En mai 2026, INTERPOL a dévoilé les résultats d’une opération cybercriminalité sans précédent dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. L’Opération Ramz, conduite de octobre 2025 à fin février 2026 dans 13 pays, a abouti à 201 arrestations, l’identification de 382 suspects supplémentaires et la protection de 3 867 victimes. Financée en partie par l’Union européenne dans le cadre du programme CyberSouth+, cette opération s’inscrit dans une vague coordonnée d’actions mondiales, qui inclut également l’Opération Red Card 2.0 (651 arrestations en Afrique) et l’Opération SECURE (20 000 IP neutralisées en Asie-Pacifique). Pour les entreprises françaises et européennes, ces chiffres ne sont pas anodins : les réseaux démantelés ciblent aussi les PME et grandes entreprises du Vieux Continent.
Opération Ramz : première opération INTERPOL de cette envergure en zone MENA
Le mot “Ramz” signifie “symbole” en arabe. Le choix du nom est délibéré : INTERPOL a voulu marquer un tournant dans la coordination régionale de la lutte contre la cybercriminalité. Pour la première fois, 13 pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord se mobilisaient simultanément, sous une coordination unique, pendant quatre mois consécutifs. Les pays participants : Algérie, Bahreïn, Égypte, Irak, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Oman, Palestine, Qatar, Tunisie et Émirats arabes unis.
La structure opérationnelle repose sur un modèle de coopération public-privé qui s’impose progressivement comme la norme internationale. Cinq entreprises spécialisées ont contribué directement : Group-IB, Kaspersky, la Shadowserver Foundation, Team Cymru et TrendAI. Leur rôle : fournir du renseignement sur les menaces, cartographier les infrastructures malveillantes et partager des indicateurs de compromission permettant aux forces de l’ordre nationales d’agir rapidement. Group-IB a précisé dans son communiqué officiel que l’opération a permis de “partager près de 8 000 éléments de données et de renseignements actionnables” entre les pays participants pour alimenter les enquêtes en cours et futures.
Neal Jetton, Directeur de la lutte contre la cybercriminalité chez INTERPOL, a déclaré lors de l’annonce des résultats : “Dans un monde où les cybercriminels exploitent le paysage numérique sans frontières, l’Opération Ramz démontre l’efficacité de la collaboration mondiale. INTERPOL s’engage à travailler avec ses pays membres et ses partenaires du secteur privé pour démanteler les infrastructures malveillantes, perturber les groupes criminels et traduire les auteurs en justice.”
Les résultats concrets : 201 arrestations, 53 serveurs saisis, 3 867 victimes protégées
Au bilan, l’Opération Ramz dépasse les projections initiales. 201 individus ont été arrêtés, et 382 suspects supplémentaires ont été formellement identifiés dans les 13 pays participants. 3 867 victimes ont été recensées et, pour une partie d’entre elles, alertées et accompagnées. 53 serveurs criminels ont été saisis physiquement, privant des centaines de campagnes d’hameçonnage actives de leur infrastructure technique.
Les résultats pays par pays révèlent la diversité des mécanismes criminels ciblés. Au Maroc, les autorités ont saisi ordinateurs, smartphones et disques durs contenant des données bancaires et des outils logiciels de phishing. Trois individus font l’objet de procédures judiciaires, d’autres restent sous enquête. En Algérie, les enquêteurs ont démantelé une infrastructure complète de phishing-as-a-service, un modèle d’abonnement criminel permettant à des acteurs sans compétences techniques de lancer des campagnes d’hameçonnage pour quelques dizaines de dollars par mois. Un suspect a été arrêté et le matériel saisi. Au Qatar, des appareils compromis utilisés à l’insu de leurs propriétaires pour propager des menaces ont été découverts, leurs utilisateurs alertés et les équipements sécurisés. En Oman, un serveur vulnérable hébergé dans une résidence privée et contenant des données sensibles a été désactivé, empêchant une exfiltration potentiellement massive.
