Ethereum vient de tourner le dos à l’une de ses paris cryptographiques les plus ambitieux. Le 13 août 2026, le chercheur Justin Drake a confirmé que la Fondation Ethereum abandonne Poseidon, la fonction de hachage « algébrique » choisie début 2025 pour la couche de base du réseau, au profit d’algorithmes bien plus anciens : SHA et surtout BLAKE3. Huit ans de travaux, un programme de cryptanalyse doté d’un million de dollars, et in fine un constat simple : les preuves à divulgation nulle de connaissance (ZK) ont tellement progressé que l’avantage de Poseidon a fondu, pendant que les doutes sur sa robustesse grandissaient. Ce revirement, révélé par plusieurs médias spécialisés dont CryptoBriefing et PostQuantum.com, dépasse largement le cercle des développeurs Ethereum : il repositionne BLAKE3 comme candidat sérieux pour les infrastructures cryptographiques de la décennie post-quantique.
Le 13 août 2026 : l’annonce qui change la donne
Tout est parti d’un message publié sur X par Justin Drake, chercheur reconnu de la Fondation Ethereum, le 13 août 2026. Après plus d’un an à évaluer Poseidon comme candidat pour remplacer le hachage historique au niveau de la couche 1 (L1), l’organisation penche désormais vers SHA et BLAKE3, deux familles d’algorithmes éprouvées depuis des décennies. L’information a été reprise le lendemain par CryptoRank, puis détaillée le 15 août par PostQuantum.com et par CryptoBriefing, qui ont chacun interrogé la logique du virage.
Le choix n’est pas anodin. Poseidon avait été conçu spécifiquement pour réduire le coût de vérification des calculs à l’intérieur des circuits ZK, un enjeu central pour les rollups et les preuves de validité qui doivent, à terme, sécuriser l’essentiel du trafic Ethereum. Abandonner ce pari après huit ans de développement revient à reconnaître que l’écosystème s’est trompé de cheval, ou du moins que le cheval n’est plus le meilleur choix aujourd’hui. Le programme de cryptanalyse doté d’un budget de 1 million de dollars, lancé pour stress-tester Poseidon, continue formellement de tourner jusqu’en décembre 2026, mais la dynamique de la communauté Ethereum Research a déjà basculé vers les hachages classiques.
Poseidon, le pari cryptographique de huit ans
Pour comprendre l’ampleur du revirement, il faut revenir à l’origine de Poseidon. La fonction de hachage a été co-conçue en 2021 par le cryptographe Dmitry Khovratovich, avec un objectif précis : réduire le nombre de contraintes arithmétiques nécessaires pour vérifier un hachage à l’intérieur d’un circuit à divulgation nulle de connaissance. Contrairement à SHA-256 ou Keccak, construits sur des opérations bit à bit peu adaptées aux courbes elliptiques utilisées en ZK, Poseidon repose sur des opérations dans un corps fini, ce qui le rend nativement « ZK-friendly ».
C’est en février 2025 que Vitalik Buterin a porté l’idée sur le devant de la scène, en proposant publiquement de migrer le hachage de la couche de base d’Ethereum vers Poseidon. L’argument central : des comptages de contraintes drastiquement plus bas que les hachages traditionnels dans les circuits ZK, un atout décisif à l’heure où Ethereum mise tout sur les preuves de validité pour scaler. Le forum Ethereum Magicians a même vu émerger l’EIP-5988, une proposition visant à ajouter un précompilé natif pour Poseidon, preuve que l’idée était prise très au sérieux au sein de l’écosystème.
Mais dix-huit mois plus tard, le paysage a changé du tout au tout. D’un côté, les systèmes de preuve ZK ont fait des bonds de performance qui ont rattrapé une bonne partie du retard des hachages traditionnels. De l’autre, des interrogations sérieuses sur la sécurité de Poseidon ont commencé à circuler dans la communauté de recherche, à un moment où le réseau sécurise plusieurs centaines de milliards de dollars de valeur.
Les doutes sur la sécurité qui ont fait basculer le débat
Dès août 2026, la communauté Ethereum Research s’est mise à discuter ouvertement de faiblesses potentielles dans Poseidon. Les échanges rapportés par CryptoBriefing pointent deux zones de risque : la résistance aux attaques de préimage, qui consistent à retrouver une entrée produisant une empreinte donnée, et la robustesse de certaines configurations de tours de la fonction face à des adversaires disposant de puissance de calcul importante. Rien de comparable à une faille prouvée ou à une collision démontrée, mais suffisamment de zones d’ombre pour inquiéter une équipe qui doit garantir la sécurité d’un réseau pesant plusieurs centaines de milliards de dollars.
