Le 24 septembre 2026, un peu avant 18h31 UTC, des transferts non autorisés ont commencé à vider une partie des portefeuilles chauds de Bitget. En quelques heures, la plateforme suspendait ses retraits. Le montant final de la perte a grimpé jusqu’à 387,5 millions de dollars, loin devant l’estimation initiale de 351,6 millions. Cinq jours plus tard, la question que se posent des milliers d’utilisateurs français et européens n’a rien d’abstrait : faut-il faire confiance à Bitget, ou vaut-il mieux migrer vers Coinbase ou Kraken ? Ce comparatif passe au crible les trois plateformes sur leur sécurité, leur conformité MiCA, leurs frais et leur réponse aux incidents, avec des chiffres sourcés à chaque étape.
Que s’est-il passé chez Bitget le 24 septembre 2026 ?
L’alerte est tombée un jeudi soir. Des chercheurs en sécurité blockchain ont repéré des mouvements suspects depuis l’infrastructure de portefeuilles chauds et tièdes de Bitget, selon le rapport publié par Crypto.news. Bitget a coupé les retraits dans la foulée, tout en maintenant les dépôts et le trading actifs pour éviter une panique généralisée chez ses utilisateurs.
Le montant a bougé plusieurs fois en 48 heures. La première estimation, publiée le jour même, s’élevait à 351,6 millions de dollars. Le lendemain, après l’identification de transferts supplémentaires impliquant du Zcash (ZEC) et des adresses TRON, la facture a été révisée à la hausse pour atteindre environ 387,5 millions de dollars, comme le détaille Finance Magnates. Bitget affirme de son côté que les données techniques suggèrent une manipulation des processus d’approbation de transaction plutôt qu’un vol direct de clés privées, une piste rapportée par Unchained. Le vecteur technique exact n’était toujours pas confirmé publiquement au 29 septembre.
Sur l’origine de l’attaque, la piste privilégiée pointe vers la Corée du Nord. Des adresses IP liées à des services VPN associés à des groupes nord-coréens ont été relevées dans l’enquête, selon Gizmodo. Aucun groupe précis, comme Lazarus, n’a toutefois été formellement identifié à ce stade : il s’agit d’une piste d’attribution, pas d’une certitude judiciaire. Bitget a aussi proposé une prime de récupération de 5 % aux acteurs capables d’aider à geler ou restituer les fonds volés, une offre relayée par Coin360.
Bitget, Coinbase, Kraken : trois modèles de plateformes différents
Comparer ces trois exchanges revient à comparer trois philosophies. Bitget, fondé à Singapour puis basé aux Seychelles, a construit sa croissance sur le trading de produits dérivés, le copy trading et une expansion agressive hors des juridictions les plus régulées. Coinbase, coté au Nasdaq depuis 2021, a fait de la conformité réglementaire son argument commercial numéro un, avec un agrément obtenu via la Banque centrale d’Irlande qui lui permet d’opérer sous le régime MiCA dans l’ensemble de l’Union européenne. Kraken, fondé en 2011 à San Francisco, revendique lui aussi une autorisation MiCA obtenue via l’Irlande, avec une présence renforcée au Luxembourg.
Ces différences structurelles pèsent directement sur le niveau de risque perçu par un utilisateur basé en France. Un exchange sans licence européenne opère dans un vide juridique : en cas de litige après un piratage, le recours d’un client français reste limité, faute de régulateur national compétent pour trancher. C’est précisément le nœud du problème pour Bitget en ce mois de septembre 2026.
Le contraste devient encore plus net si l’on regarde la structure actionnariale de chaque société. Coinbase publie ses comptes chaque trimestre parce que la loi américaine l’y oblige en tant que société cotée, ce qui offre un niveau de visibilité financière qu’aucun exchange privé ne propose spontanément. Kraken, bien que non coté, a choisi depuis plusieurs années de communiquer régulièrement sur ses effectifs de sécurité et ses pratiques de garde, sans toutefois atteindre le niveau de détail imposé à une entreprise publique. Bitget, enfin, communique surtout via des chiffres marketing, comme son fonds de protection ou sa preuve de réserves mensuelle, sans obligation légale de les faire certifier par un tiers indépendant reconnu par un régulateur européen.
