Google Cloud a publié le 23 juillet 2026 un chiffre d’affaires trimestriel de 24,8 milliards de dollars, en hausse de 82 % sur un an. C’est plus du double du rythme d’Amazon Web Services (+37 %) et près du double de celui de Microsoft Azure (+43 %). Trois trimestres plus tôt, Google Cloud progressait encore à 48 %. La division cloud d’Alphabet vient d’enchaîner sa quatrième accélération trimestrielle consécutive, portée par la demande en infrastructure d’intelligence artificielle. Pour les entreprises françaises et européennes qui négocient leurs contrats cloud cette année, ce basculement des rapports de force mérite qu’on s’y arrête.

Google Cloud T2 2026 : les chiffres qui changent la donne

Le résultat publié fin juillet a surpris jusqu’aux analystes les plus optimistes. Google Cloud a généré 24,77 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre 2026, contre un consensus qui tablait sur environ 22,46 milliards, selon les données compilées par 9to5Google et le cabinet Futurum Group. La croissance de 82 % sur un an propulse la division cloud d’Alphabet loin devant ses deux rivaux directs.

L’opérationnel suit la même trajectoire. Le résultat d’exploitation de Google Cloud a atteint 8,8 milliards de dollars, soit une marge de 35,6 %, un niveau qui aurait semblé irréaliste pour cette division il y a deux ans à peine. Le carnet de commandes (backlog), c’est-à-dire les contrats déjà signés mais pas encore facturés, a grimpé à 514 milliards de dollars. Sundar Pichai, PDG d’Alphabet et de Google, a résumé la tendance lors de la présentation des résultats : « Cloud revenue grew 82%, powered by strong demand for AI infrastructure and AI solutions » (blog.google).

Pourquoi une accélération aussi brutale en un seul trimestre

Ce qui frappe surtout, c’est la vitesse à laquelle Google Cloud a accéléré. Au premier trimestre 2026, la division affichait déjà 63 % de croissance pour un chiffre d’affaires de 20 milliards de dollars, avec un discours de direction évoquant une croissance freinée par des capacités insuffisantes, selon TechCrunch. Trois mois plus tard, le taux grimpe à 82 %. Une telle accélération séquentielle est rare pour une activité qui pèse déjà plusieurs dizaines de milliards de dollars par an.

Deux facteurs expliquent ce saut. D’abord, Google a mis en service de nouvelles capacités de calcul liées à l’IA (puces TPU maison et GPU Nvidia loués via Google Cloud), ce qui a levé une partie du goulot d’étranglement signalé au trimestre précédent. Ensuite, la base de clients qui consomment des services d’IA générative sur Google Cloud (Vertex AI, Gemini Enterprise, infrastructure pour l’entraînement de modèles tiers) s’est élargie plus vite que prévu. Selon Sundar Pichai, cité dans la retranscription officielle de l’appel aux investisseurs, « core GCP, AI solutions, and AI infrastructure were all important drivers of growth » (blog.google).

AWS reste numéro un, mais la comparaison devient inconfortable

Il faut garder la mesure. Amazon Web Services demeure, et de loin, le plus gros acteur du marché avec 42,2 milliards de dollars de revenus au T2 2026, soit 70 % de plus que Google Cloud en valeur absolue. La croissance de 37 % annoncée fin juillet reste solide pour une activité de cette taille. Le run-rate annualisé d’AWS avoisine 169 milliards de dollars, un montant que ni Azure ni Google Cloud n’approchent encore.

Le problème pour Amazon est ailleurs : le narratif. Pendant des années, AWS s’est présenté comme le standard incontesté du cloud d’entreprise. Aujourd’hui, chaque publication trimestrielle est immédiatement comparée à celle de Google Cloud, et l’écart de rythme de croissance (37 % contre 82 %) alimente la perception d’un retard pris sur l’IA générative, même si le carnet de commandes d’AWS reste impressionnant à 496 milliards de dollars. Amazon a par ailleurs relevé ses investissements 2026 à 220 milliards de dollars, en partie à cause de la hausse du coût des puces mémoire, selon CNBC.

Microsoft Azure : une croissance solide, mais éclipsée

Microsoft n’a pas à rougir de son trimestre. Le segment Intelligent Cloud a rapporté 32,91 milliards de dollars, au-dessus des attentes de 32,39 milliards. Selon la communication officielle de Microsoft, « Azure and other cloud services revenue grew 39% driven by demand for our portfolio of services with continued growth across all workloads » (microsoft.com). Plusieurs analystes, dont ceux de Motley Fool et de Cloud Wars, avancent un chiffre légèrement supérieur, autour de 43 %, un écart qui s’explique probablement par des périmètres de calcul différents (devises constantes contre chiffres publiés, ou inclusion partielle de certains services annexes).