Kaspersky, partenaire de l’opération, confirme dans son communiqué officiel avoir “contribué ses données de renseignement sur les menaces reconnues par l’industrie à l’Opération Ramz”, qui “a pour résultat l’arrestation de 201 individus et l’identification de 382 suspects supplémentaires”. La Shadowserver Foundation et Team Cymru ont apporté leurs capacités de surveillance passive du trafic internet mondial, permettant d’identifier en temps quasi réel les serveurs de commande et contrôle actifs dans la région.
Opération Red Card 2.0 : 651 arrestations en Afrique subsaharienne
Parallèlement à l’Opération Ramz, INTERPOL conduisait une deuxième offensive majeure sur le continent africain. L’Opération Red Card 2.0, menée de décembre 2025 à janvier 2026, a mobilisé les forces de l’ordre de 16 pays africains avec des résultats encore plus importants en volume d’arrestations : 651 personnes arrêtées, 2 341 appareils saisis et 1 442 adresses IP, domaines et serveurs malveillants neutralisés.
Les enquêteurs ont identifié 1 247 victimes et établi des liens entre les activités criminelles et des pertes dépassant 45 millions de dollars. Résultat concret : 4,3 millions de dollars ont été récupérés au bénéfice des victimes. L’opération ciblait principalement les escroqueries en ligne, la fraude aux paiements mobiles (très répandue dans les économies africaines en pleine numérisation) et les applications de prêt frauduleuses. Fortinet, partenaire de l’initiative, a analysé dans son blog officiel que Red Card 2.0 “illustre concrètement ce à quoi ressemble ce type de coordination en pratique”, notamment la rapidité d’exécution, avec des arrestations réalisées sur seulement deux mois.
La combinaison des deux opérations donne un aperçu de l’ambition d’INTERPOL : 852 arrestations au total, 29 pays mobilisés, 5 114 victimes identifiées. Ces chiffres ne sont pas juste des statistiques policières. Ils mesurent l’efficacité d’un modèle opérationnel nouveau, qui repose sur la combinaison du renseignement en temps réel fourni par les acteurs privés et de la capacité d’action coercitive des forces de l’ordre nationales.
Tableau comparatif : les grandes opérations INTERPOL cybercriminalité 2024-2026
| Opération | Période | Pays | Arrestations | Victimes identifiées | Serveurs/IP neutralisés | Financement UE |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Ramz (MENA) | Oct 2025 – Fév 2026 | 13 | 201 | 3 867 | 53 serveurs | Oui (CyberSouth+) |
| Red Card 2.0 (Afrique) | Déc 2025 – Jan 2026 | 16 | 651 | 1 247 | 1 442 IP/domaines | Non précisé |
| SECURE (Asie-Pacifique) | Nov 2024 – Avr 2025 | 26 | 30 | Non communiqué | 20 000 IP/domaines | Non |
| Red Card 1.0 (Afrique) | 2025 | Non précisé | 260+ | Non communiqué | Non communiqué | Non |
La progression entre l’Opération SECURE (30 arrestations en 2025) et les opérations Ramz et Red Card 2.0 (852 arrestations combinées en 2025-2026) témoigne d’une amélioration spectaculaire de l’efficacité opérationnelle d’INTERPOL en moins de 18 mois. Cette évolution tient en grande partie au perfectionnement des outils de partage de renseignements et à l’intégration plus profonde des données privées dans les processus d’enquête.
Les menaces ciblées : hameçonnage, maliciels et escroqueries en ligne
L’Opération Ramz a ciblé trois catégories de cybermenaces qui constituent le coeur de l’économie criminelle numérique dans la région MENA.
Le hameçonnage (phishing) reste la menace la plus répandue et la plus lucrative. Les opérations découvertes incluaient des kits sophistiqués simulant des portails bancaires, des services de livraison et des plateformes gouvernementales. Le cas algérien, avec le démantèlement d’une infrastructure de phishing-as-a-service, illustre la professionnalisation de ce secteur criminel : des opérateurs proposent des services clés en main, incluant hébergement, envoi de masse et tableau de bord de suivi des victimes, pour des abonnements mensuels démarrant à quelques dizaines de dollars. Ce modèle économique abaisse drastiquement la barrière à l’entrée pour les acteurs criminels moins qualifiés techniquement.