Tableau comparatif : sécurité, conformité et frais
Voici la synthèse des critères qui comptent vraiment quand on choisit où loger ses cryptomonnaies en 2026.
| Critère | Bitget | Coinbase | Kraken |
|---|---|---|---|
| Frais spot (maker/taker) | 0,10 % / 0,10 %, réduit à 0,08 % avec BGB | Environ 0,40 % / 0,60 % en entrée de gamme | À partir de 0 % / 0,09 % sur les tranches à fort volume |
| Statut MiCA (UE) | Non autorisé, dossier déposé en Autriche | Autorisé via la Banque centrale d’Irlande | Autorisé via la Banque centrale d’Irlande |
| Incident majeur 2025-2026 | Piratage du 24 septembre 2026, 387,5 M$ | Aucun incident majeur recensé dans les sources consultées | Aucun piratage d’infrastructure recensé depuis sa création en 2011 |
| Fonds de protection des utilisateurs | Plus de 464 M$, environ 5 500 BTC | Non communiqué publiquement dans un document dédié | Non communiqué publiquement dans un document dédié |
| Preuve de réserves publiée | Mensuelle depuis décembre 2022, selon Digital Asset Radar | Non vérifiable dans les sources consultées | Non vérifiable dans les sources consultées |
| Retraits suspendus en 2026 | Oui, du 24 au 28 septembre pour le BTC | Non signalé | Non signalé |
| Prime de récupération post-piratage | 5 % offerts aux hackers ou intermédiaires | Sans objet | Sans objet |
| Cotation boursière de la maison mère | Non coté | Coté au Nasdaq depuis avril 2021 | Non coté |
| Siège social principal | Seychelles / opérations depuis Singapour | États-Unis | États-Unis |
| Ancienneté de la plateforme | Fondé en 2018 | Fondé en 2012 | Fondé en 2011 |
| Disponibilité pour les résidents français | Accessible mais sans statut PSAN confirmé | Accessible sous passeport MiCA | Accessible sous passeport MiCA |
| Produit phare | Dérivés, copy trading, spot | Spot, staking, garde institutionnelle | Spot, staking, Kraken Pro |
Un chiffre résume la situation : sur ces douze critères, Bitget est la seule des trois plateformes à cumuler l’absence de licence MiCA et un piratage confirmé en 2026. Ce n’est pas une coïncidence si les discussions sur les forums français ont explosé depuis le 24 septembre.
Chronologie du piratage Bitget, heure par heure
Comprendre la vitesse de réaction d’un exchange après une brèche donne souvent plus d’informations que le montant volé lui-même. Voici la séquence complète, reconstituée à partir des rapports disponibles.
| Date | Événement |
|---|---|
| 24 septembre, vers 18h31 UTC | Détection de transferts non autorisés depuis les portefeuilles chauds et tièdes de Bitget |
| 24 septembre | Suspension des retraits, dépôts et trading maintenus |
| 24 septembre | Première estimation de la perte à 351,6 millions de dollars |
| 25 septembre | Identification de transferts additionnels sur les réseaux Zcash et TRON |
| 25 septembre | Bitget indique que le Fonds de Protection des Utilisateurs couvrira la perte |
| 25-26 septembre | Révision du montant total à environ 387,5 millions de dollars |
| 26 septembre | Annonce d’un calendrier de reprise progressive des retraits |
| 28 septembre, 08h00 UTC | Reprise des retraits en Bitcoin |
| 29 septembre | Reprise programmée des retraits en Ether |
| 30 septembre | Reprise programmée des retraits en USDT |
| 2 octobre | Reprise programmée des autres jetons, des retraits fiat et du service P2P |
Neuf jours séparent la détection de l’incident et le retour annoncé à un fonctionnement normal. C’est un délai comparable à celui observé lors d’autres grands piratages d’exchanges, mais il reste long pour un utilisateur qui a besoin d’accéder à ses fonds dans l’urgence.