Le contraste est frappant avec BLAKE3 et la famille SHA. BLAKE3, créé en 2020 par Jack O’Connor, Jean-Philippe Aumasson, Samuel Neves et Zooko Wilcox-O’Hearn, revendique un niveau de sécurité de 128 bits pour l’ensemble des objectifs standards (préimage, collision, différentiabilité), un niveau comparable à SHA3-256. Ces garanties s’appuient sur des décennies d’analyse cryptographique cumulée depuis BLAKE et BLAKE2, deux algorithmes qui ont déjà survécu à des compétitions publiques de cryptanalyse. Poseidon, lui, n’a que cinq ans d’existence et un corpus d’analyse bien plus restreint.
C’est cette asymétrie de maturité qui pèse dans la balance. Miser l’avenir cryptographique d’un réseau de plusieurs centaines de milliards de dollars sur un algorithme jeune, même séduisant sur le papier, expose à un risque que la Fondation Ethereum n’est visiblement plus prête à assumer une fois que l’alternative traditionnelle est redevenue compétitive en performance.
BLAKE3, l’algorithme qui rebat les cartes
BLAKE3 n’a rien d’un nouveau venu. L’algorithme a été annoncé en janvier 2020 comme un travail conjoint entre O’Connor, Aumasson, Neves et Wilcox-O’Hearn, sponsorisé par Electric Coin Company et Teserakt AG. Son architecture combine une structure d’arbre de Merkle offrant un parallélisme théoriquement illimité, un streaming vérifié, et des fonctions intégrées de MAC (code d’authentification de message), de PRF (fonction pseudo-aléatoire), de XOF (fonction de sortie extensible) et de dérivation de clé. Un seul algorithme qui couvre l’essentiel des besoins cryptographiques d’une infrastructure moderne.
Sur le plan des performances brutes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur un processeur Intel Cascade Lake-SP 8275CL, des benchmarks indépendants mesurent BLAKE3 environ 5 fois plus rapide que BLAKE2, 15 fois plus rapide que SHA3-256 et à peu près 10 fois plus rapide que SHA-2 sur un test de hachage de fichier d’1 Go. Ces écarts, documentés depuis plusieurs années par InfoQ, expliquent pourquoi BLAKE3 s’est imposé au fil du temps comme le choix par défaut dans les systèmes qui doivent hacher de gros volumes de données rapidement : gestionnaires de paquets, systèmes de fichiers, outils de build, et désormais infrastructures blockchain.
Le développement de l’algorithme reste actif : la dernière version stable des implémentations officielles en Rust et en C, la 1.8.2, a été publiée le 21 avril 2025 sur le dépôt GitHub BLAKE3-team/BLAKE3. Ce n’est pas un projet de recherche à l’abandon mais une bibliothèque maintenue, utilisée en production dans l’écosystème Rust et C, ce qui constitue un argument de poids pour une équipe qui cherche la stabilité plutôt que l’exotisme.
Comparatif de performance : Poseidon, BLAKE3, SHA-256 et Keccak
Pour objectiver le débat, voici les données de performance les plus récentes disponibles, issues des benchmarks publiés par Espresso et repris par PostQuantum.com le 15 août 2026, mesurés sur un cœur puis sur dix cœurs d’une puce Apple M4 Max dans le cadre du prouveur SNARK Flock.
| Fonction de hachage | Compressions/s (1 cœur, M4 Max) | Compressions/s (10 cœurs) | Sécurité revendiquée | Année de conception |
|---|---|---|---|---|
| BLAKE3 | 82 100 | 660 000 | 128 bits | 2020 |
| SHA-256 | 42 100 | ~338 000 (estimation Flock) | 128 bits (résistance collision) | 2001 (NIST) |
| Keccak (SHA-3) | 30 700 (permutations/s) | Non communiqué | 128 à 256 bits selon variante | 2015 (standard NIST) |
| Poseidon | Optimisé pour circuits ZK, pas pour calcul brut | Non comparable directement | Non consolidée (5 ans d’analyse) | 2021 |
Ce tableau illustre le cœur du problème : Poseidon n’a jamais été pensé pour rivaliser en vitesse de calcul brute, mais pour minimiser le nombre de contraintes dans un circuit ZK. Le hic, c’est que l’écart de contraintes qui justifiait son adoption s’est réduit à mesure que les systèmes de preuve progressaient, pendant que BLAKE3 continuait d’accumuler des gains de performance grâce à l’accélération matérielle.