Les maliciels (malware) constituent la deuxième catégorie prioritaire. Les 53 serveurs saisis hébergeaient des infrastructures de commande et contrôle (C2) coordonnant des réseaux de machines compromises, distribuant des rançongiciels et assurant l’exfiltration de données. Cette catégorie de menace est en forte croissance mondiale : selon les statistiques de Verizon pour 2025, les maliciels sont présents dans 44 % des violations de données analysées, contre 32 % l’année précédente.
Les escroqueries en ligne forment la troisième catégorie, avec une composante fraude aux investissements particulièrement marquée dans les pays du Golfe, ciblés par des plateformes frauduleuses de trading de cryptomonnaies et de forex qui imitent des services légitimes. Ces escroqueries génèrent des préjudices élevés par victime, avec des pertes moyennes de plusieurs milliers de dollars. L’Opération Red Card 2.0 a identifié $45 millions de pertes liées à des activités comparables en Afrique subsaharienne.
Le financement européen : l’UE et le Conseil de l’Europe derrière CyberSouth+
La dimension européenne de l’Opération Ramz dépasse la simple coopération diplomatique. L’opération a bénéficié d’un financement direct de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe dans le cadre du programme CyberSouth+, une initiative visant à renforcer les capacités cybersécurité dans les pays du voisinage méridional de l’Europe. Ce programme finance la formation des enquêteurs locaux, les outils techniques de détection et l’harmonisation juridique nécessaire pour les coopérations pénales transfrontalières. La contribution du Qatar à l’opération, via son ministère de l’Intérieur, vient compléter ce financement européen.
Ce financement n’est pas de la philanthropie géopolitique abstraite. Les réseaux criminels démantelés en MENA sont les mêmes qui ciblent les entreprises françaises et européennes avec des campagnes d’hameçonnage ciblées. Démanteler une infrastructure de phishing-as-a-service en Algérie protège potentiellement des milliers de PME françaises contre des tentatives d’intrusion. Selon l’ENISA (Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité), les entreprises européennes représentent la deuxième cible mondiale des attaques par hameçonnage, juste derrière l’Amérique du Nord.
Pour la France, CyberSouth+ représente également un investissement stratégique dans la stabilité numérique de sa zone d’influence traditionnelle au Maghreb. La gendarmerie nationale française coopère depuis plusieurs années avec les agences partenaires marocaines, algériennes et tunisiennes, mais ces opérations donnent à cette coopération une dimension opérationnelle inédite, avec des résultats mesurables en nombre d’arrestations et de serveurs neutralisés.
Tableau : menaces ciblées et résultats par pays dans l’Opération Ramz
| Pays | Menaces ciblées | Actions conduites | Résultats documentés |
|---|---|---|---|
| Maroc | Hameçonnage, données bancaires | Saisies matériel (ordinateurs, téléphones, disques durs) | 3 sous procédures judiciaires, autres sous enquête |
| Algérie | Phishing-as-a-Service | Démantèlement infrastructure, arrestation | 1 suspect arrêté, matériel phishing saisi |
| Qatar | Appareils compromis (vecteurs propagation) | Sécurisation appareils, notifications propriétaires | Menaces neutralisées, victimes alertées |
| Oman | Serveur vulnérable, données sensibles | Désactivation serveur dans résidence privée | Fuite potentielle évitée |
| Ensemble 13 pays | Phishing, malware, escroqueries | Opérations coordinées sur 4 mois | 201 arrestations, 53 serveurs saisis, 8 000 renseignements partagés |
Analyse : INTERPOL gagne-t-il la guerre contre la cybercriminalité ?