Le Fonds de Protection des Utilisateurs : 464 M$ suffisent-ils ?
Bitget met en avant son User Protection Fund, doté de plus de 464 millions de dollars et adossé à environ 5 500 BTC selon les chiffres cités par Finance Magnates. Sur le papier, ce montant dépasse la perte estimée de 387,5 millions de dollars. Dans les faits, la perte représenterait environ 84 % de la valeur totale du fonds, un ratio calculé par Finance Magnates à partir des deux chiffres officiels.
Selon la dirigeante de Bitget Gracy Chen, citée dans plusieurs médias spécialisés, la perte entre dans le périmètre de couverture du fonds et les soldes des utilisateurs resteront intacts. Cette déclaration mérite d’être nuancée : un fonds de protection interne n’est pas une assurance réglementée, adossée à un contrat tiers et à des garanties légales. Il s’agit d’une réserve que la plateforme choisit de constituer et de mobiliser, sans obligation contractuelle externe qui protégerait les utilisateurs si Bitget décidait, ou était contrainte, de ne pas l’utiliser en totalité.
Un autre point de vigilance concerne l’historique du fonds. Selon Digital Asset Radar, sa valeur avait atteint un pic de 779,7 millions de dollars en juillet 2025, avant de retomber à 464 millions au moment du piratage de septembre 2026. Une baisse de cette ampleur en un peu plus d’un an mérite une explication que Bitget n’a pas détaillée publiquement dans les sources consultées pour cet article.
Coinbase face au risque : licence MiCA et absence d’incident majeur
Coinbase aborde 2026 dans une position différente. La plateforme, cotée au Nasdaq depuis avril 2021, publie des rapports financiers trimestriels audités, dont le dernier en date à la rédaction de cet article est le rapport aux actionnaires du troisième trimestre 2025, consultable directement sur son site investisseurs. Cette transparence financière n’existe tout simplement pas chez la plupart des exchanges offshore, Bitget compris.
Sur le plan réglementaire, Coinbase a obtenu son autorisation en tant que prestataire de services sur crypto-actifs (CASP) via la Banque centrale d’Irlande, ce qui lui permet de passeporter ses services dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris en France, sous le régime harmonisé imposé par MiCA depuis juillet 2025. Aucune source consultée pour cet article ne fait état d’un piratage majeur de l’infrastructure de Coinbase en 2025 ou 2026, ce qui distingue nettement la plateforme de Bitget sur cette période précise. Cela ne signifie pas que Coinbase soit exempte de tout incident de sécurité : des cas isolés de compromission de comptes individuels, généralement liés à de l’ingénierie sociale plutôt qu’à une faille d’infrastructure, ont été signalés par le passé sur l’ensemble du secteur, Coinbase inclus.
Côté tarification, une page de comparaison publiée par Bitget elle-même situe les frais Coinbase Advanced Trade autour de 0,40 % en tant que teneur de marché (maker) et 0,60 % en tant que preneur (taker) sur les tranches d’entrée de gamme, un niveau nettement supérieur à celui pratiqué par ses deux concurrents de ce comparatif.
Authentification et bonnes pratiques : ce que le choix d’un exchange ne remplace pas
Le piratage Bitget touche l’infrastructure de l’exchange, pas les comptes individuels des utilisateurs. C’est une distinction importante, car une bonne partie des pertes subies chaque année par des particuliers ne vient pas d’une faille côté plateforme, mais d’une compromission de compte via hameçonnage ou ingénierie sociale. Quelle que soit la plateforme choisie parmi Bitget, Coinbase ou Kraken, quelques réflexes réduisent nettement le risque individuel.
