Trois contournements en quatre mois. C’est le bilan, au 21 août 2026, de l’application de vérification d’âge de l’Union européenne, un système censé prouver qu’un utilisateur a plus de 18 ans sans jamais révéler son identité réelle. La technologie derrière cette promesse porte un nom précis : la preuve à divulgation nulle de connaissance, ou zero-knowledge proof (ZKP) en anglais. Sur le papier, c’est une avancée cryptographique solide, étudiée depuis les années 1980. Dans les faits, un consultant en sécurité britannique l’a fait tomber en moins de deux minutes dès le jour du lancement, puis une seconde fois trois mois plus tard avec une extension Chrome générée par une IA. Ce dossier retrace ce qui s’est passé, explique pourquoi la théorie cryptographique n’a pas suffi, et met ce fiasco en perspective avec un autre virage technique qui secoue le monde des preuves à divulgation nulle de connaissance au même moment : l’abandon par la Fondation Ethereum de sa fonction de hachage Poseidon, taillée sur mesure pour les circuits ZK depuis huit ans.

Ce qui s’est passé : la preuve à divulgation nulle de connaissance de l’UE mise à l’épreuve

L’application fait partie de l’écosystème plus large du portefeuille européen d’identité numérique, connu sous le nom d’EUDI Wallet, la brique technique du règlement eIDAS 2.0. Son rôle est simple à décrire : un site pour adultes, un réseau social ou une plateforme de paris demande une preuve d’âge, l’utilisateur scanne sa pièce d’identité une fois sur son téléphone, et l’application génère ensuite une réponse binaire (oui ou non) sans jamais transmettre la date de naissance, le nom ou le numéro de document au site demandeur. C’est exactement ce que promet la cryptographie à divulgation nulle de connaissance : prouver un fait sans révéler les données qui le démontrent.

Le problème n’est pas venu de la théorie. Il est venu de l’implémentation. Selon une analyse du code source publiée en mars 2026 et relayée par The European, le composant émetteur de l’application ne disposait d’aucun mécanisme pour confirmer que la vérification du passeport avait réellement eu lieu sur l’appareil de l’utilisateur. Autrement dit, le système faisait confiance à une affirmation locale sans jamais la vérifier de façon indépendante. C’est le genre de défaut qu’aucune preuve mathématique ne peut compenser, aussi élégante soit-elle sur le papier.

Comprendre les preuves à divulgation nulle de connaissance en quelques mots

Pour saisir l’ampleur du raté, il faut d’abord comprendre ce que les ZKP sont censées apporter. Le principe a été formalisé en 1985 par Shafi Goldwasser, Silvio Micali et Charles Rackoff, avant de devenir un pilier de la cryptographie moderne appliquée aux cryptomonnaies, à l’identité numérique et désormais aux systèmes gouvernementaux.

Les chercheurs de Microsoft Research, qui ont publié en 2026 leurs propres travaux sur les ZKP appliquées à l’identité numérique dans le cadre du projet Vega, résument l’intérêt du procédé ainsi : « Zero-knowledge proofs (ZKPs) are the cryptographic tool that makes this possible », explique Vivek Lall, chercheur principal chez Microsoft Research. Il précise le mécanisme concret : « They allow a user to prove a claim, such as “I am over 21”, without revealing anything else ».

L’Electronic Frontier Foundation (EFF), association américaine de défense des libertés numériques, décrit la mécanique cryptographique de façon similaire dans une analyse consacrée à l’identité numérique : « ZKPs provide a cryptographic way to not give something away, like your exact date of birth and age from your ID, instead offering a “yes-or-no” claim … to a verifier requiring a legal age threshold », note un rédacteur de l’EFF. L’organisation insiste aussi sur la propriété qui rend le système théoriquement fiable pour les gouvernements : « Soundness is appealing to verifiers and governments to make it hard for an ID holder to present forged information ».

Le hic, souligné justement par l’EFF dans le titre même de son analyse, c’est que les preuves à divulgation nulle de connaissance ne sont solides que si tout l’échafaudage autour d’elles l’est aussi : l’appareil qui génère la preuve, l’application qui l’orchestre, et l’émetteur qui la valide. C’est précisément cette chaîne qui a cédé dans le cas européen.

Chronologie : quatre mois de contournements successifs

Le tableau ci-dessous reconstitue la séquence des événements, du premier signalement de faille jusqu’à la dernière mise à jour de couverture presse, à la date du 21 août 2026.