Les 852 arrestations combinées des opérations Ramz et Red Card 2.0 sont remarquables sur le plan opérationnel. Elles ne doivent pas masquer les limites structurelles de l’action policière internationale face à une cybercriminalité organisée à l’échelle planétaire.
Le Forum économique mondial, dans son Global Cybersecurity Outlook 2026, souligne que “la géopolitique reste le principal facteur influençant les stratégies globales de gestion du risque cyber” et que 64 % des organisations l’intègrent désormais dans leur planification. Ce constat révèle le défi systémique auquel fait face INTERPOL : certains États servent de refuges à des groupes cybercriminels qui opèrent hors d’atteinte des mécanismes d’extradition. Les 382 suspects identifiés lors de l’Opération Ramz mais non encore arrêtés illustrent cette limite.
Infosecurity Magazine a noté dans son analyse post-opération que “la coordination multinationale à cette échelle restait une exception plutôt que la norme il y a encore cinq ans”, soulignant les progrès réels accomplis dans les mécanismes de coopération. Le modèle développé dans la région MENA, avec son financement européen via CyberSouth+, pourrait servir de template pour des opérations futures en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, régions qui concentrent une part croissante des groupes de cybercriminalité organisée.
La valeur de ces opérations dépasse le simple comptage des arrestations. Chaque serveur C2 démantelé prive des dizaines de campagnes malveillantes actives de leur infrastructure pendant plusieurs semaines ou mois. Chaque arrestation génère des données de renseignement qui alimentent d’autres enquêtes. La Shadowserver Foundation estime que chaque infrastructure de commande et contrôle neutralisée impacte en moyenne plusieurs milliers d’hôtes infectés à travers le monde entier. L’effet multiplicateur est substantiel.
L’Opération SECURE et l’historique des opérations cyber globales d’INTERPOL
Pour comprendre la portée des opérations Ramz et Red Card 2.0, il faut les replacer dans la trajectoire historique d’INTERPOL. Avant 2019, les opérations cybercriminalité de l’organisation se limitaient principalement à des échanges de renseignements et à des alertes. La création du Centre mondial pour l’innovation d’INTERPOL à Singapour a marqué un tournant : pour la première fois, l’organisation disposait d’une capacité opérationnelle dédiée avec des analystes cybersécurité travaillant aux côtés des forces de l’ordre.
L’Opération SECURE en Asie-Pacifique (novembre 2024 à avril 2025), conduite dans le cadre du programme ASPJOC (Asia and South Pacific Joint Operations Against Cybercrime), a posé les jalons techniques du modèle actuel. En 26 pays sur six mois, INTERPOL a neutralisé plus de 20 000 adresses IP et domaines malveillants et procédé à 30 arrestations. Le volume d’IP neutralisées dépasse de loin les arrestations : c’est la démonstration que l’action sur l’infrastructure peut avoir un effet perturbateur majeur même sans arrestation correspondante. Ce modèle “infrastructure-first” a influencé la conception d’Opération Ramz.
En Europe, c’est Europol qui joue un rôle comparable à celui d’INTERPOL à l’échelle mondiale. En juillet 2025, Europol a démantelé un groupe hacktiviste pro-russe responsable d’attaques DDoS contre des pays de l’OTAN, avec des arrestations conduites en France et en Espagne et des mandats d’arrêt émis contre six ressortissants russes. Cette opération, parallèle aux initiatives INTERPOL, illustre la complémentarité des deux organisations : Europol intervient sur le territoire européen, INTERPOL coordonne les actions dans les pays tiers.
Impact pour les entreprises françaises et les RSSI européens
Pour les responsables de la sécurité des systèmes d’information français, ces opérations ont des implications opérationnelles concrètes. Les campagnes d’hameçonnage démantelées en Algérie et au Maroc ciblaient non seulement les victimes locales, mais aussi des entreprises européennes implantées dans la région, leurs fournisseurs et leurs partenaires commerciaux. Une PME française qui exporte vers le Maghreb ou y dispose de bureaux locaux est exposée aux mêmes groupes criminels que ceux ciblés par l’Opération Ramz.