Privilégier une authentification à deux facteurs par application dédiée plutôt que par SMS reste la recommandation la plus répétée par les équipes sécurité du secteur, car les cartes SIM peuvent être détournées via des attaques de type SIM swap. Une clé de sécurité matérielle, type FIDO2, offre un niveau de protection supérieur encore, en particulier pour les comptes détenant des montants significatifs. Activer des listes blanches d’adresses de retrait, quand la plateforme le permet, ajoute une friction volontaire qui bloque un attaquant même après un vol de session ou de mot de passe.
Ces mesures ne compensent toutefois pas un risque d’infrastructure comme celui qui a frappé Bitget le 24 septembre. Un utilisateur peut avoir suivi chaque bonne pratique de sécurité individuelle et voir ses fonds bloqués pendant plusieurs jours si l’exchange lui-même subit une brèche. C’est pour cette raison que la diversification entre plusieurs plateformes, et le transfert périodique des avoirs non utilisés vers un portefeuille matériel personnel, restent des compléments recommandés plutôt qu’une alternative au choix d’un exchange fiable.
Kraken et le mythe du “jamais piraté depuis 2011”
Kraken cultive une réputation de longévité rare dans un secteur marqué par les défaillances retentissantes. Fondé en 2011, l’exchange revendique n’avoir jamais subi de compromission majeure de son infrastructure de garde depuis sa création, une affirmation reprise dans plusieurs publications sectorielles en septembre 2026 mais qui reste, comme toute affirmation d’absence, difficile à vérifier de façon exhaustive sur quinze années d’activité.
Ce que l’on peut vérifier plus facilement, c’est le statut réglementaire. Kraken indique, sur son propre blog institutionnel, détenir une autorisation MiCA obtenue via la Banque centrale d’Irlande, avec une présence complémentaire au Luxembourg. Cette double implantation européenne permet à Kraken de proposer ses services aux résidents français sous un cadre juridique clair, avec un régulateur identifiable en cas de litige.
Sur les frais, la grille officielle de Kraken Pro affiche des paliers dégressifs qui descendent jusqu’à 0 % de frais maker et environ 0,09 %, voire 0,08 %, de frais taker pour les comptes à fort volume de trading, selon la page officielle consultée sur kraken.com. Ces tarifs concurrencent directement ceux de Bitget sur les gros volumes, tout en s’appuyant sur une infrastructure réglementée en Europe.
MiCA : le vrai clivage réglementaire entre les trois exchanges
Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) impose depuis juillet 2025 une autorisation obligatoire pour tout prestataire de services sur crypto-actifs souhaitant opérer légalement dans l’Union européenne. Cette autorisation, dite CASP, couvre la ségrégation des actifs clients, des exigences de fonds propres et des obligations de transparence sur la garde des actifs.
Coinbase et Kraken figurent tous les deux parmi les plateformes autorisées via l’Irlande, ce qui leur permet de servir légalement les utilisateurs français sous passeport européen. Bitget, en revanche, n’apparaissait pas dans le registre des CASP autorisés à la date du 29 septembre 2026. Une entité européenne liée à Bitget aurait déposé une demande d’autorisation auprès du régulateur autrichien, mais une demande déposée n’équivaut pas à une autorisation accordée. Concrètement, un utilisateur français qui perd des fonds sur une plateforme sans autorisation MiCA ne bénéficie d’aucune des garanties procédurales que le règlement impose aux CASP autorisés, ce qui complique considérablement toute tentative de recours après un incident comme celui du 24 septembre.
Ce clivage réglementaire explique en grande partie pourquoi les recherches “bitget interdit en france” et “bitget avis” ont grimpé depuis le piratage : les utilisateurs cherchent à savoir s’ils ont un recours légal, et la réponse courte est qu’ils en ont beaucoup moins que sur une plateforme sous licence MiCA.
Il faut aussi distinguer plusieurs statuts que le grand public confond souvent. Une autorisation MiCA en tant que CASP donne un droit de passeportage dans toute l’Union européenne depuis un seul pays d’origine. Un enregistrement national, comme le régime français de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) qui a précédé MiCA, ne couvrait que le territoire français et n’équivalait pas à une autorisation européenne complète. Une simple demande déposée auprès d’un régulateur, comme celle évoquée pour Bitget en Autriche, ne constitue enfin qu’une étape administrative, sans aucune garantie d’issue favorable ni de délai fixe. Confondre ces trois statuts conduit à surestimer la protection dont bénéficie réellement un utilisateur.