Flock, le prouveur SNARK qui a changé les calculs
La preuve technique qui a le plus pesé dans le basculement vient d’un autre projet, distinct d’Ethereum : Flock, un prouveur SNARK dévoilé le 26 juin 2026 par Espresso, en collaboration avec Ron Rothblum (Succinct) et le chercheur William Wang (NYU). Flock revendique le statut de prouveur le plus rapide actuellement disponible, avec un résultat spectaculaire : générer une preuve post-quantique de signature-hachage pour un bloc Bitcoin entier en environ 2,5 secondes.
Sur ce même banc d’essai, l’équipe rapporte que le calcul de preuve avec SHA-256 est environ 9 fois plus rapide que la meilleure solution SHA-256 antérieure, Binius64. Pour BLAKE3, le gain grimpe à environ 14 fois plus rapide que Binius64 et que Plonky3 appliqué à BLAKE3. Ces chiffres, relayés le même jour par BingX puis repris mi-août par CryptoRank, ont directement alimenté l’argumentaire de la Fondation Ethereum : si les hachages traditionnels peuvent désormais être prouvés presque aussi vite que les hachages algébriques, pourquoi continuer à porter le risque de sécurité de Poseidon ?
Un autre exemple, moins directement lié à Ethereum mais révélateur d’une tendance de fond, vient de Pearl Research. Le 18 juin 2026, l’équipe a publié une implémentation entièrement native GPU de BLAKE3, conçue pour rester à l’intérieur d’un pipeline d’intelligence artificielle sans faire d’allers-retours vers le CPU. Résultat annoncé : un gain de vitesse d’environ 400 fois par rapport à une implémentation GPU antérieure baptisée BLAZE3, en s’appuyant sur des techniques propres aux GPU de génération Hopper (chargements TMA, layouts CuTe, « swizzling » en mémoire partagée). BLAKE3 y a été choisi explicitement pour sa parallélisabilité plutôt que pour un hachage de type SHA.
Chronologie : de l’annonce de Buterin à l’abandon de Poseidon
| Date | Événement |
|---|---|
| 2020 (janvier) | Annonce publique de BLAKE3 par O’Connor, Aumasson, Neves et Wilcox-O’Hearn |
| 2021 | Conception de Poseidon par Dmitry Khovratovich, orienté circuits ZK |
| Février 2025 | Vitalik Buterin propose publiquement Poseidon pour le hachage de couche de base d’Ethereum |
| 21 avril 2025 | Publication de BLAKE3 version 1.8.2 (Rust/C) sur GitHub |
| 18 janvier 2026 | Phoronix rapporte une implémentation GPU expérimentale de BLAKE3 via Vulkan |
| 18-19 juin 2026 | Pearl Research publie un BLAKE3 GPU-natif, gain de ~400x pour le hachage à entrée unique |
| 26 juin 2026 | Espresso dévoile Flock, preuve SNARK d’un bloc Bitcoin en 2,5 secondes |
| 13 août 2026 | Justin Drake annonce l’abandon de Poseidon par la Fondation Ethereum |
| 15 août 2026 | PostQuantum.com et CryptoBriefing détaillent les benchmarks et les raisons du virage |
| Décembre 2026 | Fin prévue du programme de cryptanalyse à 1 million de dollars sur Poseidon |
Ce que l’annonce ne dit pas encore
Il faut être précis sur la portée réelle de cette annonce. La Fondation Ethereum n’a pas publié de spécification finale : le choix entre SHA-2, SHA-256 spécifiquement, BLAKE2s ou BLAKE3 reste, selon les propres termes de Justin Drake, une « liste courte » et non une décision figée. Aucun calendrier de déploiement n’a été communiqué, et le programme de cryptanalyse sur Poseidon continue formellement de tourner jusqu’en décembre 2026, ce qui laisse une porte, même étroite, ouverte à une réhabilitation partielle de l’algorithme pour des usages plus périphériques que la couche de base.