Les secteurs les plus exposés en France comprennent l’énergie, les télécommunications, les services financiers et la logistique, tous présents de façon significative dans la zone MENA. Une campagne de phishing bien ciblée, imitant par exemple un portail RH ou une notification de virement SWIFT, peut compromettre une organisation en quelques minutes. Les 53 serveurs saisis lors de l’Opération Ramz hébergeaient précisément ce type d’infrastructures d’attaque orientées vers des cibles d’envergure internationale.
L’ANSSI recommande aux entreprises françaises exposées dans la région MENA de renforcer leurs contrôles d’authentification multifacteur sur tous les accès distants, de surveiller activement les tentatives d’usurpation de domaine (typosquatting) imitant leur marque, de former régulièrement leurs collaborateurs à la détection des tentatives de spear phishing, et de maintenir un plan de réponse aux incidents cyber testé au moins annuellement. Ces recommandations prennent une résonance particulière dans le contexte des opérations INTERPOL qui confirment l’ampleur et la sophistication des réseaux ciblant les organisations européennes.
5 prédictions pour 2026-2027
- Une opération INTERPOL en Europe de l’Est en 2026-2027. Le modèle opérationnel développé en zone MENA (financement UE, partenaires privés, coordination multilatérale sur 4 mois) sera adapté pour cibler des groupes de rançongiciels opérant depuis des pays à faible coopération judiciaire en Europe de l’Est et dans les Balkans. Des opérations impliquant des arrestations en Bulgarie, Roumanie ou Ukraine sont probables dans les 18 prochains mois.
- Le financement UE via CyberSouth+ doublera d’ici 2027. Le retour sur investissement démontré par l’Opération Ramz (201 arrestations pour un financement partiel européen) justifiera une augmentation significative des budgets alloués par la Commission européenne aux opérations cyber INTERPOL dans la zone méditerranéenne et subsaharienne.
- L’IA réduira le temps d’identification des suspects de 40 %. Les outils d’analyse comportementale déployés par des partenaires comme TrendAI vont significativement accélérer le traitement des données de renseignement brutes. D’ici 2027, la durée moyenne entre la détection d’une infrastructure malveillante et l’identification d’un suspect devrait être réduite de plusieurs semaines à quelques jours.
- Le phishing-as-a-service restera la menace prioritaire. Le modèle démantélé en Algérie n’était pas unique. Des centaines d’infrastructures similaires opèrent dans d’autres pays. La baisse des prix des kits PhaaS (certains proposés à moins de 20 dollars par mois en 2026) va continuer à démocratiser l’accès aux outils d’attaque pour des acteurs sans compétences techniques.
- Les harmonisations juridiques régionales accéléreront les extraditions. La limite principale des opérations INTERPOL reste la faiblesse des cadres juridiques dans certains pays partenaires. La pression européenne via le programme CyberSouth+ va accélérer l’adoption de législations harmonisées sur la cybercriminalité dans les pays MENA, facilitant les procédures d’extradition pour les 382 suspects identifiés mais pas encore arrêtés lors de l’Opération Ramz.
FAQ : INTERPOL et la lutte contre la cybercriminalité en 2026
Qu’est-ce que l’Opération Ramz d’INTERPOL ?
L’Opération Ramz est la première opération cybercriminalité de grande envergure coordonnée par INTERPOL dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Elle s’est déroulée d’octobre 2025 à fin février 2026, a impliqué 13 pays et abouti à 201 arrestations, l’identification de 382 suspects, la protection de 3 867 victimes et la saisie de 53 serveurs criminels. Elle a été partiellement financée par l’Union européenne et le Conseil de l’Europe dans le cadre du programme CyberSouth+.
Qui finance les opérations cyber d’INTERPOL dans la zone MENA ?