Tableau des frais : Bitget, Coinbase et Kraken en 2026
Les frais restent un critère de choix majeur, même après un incident de sécurité. Voici la comparaison des grilles tarifaires disponibles publiquement.
| Plateforme | Frais maker | Frais taker | Réduction disponible | Source |
|---|---|---|---|---|
| Bitget (spot) | 0,10 % | 0,10 % | 0,08 % / 0,08 % en payant avec le jeton BGB | Documentation officielle Bitget |
| Coinbase Advanced Trade | ~0,40 % (tranche d’entrée) | ~0,60 % (tranche d’entrée) | Paliers dégressifs selon le volume mensuel | Comparatif publié par Bitget Academy |
| Kraken Pro | À partir de 0 % | À partir de 0,09 % | Paliers dégressifs jusqu’à 0,08 % sur fort volume | Grille tarifaire officielle Kraken |
Bitget reste la plateforme la moins chère pour un trader occasionnel qui n’atteint jamais les tranches de volume les plus favorables. Kraken devient compétitif, voire moins cher, dès que le volume de trading mensuel grimpe. Coinbase, de son côté, facture sa conformité réglementaire et son interface plus accessible aux débutants par des frais nettement supérieurs sur les petits comptes.
Piratages d’exchanges : Bitget replacé dans l’historique 2022-2026
Le piratage de Bitget n’est ni le premier, ni le plus lourd de ces dernières années, mais il s’inscrit dans une tendance inquiétante pour 2026. Selon une analyse publiée en juillet 2026 par Forbes et citant des données de type CertiK, les pertes liées aux piratages crypto avaient déjà atteint environ 1,3 milliard de dollars sur l’année, avant même l’incident Bitget. En excluant le piratage géant de Bybit en 2025, les pertes de 2025 s’élevaient à environ 1,03 milliard de dollars sur une base comparable, ce qui plaçait 2026 environ 28 % au-dessus de 2025 à la même période.
En ajoutant les 387,5 millions de dollars du piratage Bitget au total de juillet, le cumul 2026 dépasse mécaniquement 1,68 milliard de dollars, avant même la prise en compte d’éventuels autres incidents survenus depuis. Ce calcul, basé sur l’addition simple des deux chiffres sourcés, montre que 2026 s’annonce comme une année particulièrement coûteuse pour le secteur, même sans catastrophe de l’ampleur de Bybit ou FTX.
| Piratage | Date | Montant estimé |
|---|---|---|
| FTX | Novembre 2022 | Au moins 1 milliard de dollars de fonds clients manquants, sur 10 milliards transférés vers Alameda Research |
| DMM Bitcoin | Mai 2024 | Environ 305 millions de dollars, soit environ 4 500 BTC, selon les estimations sectorielles |
| WazirX | Juillet 2024 | Environ 230 millions de dollars, selon les estimations sectorielles |
| Bybit | Février 2025 | 1,46 milliard de dollars, soit environ 401 347 ETH et des jetons dérivés associés |
| Bitget | Septembre 2026 | 387,5 millions de dollars, révisés à la hausse depuis 351,6 millions |
Le piratage de Bybit reste à ce jour le plus lourd jamais enregistré sur un exchange centralisé, avec un montant confirmé par l’exchange lui-même et par un avis public du FBI. Comparé à ce niveau, l’incident Bitget représente environ 27 % du montant volé chez Bybit, mais il touche une plateforme bien plus jeune et moins capitalisée, ce qui rend la mise à l’épreuve de son fonds de protection d’autant plus significative.