Ce flou est important pour les équipes qui développent des rollups ZK ou des circuits reposant sur des précompilés hypothétiques comme celui proposé dans l’EIP-5988. Tant qu’aucune spécification finale n’est publiée, les projets qui avaient commencé à intégrer Poseidon dans leurs circuits de production doivent composer avec une incertitude directe sur la pérennité de leur architecture cryptographique.
Le contexte post-quantique européen : ANSSI et ENISA en embuscade
Le calendrier de cette annonce n’est pas neutre pour l’Europe. L’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) a publié le 2 juin 2026 le premier projet de la version 3 de son document « Agreed Cryptographic Mechanisms » (ACM), soumis à consultation publique jusqu’à fin juillet 2026. Ce texte, qui détermine quels mécanismes cryptographiques sont acceptés par les autorités nationales de certification pour les produits candidats à la certification européenne, intègre déjà ML-KEM (FIPS 203) et FrodoKEM pour l’établissement de clés, ainsi que ML-DSA (FIPS 204) et SLH-DSA (FIPS 205) pour les signatures numériques post-quantiques. Fait notable pour notre sujet : EdDSA y est formellement ajouté comme nouveau mécanisme de signature agréé, un signal supplémentaire que les régulateurs européens privilégient les constructions cryptographiques éprouvées plutôt que les designs expérimentaux, exactement la logique qui vient de guider Ethereum.
Sur le plan industriel, la France a montré des signaux similaires. Un projet de politique nationale, évoqué fin mars 2026 en amont d’un rendez-vous auquel le président Emmanuel Macron devait participer, prévoyait des incitations ciblant les start-up spécialisées dans les preuves à divulgation nulle de connaissance et la cryptographie post-quantique, dans une logique de construction d’un marché de capitaux européen unifié appuyé sur les registres distribués. La convergence entre le virage technique d’Ethereum et l’agenda réglementaire européen n’est pas fortuite : les deux mondes arrivent à la même conclusion, à savoir que la robustesse éprouvée doit primer sur l’élégance théorique quand des sommes considérables sont en jeu.
Impact sur le marché et les développeurs
Concrètement, ce changement de cap a plusieurs conséquences en cascade. D’abord pour les équipes de rollups ZK (zk-EVM, zk-rollups divers) qui avaient commencé à concevoir leurs circuits autour des propriétés algébriques de Poseidon : elles devront réévaluer leurs choix, potentiellement réécrire des portions de circuits pour intégrer BLAKE3 ou SHA, avec un coût de développement et de ré-audit non négligeable. Ensuite pour les fournisseurs d’infrastructure de preuve (proving-as-a-service), dont les feuilles de route matérielles devront désormais prioriser l’accélération de BLAKE3 et SHA plutôt que celle des hachages algébriques.
Le cas de Binance, documenté en avril 2026, illustre par ailleurs un usage industriel déjà installé des arbres de Merkle en dehors même du contexte Ethereum : la plateforme compresse les données de comptes clients en une seule empreinte cryptographique pour ses preuves de réserves, permettant de démontrer que le total des actifs clients correspond aux passifs sans dévoiler les soldes individuels. Cet exemple montre que la structure d’arbre de Merkle intégrée nativement dans BLAKE3 n’est pas qu’un détail académique : elle correspond exactement au type de primitive dont les plateformes d’échange ont besoin pour leurs obligations de transparence réglementaire, y compris sous MiCA en Europe.
Pour les développeurs d’applications, l’effet immédiat est plutôt rassurant : SHA et BLAKE3 bénéficient déjà d’un support matériel et logiciel large, contrairement à Poseidon qui exigeait des implémentations sur mesure. Cette compatibilité réduit la surface de risque d’implémentation, un facteur trop souvent sous-estimé dans les audits de sécurité des contrats intelligents et des circuits ZK.
Un parallèle éclairant avec TLS et les protocoles historiques
Ce schéma n’est pas inédit dans l’histoire de la cryptographie appliquée. Les protocoles de sécurité les plus critiques ont presque toujours fini par converger vers des primitives longuement étudiées plutôt que vers les constructions les plus optimisées sur le papier. TLS a suivi la même trajectoire : les versions successives du protocole ont progressivement éliminé les suites cryptographiques exotiques ou peu auditées au profit d’un socle restreint d’algorithmes ayant fait l’objet d’un examen public prolongé. La leçon qui traverse ces deux histoires, TLS et maintenant Ethereum, est constante : dans une infrastructure qui protège des sommes considérables ou des communications sensibles, la maturité cryptographique pèse plus lourd que le gain de performance théorique, surtout quand ce dernier finit par se réduire avec le temps.
