur, avec 2,1 millions de comptes et un historique de fiabilité de 99,999 % depuis 2021.
  • Avantage : volume protégé considérable (43 milliards $ revendiqués), gage de maturité de l’infrastructure.
  • Inconvénient : le mécanisme de reversement des rebates est moins systématique et moins transparent en pourcentage fixe que celui de MEV Blocker.

MEV Blocker

  • Avantage : taux de reversement fixe et élevé de 90 % du MEV back-run capturé, le plus généreux du secteur.
  • Avantage : impact de prix légèrement meilleur mesuré par le benchmark 2025 sur les enchères de flux d’ordres.
  • Inconvénient : moins de statistiques publiques détaillées sur le volume total traité, ce qui rend la comparaison d’échelle plus difficile face à Flashbots Protect.

Blink et BuilderNet

  • Avantage : protection automatique sans configuration pour l’utilisateur final, si le wallet a intégré le service.
  • Inconvénient : aucun contrôle direct de l’utilisateur sur le choix du service ni sur la part de MEV reversée, entièrement dépendante de l’accord entre le wallet et l’infrastructure.

Ce que disent les sources officielles

Plutôt que de se fier à des promesses marketing génériques, voici comment les équipes concernées décrivent elles-mêmes le fonctionnement de leur protection.

« Frontrunning protection: transactions will not be seen by hungry sandwich bots in the public mempool. »

Flashbots, présentation officielle sur le forum Flashbots Collective

« Transactions are sent to a private Flashbots mempool where they will be hidden from frontrunning and sandwich bots. »

Flashbots, documentation officielle « MEV Protection Overview »

« The Flashbots RPC endpoint is a simple tool that anyone can add to their wallet and have their transactions sent to Flashbots. »

Flashbots, billet d’annonce « Announcing Protect »

« Transactions sent through Protect are never visible to mempool observers or MEV bots. »

QuickNode, guide technique sur Flashbots Protect

Ces quatre déclarations, toutes issues de documentation officielle ou de guides techniques réputés, convergent sur le même mécanisme central : le retrait de la transaction du champ de vision public avant son inclusion, plutôt qu’un chiffrement cryptographique du contenu lui-même.

Quel service choisir selon votre profil

Le bon choix dépend moins d’une hiérarchie absolue entre les deux services que de l’usage réel qui en est fait.

  • Trader occasionnel sur DEX : MEV Blocker, pour son taux de reversement fixe à 90 % qui maximise la valeur récupérée sur des swaps ponctuels.
  • Utilisateur DeFi actif (yield farming, rebalancing fréquent) : Flashbots Protect, dont l’historique de fiabilité à 99,999 % et le volume élevé rassurent sur la constance d’inclusion en période de forte activité réseau.
  • Whale ou gros portefeuille : les deux services conviennent, mais le volume déjà protégé par Flashbots Protect (43 milliards $) en fait un choix éprouvé pour des transactions à très fort montant.
  • Développeur de wallet ou de DApp : Blink ou une intégration BuilderNet, pour offrir une protection par défaut sans exposer la complexité du choix de RPC à l’utilisateur final.
  • Utilisateur de paires stablecoins : n’importe lequel des deux RPC grand public, étant donné que 38 % des sandwich attacks 2025 ciblaient justement ces pools à faible volatilité.
  • Nouvel utilisateur peu technique : MEV Blocker, dont la configuration ne demande qu’une seule URL RPC et dont le bénéfice (90 % de reversement) est facile à expliquer sans notion technique de builder ou d’enchère.

Verdict final avec données

Les deux services retirent la transaction du mempool public avant son inclusion. Sur ce socle commun, les données penchent dans deux directions différentes selon le critère retenu. En échelle et en fiabilité historique, Flashbots Protect l’emporte avec 2,1 millions de comptes, 43 milliards de dollars de volume protégé et une disponibilité de 99,999 % depuis 2021. En reversement économique direct à l’utilisateur, MEV Blocker l’emporte avec son taux fixe de 90 % du back-run MEV capturé et un impact de prix mesuré comme légèrement meilleur (environ 21 points de base) par le benchmark 2025 sur les enchères de flux d’ordres.

Pour un utilisateur qui privilégie la maturité et l’historique éprouvé d’un service déjà utilisé par plus de deux millions de comptes, Flashbots Protect reste la référence par défaut. Pour un utilisateur qui privilégie le rendement direct sur chaque transaction protégée, MEV Blocker et son taux de reversement de 90 % constituent l’option la plus généreuse actuellement documentée sur le marché. Dans les deux cas, la donnée la plus importante reste celle d’EigenPhi : l’extraction mensuelle liée aux sandwichs est passée de 10 millions à 2,5 millions de dollars entre fin 2024 et octobre 2025, une baisse directement corrélée à l’adoption croissante de ces RPC protégés malgré des volumes de trading en hausse.

Questions fréquentes

Un RPC protégé ralentit-il mes transactions ?
Non de façon significative. Le benchmark Flashbots mesure une inclusion moyenne de 1,49 bloc, soit à peine plus qu’une inclusion standard sur le mempool public en conditions normales de réseau.

Flashbots Protect et MEV Blocker coûtent-ils quelque chose ?
Non, aucun des deux ne facture de frais d’abonnement ni de commission directe visible : ils se rémunèrent uniquement sur une partie du MEV back-run qu’ils capturent, 10 % dans le cas de MEV Blocker.

Puis-je utiliser ces RPC sur un wallet mobile ?
Oui, tant que le wallet permet d’ajouter un réseau personnalisé avec une URL RPC modifiable, ce qui est le cas de MetaMask Mobile, Rabby et de la plupart des wallets EVM courants.

Ces services fonctionnent-ils sur les Layer 2 comme Arbitrum ou Base ?
Flashbots Protect et MEV Blocker sont conçus en priorité pour Ethereum mainnet. Les Layer 2 disposent de leurs propres mécanismes de séquencement qui limitent différemment l’exposition au MEV, un sujet traité dans notre comparatif Base vs Arbitrum.

Un RPC protégé garantit-il zéro sandwich attack ?
Non. Il retire la transaction du mempool public, mais un bot participant directement à l’enchère de builders peut théoriquement toujours effectuer du back-running légitime après inclusion. Aucun des deux services ne revendique une protection à 100 %.

Qui est jaredfromsubway.eth ?
C’est le pseudonyme on-chain d’une entité qui serait responsable d’environ 70 % des sandwich attacks sur Ethereum selon les données EigenPhi, avec des stratégies capables de cibler plusieurs victimes dans un même bloc.

Dois-je changer de RPC pour chaque transaction ?
Non, une fois le réseau personnalisé enregistré dans le wallet, toutes les transactions suivantes passent automatiquement par le RPC protégé jusqu’à ce que l’utilisateur revienne manuellement au RPC public.

MEV Blocker et Flashbots Protect sont-ils compatibles avec les mêmes wallets ?
Oui, les deux ne nécessitent qu’un changement d’URL RPC standard, sans extension supplémentaire, et sont donc compatibles avec tout wallet EVM permettant l’ajout d’un réseau personnalisé.

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