Un point commun relie plusieurs de ces incidents : la manipulation des processus de signature plutôt que le vol brut de clés privées stockées en clair. Bybit avait déjà signalé une interface de signature compromise lors de son piratage de février 2025, un scénario proche de ce que Bitget décrit pour son propre incident de septembre 2026. Cette convergence technique suggère que les attaquants, très probablement liés à des groupes soutenus par des États comme la Corée du Nord selon plusieurs analyses sectorielles, ciblent désormais en priorité les workflows d’approbation humaine plutôt que les couches cryptographiques elles-mêmes, jugées trop robustes pour être attaquées directement sur les plateformes les mieux sécurisées.
Cinq piratages qui ont changé les règles du jeu
Bybit, février 2025 : le piratage le plus coûteux de l’histoire des exchanges centralisés. Bybit a confirmé le vol de 1,46 milliard de dollars en ETH et jetons dérivés, un chiffre validé indépendamment par un avis public du FBI. L’exchange a néanmoins réussi à rembourser l’intégralité des utilisateurs grâce à ses réserves propres et à des prêts ponts, un scénario que Bitget tente aujourd’hui de reproduire à une échelle bien plus modeste.
FTX, novembre 2022 : l’effondrement qui a redéfini la régulation crypto mondiale. Environ 10 milliards de dollars de fonds clients avaient été transférés vers Alameda Research, la société sœur de FTX, avec au moins un milliard de dollars jugés manquants ou non comptabilisés au moment de la faillite, selon Reuters. Cet épisode a directement inspiré une partie des exigences de ségrégation des actifs inscrites dans le règlement MiCA.
DMM Bitcoin, mai 2024 : l’exchange japonais a perdu environ 4 500 BTC, soit environ 305 millions de dollars au moment des faits selon les estimations sectorielles largement reprises dans la presse spécialisée. L’incident a forcé une restructuration de l’entreprise et un transfert de ses activités vers un autre opérateur japonais.
WazirX, juillet 2024 : la principale plateforme indienne a perdu environ 230 millions de dollars, selon les estimations sectorielles largement reprises dans la presse spécialisée, dans un piratage qui a exposé les risques liés aux portefeuilles multisignatures partagés avec des prestataires tiers.
Bitget, septembre 2026 : le cas qui occupe ce comparatif, avec 387,5 millions de dollars volés depuis des portefeuilles chauds et tièdes, une piste d’attribution nord-coréenne, et un fonds de protection mis à l’épreuve à hauteur de 84 % de sa valeur déclarée.
Guide : comment migrer ses fonds de Bitget vers Coinbase ou Kraken
Pour les utilisateurs qui souhaitent réduire leur exposition après le piratage, voici la marche à suivre, dans l’ordre, pour transférer ses avoirs vers une plateforme sous licence MiCA sans perdre de fonds en chemin.
- Vérifiez d’abord le statut des retraits sur Bitget pour votre actif précis : au 29 septembre, seul le Bitcoin était débloqué, l’Ether et l’USDT suivant les 29 et 30 septembre.
- Créez un compte vérifié (KYC complet) sur Coinbase ou Kraken avant d’initier le moindre retrait, pour éviter tout blocage de réception le jour J.
- Activez une authentification à deux facteurs par application (et non par SMS) sur la plateforme de destination avant tout dépôt.
- Effectuez un premier retrait test avec un petit montant pour valider l’adresse de dépôt et le réseau blockchain utilisé.
- Vérifiez trois fois l’adresse de destination et le réseau (BTC natif, ERC-20, TRC-20) : une erreur de réseau sur un exchange en tension opérationnelle peut retarder la récupération de plusieurs jours.
- Retirez le solde restant en plusieurs transactions si le montant est significatif, pour limiter l’exposition en cas de nouvel incident pendant la période de reprise.
- Conservez les captures d’écran et identifiants de transaction (hash) de chaque retrait, utiles en cas de litige ultérieur avec Bitget.
- Une fois les fonds reçus, envisagez de transférer une partie vers un portefeuille matériel personnel plutôt que de tout laisser sur un nouvel exchange, aussi réglementé soit-il.