Le cas Poseidon illustre aussi un biais classique de l’ingénierie cryptographique : optimiser trop tôt pour une contrainte (ici, le coût en circuit ZK) au risque de sacrifier une contrainte plus fondamentale (la profondeur d’analyse de sécurité). Quand la première contrainte cesse d’être aussi critique, grâce aux progrès des systèmes de preuve, il ne reste plus grand-chose pour justifier le risque pris sur la seconde.
Ce que cela signifie si vous ne développez pas sur une blockchain
La portée de ce virage dépasse le petit monde des blockchains. BLAKE3 est déjà largement utilisé en dehors de la cryptomonnaie : gestionnaires de versions, systèmes de build, outils de synchronisation de fichiers, et de plus en plus de pipelines d’apprentissage automatique où il sert à vérifier l’intégrité de jeux de données volumineux ou à générer des empreintes de modèles. Le fait qu’un acteur aussi exigeant qu’Ethereum le retienne comme candidat de référence pour sécuriser une infrastructure de plusieurs centaines de milliards de dollars constitue un signal de confiance supplémentaire pour tous les ingénieurs logiciels qui hésitent encore entre BLAKE3 et les hachages plus anciens dans leurs propres systèmes.
Pour les équipes de sécurité qui préparent la transition post-quantique, l’épisode confirme aussi une tendance de fond documentée par l’ENISA : les fonctions de hachage traditionnelles comme SHA-256 et BLAKE3 sont considérées comme plus simples à évaluer dans les modèles de sécurité post-quantiques, en partie parce que leurs fondements mathématiques sont mieux compris que ceux de constructions plus récentes et plus spécialisées.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
Plusieurs échéances méritent d’être suivies de près pour mesurer la suite de ce dossier.
- La spécification finale du hachage L1 d’Ethereum : la Fondation devra trancher entre SHA-2, SHA-256, BLAKE2s ou BLAKE3, un choix qui déterminera l’architecture des circuits ZK pour les années à venir.
- La fin du programme de cryptanalyse Poseidon, prévue en décembre 2026, qui pourrait publier des résultats formels sur les soupçons de faiblesse évoqués en août.
- La finalisation de l’ACM v3 de l’ENISA, dont la consultation publique s’est achevée fin juillet 2026, et qui influencera directement les choix cryptographiques acceptés pour la certification européenne des produits.
- L’évolution des prouveurs SNARK concurrents de Flock, qui pourraient encore réduire l’écart de performance entre hachages classiques et hachages algébriques, ou au contraire confirmer l’avance prise par BLAKE3 et SHA.
- L’adoption de BLAKE3 par d’autres écosystèmes blockchain, notamment ceux construits autour de preuves de type Bitcoin post-quantique comme celle démontrée par Flock.
Cinq prédictions pour la suite de ce dossier
1. Une spécification officielle avant la fin 2026 ou début 2027. Compte tenu de la pression déjà exercée par le programme de cryptanalyse et l’échéance de décembre 2026, un choix formel entre SHA et BLAKE3 devrait être publié dans les mois suivant la clôture du programme.
2. BLAKE3 l’emportera probablement sur SHA-256 pour les nouveaux circuits. Les gains de performance mesurés par Flock (jusqu’à 14x face à Binius64) et par Pearl Research (jusqu’à 400x en contexte GPU) plaident en faveur de BLAKE3 plutôt que de SHA-256 dès lors que le critère de vitesse reste déterminant.
3. D’autres projets ZK vont revoir leur dépendance à Poseidon. Le précédent créé par Ethereum, l’acteur le plus scruté de l’écosystème, va probablement pousser d’autres protocoles ayant adopté Poseidon ou des hachages algébriques similaires à réévaluer leur choix, au moins à titre d’audit de précaution.
4. L’accélération matérielle de BLAKE3 va s’intensifier. Après les implémentations Vulkan de janvier 2026 et le travail GPU-natif de Pearl Research en juin, il faut s’attendre à ce que les fabricants de puces et les fournisseurs de cloud spécialisés en preuve ZK investissent davantage dans du silicium optimisé pour BLAKE3.