DateÉvénementActeurRésultat
Mars 2026Analyse du code source ouvert révélant l’absence de vérification côté émetteurChercheurs indépendantsFaille architecturale documentée avant le lancement public
16 avril 2026Contournement complet en moins de deux minutes, accès physique et modification des fichiers de configurationPaul Moore, consultant en cybersécurité (Royaume-Uni)PIN réinitialisé, authentification biométrique désactivée
21 avril 2026Publication d’une analyse technique détaillée de la faille architecturaleDibran Mulder, CTO de Caesar GroepConfirmation que l’émetteur ne valide pas la preuve côté appareil
15 juillet 2026Contournement de la version corrigée 2026.07-1, via une extension Chrome générée par une IA (Claude)Paul MooreLa preuve d’âge anonyme est interceptée puis rejouée
31 juillet 2026Publication d’une enquête qualifiant le dispositif de « security theater »TechRadarRemise en cause publique de la promesse de confidentialité
20 août 2026Dernière mise à jour de la couverture presse, le problème reste documenté comme non résoluTechRadar (mise à jour)Statu quo, aucun correctif définitif annoncé

Le premier contournement : deux minutes chrono pour Paul Moore

Le 16 avril 2026, quelques heures à peine après le lancement public de l’application, le consultant en cybersécurité britannique Paul Moore publie une vidéo sur X. Il y montre un contournement complet de l’authentification en moins de deux minutes, à partir d’un accès physique au téléphone, sans exploiter de faille logicielle complexe. Selon EU Perspectives, il lui suffit d’éditer les fichiers de configuration de l’application pour réinitialiser le code PIN et désactiver les contrôles biométriques.

Ce détail change tout dans l’évaluation de la gravité de la faille. Un système fondé sur des preuves à divulgation nulle de connaissance repose sur l’idée que l’appareil de l’utilisateur est un environnement de confiance qui génère honnêtement la preuve demandée. Si ce même appareil expose des fichiers de configuration modifiables à la main, la garantie cryptographique en amont ne sert plus à rien : l’attaquant contourne la génération de la preuve elle-même plutôt que de tenter de casser les mathématiques qui la sous-tendent.

La faille architecturale identifiée par Dibran Mulder

Cinq jours plus tard, le 21 avril 2026, Dibran Mulder, directeur technique de l’entreprise néerlandaise Caesar Groep, publie une analyse technique plus poussée. D’après sa lecture du code, rapportée par Tech Policy Press, le composant émetteur de crédentiels vérifiables n’intègre aucun mécanisme permettant de confirmer que la vérification du passeport a bien eu lieu sur l’appareil avant de délivrer une attestation. Le système accepte donc une déclaration locale sans jamais la contre-vérifier de façon indépendante.

Voici, sous une forme schématique et simplifiée, le type de configuration éditable que les chercheurs ont décrit dans leurs analyses (il ne s’agit pas d’un extrait du code source réel, mais d’une illustration du problème rapporté) :

{
  "local_config": {
    "pin_attempts_max": 5,
    "biometric_required": true,
    "issuer_device_check": false
  }
}
// Probleme rapporte : ces valeurs sont stockees et modifiables
// localement, alors que "issuer_device_check" devrait etre
// validee cote serveur avant d'emettre l'attestation d'age.

Cette absence de contrôle côté serveur signifie qu’un utilisateur peut, en théorie, modifier des valeurs locales, relancer l’application, définir un nouveau code, et retrouver l’accès à des crédentiels rattachés à un profil antérieur. C’est un défaut d’architecture, pas un bug isolé, ce qui explique pourquoi les correctifs successifs n’ont pas suffi à clore le dossier.

Round deux : une extension Chrome générée par IA déjoue le correctif

Trois mois plus tard, le 15 juillet 2026, Paul Moore revient à la charge. Cette fois, il s’attaque à la version 2026.07-1 de l’application, présentée comme le fruit de « trois mois de durcissement de sécurité » selon la Commission européenne. Il la contourne à nouveau, non plus par accès physique, mais avec une extension Chrome qu’il a fait générer entièrement par l’IA Claude en quelques minutes, d’après Cybernews. L’extension intercepte la preuve d’âge anonyme générée par l’application et la rejoue à chaque nouvelle demande de vérification, sans jamais avoir besoin de casser la preuve cryptographique elle-même.

Cybernews rappelle un chiffre qui donne le vertige au regard du résultat obtenu : le développement du système a coûté 2 millions d’euros, financés par la Commission européenne dans le cadre du déploiement anticipé de l’EUDI Wallet. La disproportion entre l’investissement et la robustesse pratique du dispositif est devenue, à l’été 2026, l’argument central des critiques adressées à Bruxelles.