Cette procédure s’applique aussi, dans l’autre sens, à tout utilisateur qui voudrait quitter n’importe quelle plateforme après une perte de confiance. La discipline compte plus que la vitesse : se précipiter sur un exchange saturé de demandes de retrait augmente le risque d’erreur humaine, généralement plus coûteuse qu’un piratage d’infrastructure pour un particulier.
Avantages et inconvénients de chaque plateforme
Bitget
Avantages : frais parmi les plus bas du marché, large catalogue de dérivés et de copy trading, fonds de protection publiquement chiffré, preuve de réserves mensuelle revendiquée depuis 2022.
Inconvénients : aucune autorisation MiCA confirmée en septembre 2026, piratage confirmé de 387,5 millions de dollars, fonds de protection en baisse de plus de 40 % depuis son pic de juillet 2025, recours juridique limité pour les utilisateurs européens en cas de litige.
Coinbase
Avantages : société cotée en bourse avec des comptes audités publiquement, autorisation MiCA via l’Irlande, absence d’incident majeur recensé sur la période 2025-2026, interface pensée pour les débutants.
Inconvénients : frais nettement plus élevés que ses deux concurrents sur les petits comptes, catalogue de produits dérivés plus restreint, détails de garde et de répartition chaud/froid non publiés dans un document unique consultable par tous.
Kraken
Avantages : la plus ancienne des trois plateformes sans compromission d’infrastructure recensée, autorisation MiCA via l’Irlande avec présence au Luxembourg, frais compétitifs sur les gros volumes via Kraken Pro.
Inconvénients : frais moins avantageux que Bitget pour un trader occasionnel à faible volume, interface Kraken Pro moins intuitive pour un débutant complet, communication moins agressive sur les chiffres de sécurité publics que Bitget.
Quelle plateforme choisir selon votre profil ?
- Débutant français cherchant un cadre légal clair : Coinbase ou Kraken, tous deux sous licence MiCA passeportée, offrent un recours réglementaire identifiable en cas de problème.
- Trader actif à fort volume mensuel : Kraken Pro devient compétitif face à Bitget dès que les paliers de volume s’activent, tout en restant sous supervision européenne.
- Utilisateur cherchant les frais les plus bas sur de petits montants : Bitget reste imbattable sur le papier, à condition d’accepter le risque réglementaire et l’incertitude post-piratage actuelle.
- Investisseur institutionnel ou entreprise : Coinbase, grâce à sa cotation boursière et ses rapports financiers audités, offre le niveau de transparence généralement exigé par une trésorerie d’entreprise.
- Détenteur long terme priorisant la sécurité froide : quelle que soit la plateforme choisie, la meilleure pratique reste de ne conserver sur un exchange que les fonds nécessaires au trading actif, et de transférer le reste vers un portefeuille matériel personnel.
- Utilisateur déjà présent sur Bitget et inquiet après le piratage : suivre le calendrier officiel de reprise des retraits par actif, retirer progressivement les fonds disponibles, et documenter chaque transaction avant de décider d’un départ définitif.
Le verdict : quel exchange mérite votre confiance en 2026 ?
Sur la base des données disponibles au 29 septembre 2026, Kraken et Coinbase sortent renforcés de cette comparaison, non pas parce qu’ils seraient techniquement invulnérables, mais parce qu’ils opèrent sous un cadre réglementaire européen vérifiable et n’ont subi aucun incident de sécurité majeur documenté sur la période récente. Coinbase l’emporte sur la transparence financière grâce à sa cotation boursière, tandis que Kraken l’emporte sur le rapport frais-sécurité pour un trader à volume élevé.
Bitget conserve un argument commercial réel avec ses frais les plus bas du trio et un fonds de protection qui, pour l’instant, semble en mesure d’absorber la perte de 387,5 millions de dollars. Mais l’addition d’un piratage confirmé et d’une absence d’autorisation MiCA en fait, à ce stade, le choix le plus risqué des trois pour un utilisateur basé en France ou ailleurs en Europe. La baisse de plus de 40 % du fonds de protection entre juillet 2025 et septembre 2026 mérite d’être surveillée de près dans les prochains mois, tout comme l’issue de la demande d’autorisation déposée en Autriche.