5. Le régulateur européen renforcera son alignement avec ces choix. À mesure que l’ACM v3 de l’ENISA se stabilise et que l’échéance de certification post-quantique de l’ANSSI approche de 2027, les algorithmes matures comme BLAKE3, SHA-2 et EdDSA devraient continuer de gagner du terrain réglementaire face aux constructions expérimentales, quel que soit leur secteur d’application.
Foire aux questions
Qu’est-ce que Poseidon et pourquoi Ethereum l’avait-il choisi ?
Poseidon est une fonction de hachage conçue en 2021 par le cryptographe Dmitry Khovratovich, pensée pour minimiser le nombre de contraintes arithmétiques dans les circuits à divulgation nulle de connaissance. Vitalik Buterin l’avait proposée en février 2025 pour la couche de base d’Ethereum en raison de son efficacité dans les circuits ZK.
Pourquoi Ethereum abandonne-t-il Poseidon en 2026 ?
Deux raisons principales, selon les informations rapportées le 13 août 2026 par le chercheur Justin Drake : des inquiétudes croissantes sur la résistance de Poseidon face aux attaques de préimage, et le fait que les systèmes de preuve ZK ont tellement progressé que les hachages traditionnels comme SHA et BLAKE3 sont redevenus compétitifs en performance, sans porter le même niveau d’incertitude sécuritaire.
BLAKE3 est-il plus sûr que Poseidon ?
BLAKE3 revendique un niveau de sécurité de 128 bits pour la préimage, la collision et la différentiabilité, un niveau appuyé par des décennies d’analyse cumulée depuis BLAKE et BLAKE2. Poseidon, conçu en 2021, n’a bénéficié que d’environ cinq ans de cryptanalyse publique, une durée jugée insuffisante pour sécuriser une infrastructure de plusieurs centaines de milliards de dollars selon les débats relayés par la communauté Ethereum Research.
Quelle est la différence de performance entre BLAKE3 et SHA-256 ?
Selon les benchmarks du prouveur Flock d’Espresso publiés le 15 août 2026 sur puce Apple M4 Max, BLAKE3 atteint 82 100 compressions par seconde sur un cœur contre 42 100 pour SHA-256, et dépasse 660 000 compressions par seconde sur dix cœurs. Sur des benchmarks CPU classiques (Intel Cascade Lake-SP), BLAKE3 est mesuré environ 10 fois plus rapide que SHA-2.
Le changement va-t-il retarder la feuille de route post-quantique d’Ethereum ?
Aucun calendrier précis n’a été communiqué à ce stade. La Fondation Ethereum n’a pas encore publié de spécification finale entre SHA-2, SHA-256, BLAKE2s ou BLAKE3, et le programme de cryptanalyse de Poseidon continue formellement jusqu’en décembre 2026. Une décision définitive est attendue dans les mois suivant cette échéance.
Est-ce que cela concerne aussi le Bitcoin ?
Indirectement, oui. Le prouveur Flock d’Espresso, qui a servi de référence dans les benchmarks BLAKE3, a été utilisé pour générer une preuve post-quantique de signature-hachage d’un bloc Bitcoin entier en environ 2,5 secondes, démontrant que ces travaux dépassent le seul cadre d’Ethereum et intéressent l’ensemble de l’écosystème blockchain confronté à la menace quantique.
Que doivent faire les équipes qui utilisent déjà Poseidon dans leurs circuits ZK ?
Sans spécification finale côté Ethereum, les projets ayant intégré Poseidon dans leurs circuits de production doivent suivre de près l’issue du programme de cryptanalyse de décembre 2026 et anticiper un audit de leur architecture cryptographique, en particulier si leurs circuits reposent sur des précompilés hypothétiques comme celui proposé dans l’EIP-5988.
BLAKE3 est-il utilisé en dehors des blockchains ?
Oui, largement. BLAKE3 équipe déjà des gestionnaires de versions, des systèmes de build, des outils de synchronisation de fichiers et des pipelines d’apprentissage automatique pour vérifier l’intégrité de jeux de données ou générer des empreintes de modèles, bien avant d’être envisagé pour la couche de base d’Ethereum.
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Sources externes citées dans cet article : PostQuantum.com, CryptoBriefing, CryptoRank, BingX, Phoronix, dépôt officiel BLAKE3 et PQShield sur l’ACM v3 de l’ENISA.