« Security theater » : le verdict des experts en cybersécurité

Le 31 juillet 2026, TechRadar publie une enquête approfondie sur l’affaire, mise à jour le 20 août 2026, sous un titre sans détour : « First your age, next your identity ». Le média y résume la position de Paul Moore, qui juge que le problème n’est plus un bug ponctuel mais l’ensemble du processus de vérification, qu’il qualifie de « security theater », c’est-à-dire une mise en scène de sécurité qui rassure sans protéger réellement.

Ce terme résume bien le fond du problème technique. Une preuve à divulgation nulle de connaissance peut être mathématiquement inattaquable tout en s’appuyant sur une architecture système qui, elle, reste vulnérable aux méthodes d’attaque les plus classiques : accès physique, fichiers de configuration mal protégés, interception côté client. La cryptographie protège les données en transit et la logique de la preuve, mais elle ne protège pas automatiquement l’intégrité de l’environnement qui la génère.

La réponse de la Commission européenne face aux critiques

Après la première démonstration d’avril 2026, la Commission européenne a réagi en indiquant que Paul Moore avait testé une version de démonstration de l’application, et non la version finale destinée au grand public, tout en confirmant qu’un correctif était en cours de déploiement, selon les informations rapportées par EU Perspectives. Cette explication n’a toutefois pas empêché un second contournement trois mois plus tard, sur une version présentée cette fois comme durcie.

La page officielle de la Commission consacrée à la solution de vérification d’âge de l’UE continue de présenter le dispositif comme une brique essentielle de la protection des mineurs en ligne, dans le cadre plus large du Digital Services Act et du déploiement de l’EUDI Wallet prévu par le règlement eIDAS 2.0. La documentation officielle est disponible sur le site de la stratégie numérique de la Commission. Aucun numéro CVE n’a été attribué publiquement à cette faille au moment de la rédaction de cet article : le problème est traité comme une faiblesse d’architecture et de déploiement, documentée par des chercheurs indépendants, plutôt que comme une vulnérabilité logicielle formellement cataloguée.

Comparatif européen des approches de vérification d’âge en ligne

L’UE n’est pas seule à chercher une solution technique à la vérification d’âge. Le tableau suivant met en perspective l’approche fondée sur les ZKP de la Commission avec d’autres méthodes déployées ou envisagées en Europe et ailleurs, sur la base des informations publiques disponibles à ce jour.

ApprochePrincipe techniqueDonnée transmise au site tiersStatut au 21 août 2026
EUDI Wallet (UE)Preuve à divulgation nulle de connaissance sur crédentiel vérifiableRéponse binaire oui/non, en théorieDéployé, contourné à plusieurs reprises
Vérification par carte bancaireContrôle d’âge indirect via un moyen de paiement adulteConfirmation de possession d’une carteRépandu, mais contournable et peu précis
Estimation faciale par IAAnalyse de traits du visage pour estimer une tranche d’âgeImage ou empreinte biométrique temporaireUtilisé par certaines plateformes, critiqué sur la vie privée
Vérification par pièce d’identité classiqueEnvoi direct d’un scan de document officielIdentité complète et date de naissanceLe moins protecteur en matière de vie privée
Attestation tierce (opérateur télécom, banque)Le site interroge un tiers de confiance déjà vérifiéConfirmation d’âge sans documentEn test dans plusieurs pays européens

Sur le papier, l’approche européenne reste la plus protectrice pour la vie privée : c’est justement pour cela que la Commission a choisi les preuves à divulgation nulle de connaissance plutôt qu’un simple envoi de pièce d’identité. Le problème n’est donc pas le choix cryptographique en lui-même, mais son exécution technique, qui n’a pas tenu la distance face à des attaquants disposant d’un accès physique ou d’outils d’IA générative pour automatiser le contournement.

Le parallèle inattendu : Ethereum abandonne aussi son hachage ZK sur mesure

Au moment même où l’UE affronte cette crise de confiance, un autre pan de l’écosystème des preuves à divulgation nulle de connaissance change radicalement de doctrine, à des milliers de kilomètres de Bruxelles. Le 13 août 2026, le chercheur de la Fondation Ethereum Justin Drake annonce sur X que le réseau abandonne Poseidon, la fonction de hachage conçue spécifiquement pour être efficace dans les circuits de preuve ZK, au profit de fonctions de hachage traditionnelles comme SHA-2 ou la famille BLAKE, pour la future architecture de la couche 1.