Le takeaway : aucun exchange centralisé n’est à l’abri d’un piratage, comme le rappelle la liste des incidents survenus depuis 2022. Mais le cadre réglementaire dans lequel une plateforme opère détermine directement le niveau de recours dont dispose un utilisateur si le pire se produit. C’est cette différence, plus que le montant des frais, qui devrait guider le choix d’un exchange en 2026.
Dans les prochaines semaines, trois éléments permettront de juger si Bitget a réellement tiré les leçons de son incident : la publication ou non d’un audit technique détaillé du vecteur d’attaque, l’issue de sa demande d’autorisation déposée en Autriche, et la reconstitution ou non de son fonds de protection à un niveau proche de son pic de juillet 2025. Tant que ces trois points restent en suspens, la prudence recommande de traiter Bitget comme une plateforme à haut rendement mais à risque réglementaire élevé, plutôt que comme un concurrent direct de Coinbase ou Kraken sur le seul critère de la sécurité.
Foire aux questions
Bitget est-il interdit en France ?
Non, Bitget reste accessible aux résidents français au 29 septembre 2026. La plateforme n’a toutefois pas confirmé d’autorisation MiCA, ce qui la place dans une zone grise réglementaire plutôt que dans une interdiction formelle.
Mes fonds sur Bitget sont-ils en sécurité après le piratage ?
Bitget affirme que son Fonds de Protection des Utilisateurs, doté de plus de 464 millions de dollars, couvre l’intégralité de la perte estimée à 387,5 millions de dollars. Ce fonds reste toutefois une réserve interne, sans garantie contractuelle externe comparable à une assurance réglementée.
Coinbase ou Kraken ont-ils déjà été piratés ?
Les sources consultées pour cet article ne recensent aucun piratage majeur de l’infrastructure de garde de Coinbase ou de Kraken en 2025-2026. Kraken revendique même n’avoir jamais subi de compromission majeure depuis sa création en 2011.
Quelle est la différence entre un fonds de protection et une assurance ?
Un fonds de protection, comme celui de Bitget, est une réserve constituée par l’exchange lui-même, mobilisable à sa discrétion. Une assurance réglementée implique un contrat avec un assureur tiers, des exclusions définies contractuellement et un cadre juridique opposable en cas de refus d’indemnisation.
Comment savoir si un exchange dispose d’une autorisation MiCA ?
Le moyen le plus fiable consiste à consulter le registre des prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) tenu par l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), ou le registre équivalent tenu par l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour la France, plutôt que de se fier uniquement aux communications commerciales de la plateforme.
Quel a été le plus gros piratage d’exchange crypto de l’histoire ?
À ce jour, le piratage de Bybit en février 2025 reste le plus lourd jamais confirmé sur un exchange centralisé, avec 1,46 milliard de dollars volés en ETH et jetons dérivés, un montant validé à la fois par Bybit et par un avis public du FBI.
Dois-je retirer mes fonds de Bitget immédiatement ?
Il n’existe pas de réponse universelle. Les utilisateurs qui privilégient la sécurité réglementaire peuvent suivre le calendrier officiel de reprise des retraits pour transférer progressivement leurs fonds vers une plateforme sous licence MiCA. Ceux qui acceptent le risque en échange de frais plus bas peuvent rester, à condition de limiter les montants exposés sur la plateforme.
Le piratage Bitget a-t-il un lien avec d’autres incidents crypto de 2026 ?
Aucun lien technique confirmé n’existe entre le piratage Bitget et d’autres incidents de l’année. En revanche, il s’inscrit dans une tendance où les pertes cumulées liées aux piratages crypto en 2026 dépassaient déjà 1,3 milliard de dollars avant même cet incident, selon une analyse de Forbes publiée en juillet 2026.