L’Opération Ramz a bénéficié d’un financement de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe via le programme CyberSouth+, une initiative de renforcement des capacités cybersécurité dans le voisinage méridional de l’Europe. Le Qatar, via son ministère de l’Intérieur, a également soutenu l’opération. Les partenaires privés (Group-IB, Kaspersky, Shadowserver, Team Cymru, TrendAI) ont apporté leur contribution en renseignement, sans compensation financière directement visible dans les communiqués officiels.
Quelle est la différence entre l’Opération Ramz et l’Opération Red Card 2.0 ?
Ces deux opérations ciblent des régions différentes et des menaces en partie distinctes. L’Opération Ramz (13 pays MENA, 201 arrestations) s’est concentrée sur le phishing, les maliciels et les escroqueries en ligne avec une dimension “infrastructure” marquée (53 serveurs saisis). L’Opération Red Card 2.0 (16 pays africains, 651 arrestations) a ciblé les escroqueries liées aux paiements mobiles et les fraudes aux investissements, avec une dimension “récupération d’actifs” (4,3 millions de dollars récupérés pour les victimes). Les deux opérations sont complémentaires et reflètent la stratégie globale d’INTERPOL de saturer l’espace criminel numérique sur plusieurs continents simultanément.
Ces opérations protègent-elles concrètement les entreprises françaises ?
Indirectement et concrètement, oui. Les réseaux d’hameçonnage démantelés en Algérie, au Maroc et au Qatar ciblaient des entreprises internationales, y compris françaises ayant des activités ou des partenariats dans la région MENA. Chaque infrastructure de phishing-as-a-service neutralisée prive des dizaines d’acteurs criminels d’un outil clé. La Shadowserver Foundation estime que chaque serveur C2 démantelé impacte en moyenne plusieurs milliers de machines infectées à travers le monde, ce qui inclut des postes de travail et des serveurs d’entreprises européennes.
Qu’est-ce que le phishing-as-a-service (PhaaS) démantelé en Algérie ?
Le phishing-as-a-service est un modèle économique criminel qui réplique les offres SaaS légitimes : des opérateurs vendent ou louent des kits d’hameçonnage clés en main incluant des pages web imitant des sites légitimes (banques, services gouvernementaux, réseaux sociaux), des outils d’envoi de masse d’e-mails malveillants et un tableau de bord de suivi des victimes. Ce modèle permet à des acteurs sans compétences techniques d’opérer leurs propres campagnes pour quelques dizaines de dollars par mois. L’infrastructure démantelée en Algérie lors de l’Opération Ramz servait ce type de service, potentiellement à l’échelle de dizaines ou centaines de clients criminels.
Quelle est la différence entre INTERPOL et Europol dans la lutte contre la cybercriminalité ?
INTERPOL coordonne des opérations policières mondiales entre ses 196 pays membres et facilite le partage de renseignements, mais ne dispose pas de pouvoir d’arrestation propre : ce sont les forces de l’ordre nationales qui agissent. Europol est l’agence de coopération policière de l’Union européenne, focalisée sur les 27 États membres. Les deux organisations collaborent régulièrement : Europol fournit souvent des données techniques et du renseignement pour alimenter les opérations INTERPOL à dimension européenne. En juillet 2025, Europol a mené des arrestations en France et en Espagne dans le cadre d’une opération contre des hacktivistes pro-russes, illustrant cette complémentarité.
Comment les entreprises peuvent-elles se protéger contre ces menaces ?
L’ANSSI recommande plusieurs mesures fondamentales : déployer l’authentification multifacteur sur tous les accès à distance et les comptes à privilèges, former régulièrement les collaborateurs à la reconnaissance des tentatives de spear phishing, surveiller les enregistrements de domaines similaires au nom de l’entreprise (typosquatting), maintenir des systèmes SIEM couvrant 100 % de l’infrastructure réseau pour détecter les mouvements latéraux, et appliquer les correctifs de sécurité critiques dans les 72 heures suivant leur publication. Les entreprises actives dans la région MENA devraient également activer des alertes sur les tentatives de connexion provenant de géolocalisations inhabituelles.
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