D’après Bankless, ce virage met fin à huit ans de travaux de recherche sur Poseidon, un hachage « ZK-friendly » conçu pour réduire le coût de calcul des preuves SNARK. Le site PostQuantum.com précise que la Fondation avait mis en pause, douze jours plus tôt, le 1er août 2026, son programme de prime « Poseidon1 Collision Prize », doté d’un budget de 992 000 dollars, signe que l’intérêt pour approfondir la sécurité de cette fonction spécialisée s’est nettement refroidi. Contrairement à l’affaire européenne, il ne s’agit pas d’un piratage : Justin Drake affirme n’avoir constaté aucune faille de sécurité dans Poseidon. C’est un changement de calcul technique, motivé par les progrès récents des systèmes de preuve, qui rendent les fonctions de hachage génériques presque aussi performantes dans les circuits ZK.

Tableau comparatif des fonctions de hachage en cryptographie ZK

Les benchmarks cités dans la presse spécialisée, réalisés sur puce Apple M4 Max, donnent une idée concrète de l’écart de performance qui a motivé ce choix technique.

Fonction de hachageCatégorieDébit mesuré (1 cœur, M4 Max)Débit mesuré (10 cœurs)Statut chez Ethereum, août 2026
PoseidonSpécialisée pour circuits ZKOptimisée pour le coût en circuit, non comparable en hachages/s brutsN/AAbandonnée pour la couche 1
BLAKE3Généraliste82 000 compressions/splus de 660 000 compressions/sFavorite pour le remplacement
SHA-256Généraliste (standard NIST)42 000 compressions/sNon communiquéSérieusement envisagée
Keccak (base de SHA-3)Généraliste (standard NIST)30 000 permutations/sNon communiquéRéférence de comparaison
BLAKE2sGénéralistePerformances jugées comparables à SHA-2 par les chercheursNon communiquéSur la liste courte

Ce que révèle ce tableau, mis en regard de la mésaventure européenne, c’est une leçon d’ingénierie qui dépasse le seul cas d’Ethereum : dans un système cryptographique complexe, la sécurité théorique d’un composant isolé (une preuve, un hachage) ne garantit jamais, à elle seule, la robustesse de l’ensemble. Ethereum choisit de simplifier sa base cryptographique pour gagner en auditabilité et en compatibilité post-quantique. L’UE, de son côté, découvre à ses dépens que la sophistication d’une preuve ZK ne compense pas une architecture système mal verrouillée.

Impact sur le marché de l’identité numérique et de la cybersécurité

Les répercussions dépassent le seul cadre de l’application européenne. Le calendrier eIDAS 2.0 prévoit que chaque État membre mette à disposition un portefeuille d’identité numérique EUDI Wallet d’ici fin 2026, avec une adoption progressive des cas d’usage de vérification d’âge par les plateformes en ligne. Chaque nouvelle démonstration de contournement fragilise la confiance des éditeurs de sites, des régulateurs nationaux et des citoyens dans un dispositif que Bruxelles présente comme le futur standard de la preuve d’identité en ligne à l’échelle du continent.

Pour les entreprises qui développent des solutions concurrentes ou complémentaires, l’épisode agit comme un signal d’alarme utile. Les intégrateurs qui construisent des systèmes de vérification d’âge ou d’identité pour le marché européen savent désormais qu’un audit de sécurité doit porter sur l’ensemble de la chaîne : l’appareil, l’application cliente, le protocole de communication et le composant émetteur, pas seulement sur la solidité mathématique de la preuve utilisée. C’est aussi un argument de poids pour les cabinets d’audit spécialisés en cryptographie appliquée, dont la demande devrait mécaniquement augmenter à mesure que les gouvernements européens déploient des briques d’identité numérique fondées sur les ZKP.

Contexte historique : des preuves ZK théoriques à l’identité numérique européenne

Le concept de preuve à divulgation nulle de connaissance a mis quarante ans à passer du laboratoire de recherche à une application gouvernementale grand public. Formalisée en 1985, la théorie a d’abord trouvé un terrain d’application concret dans les cryptomonnaies, avec des protocoles comme Zcash à partir de 2016, qui utilisait déjà des preuves zk-SNARK pour masquer les montants et les adresses de transaction. La technologie a ensuite gagné les circuits de mise à l’échelle de la blockchain (les rollups ZK sur Ethereum) avant d’être reprise par les administrations publiques pour l’identité numérique.

L’Union européenne a inscrit cette ambition dans le règlement eIDAS 2.0, adopté en 2024, qui impose aux États membres de proposer un portefeuille d’identité numérique national interopérable. Le choix des ZKP pour la vérification d’âge, plutôt qu’un simple partage de document, traduisait une volonté affichée de concilier protection des mineurs en ligne et respect du règlement général sur la protection des données (RGPD). L’épisode de 2026 montre que cette ambition technique, aussi cohérente soit-elle sur le papier, s’est heurtée à la réalité d’un développement logiciel mené sous contrainte de calendrier politique.

Cinq prévisions pour la vérification d’âge et les ZKP d’ici 2027

  • Un audit de sécurité indépendant obligatoire. Face à la pression médiatique, la Commission européenne devrait annoncer un audit externe formel de l’application avant la fin de l’année 2026, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des correctifs internes réactifs.
  • Une clarification du modèle de confiance côté émetteur. Le correctif structurel le plus probable consiste à ajouter une vérification côté serveur de l’intégrité de l’appareil avant l’émission de toute attestation, ce qui allongerait le temps de traitement mais fermerait la faille identifiée par Dibran Mulder.
  • Une normalisation des fonctions de hachage utilisées dans les identités numériques ZK. Le virage d’Ethereum vers SHA-2 et BLAKE3 pourrait inspirer les futurs déploiements gouvernementaux européens, qui privilégieront des primitives cryptographiques largement auditées plutôt que des constructions spécialisées récentes.
  • Une multiplication des bug bounties publics sur les briques EUDI Wallet. Après plusieurs contournements médiatisés obtenus gratuitement par des chercheurs indépendants, la mise en place d’un programme de récompense officiel semble être la prochaine étape logique pour canaliser ces découvertes.
  • Un retard probable du calendrier de déploiement national. Plusieurs États membres pourraient repousser l’intégration complète de la vérification d’âge dans leur portefeuille EUDI Wallet national au-delà de fin 2026, le temps que la Commission démontre la fiabilité du dispositif à grande échelle.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’une preuve à divulgation nulle de connaissance ?

C’est une méthode cryptographique qui permet à une personne de prouver qu’une affirmation est vraie (par exemple « j’ai plus de 18 ans ») sans révéler aucune information supplémentaire, comme sa date de naissance exacte ou son identité complète. Le concept a été formalisé en 1985 et sert aujourd’hui de base à plusieurs cryptomonnaies ainsi qu’à l’application de vérification d’âge de l’UE.

L’application de vérification d’âge de l’UE est-elle sûre à utiliser aujourd’hui ?

Au 21 août 2026, la couverture presse la plus récente, publiée par TechRadar et mise à jour le 20 août, indique que le problème de fond n’est pas résolu de façon définitive. Plusieurs correctifs ont été déployés, mais la version testée mi-juillet restait contournable.

Qui a découvert les failles de l’application ?

Le consultant en cybersécurité britannique Paul Moore a réalisé les deux démonstrations publiques de contournement, en avril puis en juillet 2026. Dibran Mulder, CTO de l’entreprise néerlandaise Caesar Groep, a de son côté publié l’analyse technique de la faille architecturale sous-jacente.

Quelles données personnelles ont été exposées ?

Les rapports disponibles ne décrivent pas de fuite massive de données au sens classique. Le problème documenté concerne la fiabilité de la promesse de confidentialité elle-même : la garantie que seule l’information « oui/non » sur l’âge soit transmise pouvait être contournée, ce qui rendait théoriquement possible l’accès à des crédentiels liés à un profil antérieur.

Un numéro CVE a-t-il été attribué à cette faille ?

Non, aucun CVE public n’a été recensé pour cet incident au moment de la publication de cet article. Le problème a été traité comme une faiblesse d’architecture documentée par des chercheurs indépendants plutôt que comme une vulnérabilité logicielle cataloguée formellement.

Quel est le lien avec l’abandon de Poseidon par Ethereum ?

Les deux histoires n’ont pas de lien direct de cause à effet, mais elles éclairent le même thème au même moment : la difficulté de faire tenir, dans des systèmes réels à grande échelle, les promesses théoriques des preuves à divulgation nulle de connaissance. Ethereum ajuste ses choix cryptographiques par anticipation, l’UE les corrige après coup, sous la pression de chercheurs indépendants.

Combien a coûté le développement de l’application ?

Selon Cybernews, le développement du système a représenté un contrat de 2 millions d’euros financé par la Commission européenne, dans le cadre du déploiement anticipé de l’EUDI Wallet prévu par le règlement eIDAS 2.0.

Pour aller plus loin