Le point fort d’Azure reste son carnet de commandes : 678 milliards de dollars, en hausse de 84 % sur un an, le plus élevé des trois hyperscalers. Microsoft mise sur les contrats pluriannuels signés avec de grandes entreprises pour absorber la demande en IA, notamment via son partenariat avec OpenAI. Mais sur le seul critère de la croissance trimestrielle brute, Azure se retrouve désormais coincé entre un AWS qui accélère lentement et un Google Cloud qui double de rythme.

Comparatif chiffré : AWS, Azure et Google Cloud au T2 2026

Le tableau ci-dessous résume les indicateurs clés publiés par les trois groupes pour le deuxième trimestre 2026.

FournisseurRevenu T2 2026Croissance YoYCarnet de commandesPart de marché
AWS (Amazon)42,2 Md$+37 %496 Md$28 %
Microsoft Azure32,91 Md$ (segment Intelligent Cloud)+39 % à +43 % selon la source678 Md$ (+84 %)21 %
Google Cloud24,8 Md$+82 %514 Md$15 % (contre 14 % au T1 2026)

Trois lectures possibles de ce tableau. En valeur absolue, AWS domine toujours largement. En rythme de croissance, Google Cloud a pris une avance de 2,5 fois sur ses deux concurrents. Et en carnet de commandes, c’est Azure qui inspire le plus confiance pour les revenus futurs, avec 678 milliards de dollars déjà engagés par ses clients.

Le contexte historique : une accélération construite sur quatre trimestres

La performance de Google Cloud au T2 2026 n’est pas un coup isolé. Elle s’inscrit dans une trajectoire d’accélération continue depuis début 2025, comme le montre le tableau suivant, construit à partir des publications trimestrielles successives d’Alphabet.

TrimestreCroissance Google Cloud (YoY)
T1 202528 %
T2 202532 %
T3 202534 %
T4 202548 %
T1 202663 %
T2 202682 %

Sur cinq trimestres, le taux de croissance a quasiment triplé. En 2024 et au début 2025, Google Cloud était encore perçu comme le numéro trois d’un marché à trois, loin derrière AWS et Azure en termes de dynamique. La bascule s’est jouée sur la capacité de Google à convertir ses investissements en TPU (les puces maison pour l’IA) et son modèle Gemini en contrats d’entreprise concrets, un pari qui semblait risqué début 2025 et qui se traduit aujourd’hui en résultats financiers.

Les moteurs de la croissance : IA, infrastructure et effet de rattrapage

Trois éléments expliquent la trajectoire de Google Cloud. D’abord, la demande brute en calcul pour l’entraînement et l’inférence de modèles d’IA, qui bénéficie autant aux clients externes qu’aux propres produits d’Alphabet (Gemini, Search AI Overviews). Ensuite, un effet de rattrapage structurel : Google Cloud partait d’une base plus petite que ses deux rivaux, ce qui rend mécaniquement les pourcentages de croissance plus spectaculaires à revenu additionnel comparable. Enfin, l’entrée en service de nouvelles capacités de datacenters qui avaient jusqu’ici limité la croissance, un point que la direction avait elle-même reconnu au trimestre précédent.

Le rapport 24/7 Wall St. publié le 10 août 2026 pointe toutefois un risque de concentration : une part significative des revenus additionnels attendus par Google Cloud pour l’année à venir proviendrait d’un nombre restreint de très gros clients liés à l’IA, dont certains n’ont pas encore atteint la rentabilité. C’est une nuance importante pour évaluer la solidité du modèle sur la durée, au-delà du chiffre de croissance affiché en une du trimestre.

La bataille du capex : plus de 600 milliards de dollars investis en 2026

Derrière ces chiffres de croissance se cache une course à l’investissement d’une ampleur inédite. Amazon a relevé ses prévisions de dépenses d’investissement 2026 à environ 220 milliards de dollars, en partie à cause de la flambée du prix des puces mémoire, selon CNBC. Google a de son côté relevé sa propre fourchette à 195-205 milliards de dollars. Microsoft communique une enveloppe proche de 190 milliards de dollars pour la même période.

FournisseurCapex prévu pour 2026Marge opérationnelle cloud
Amazon (AWS)≈ 220 Md$Non détaillée séparément par Amazon
Google (Alphabet)195 à 205 Md$35,6 % (Google Cloud)
Microsoft≈ 190 Md$Non détaillée séparément par Microsoft

Cumulés, les trois groupes engagent donc plus de 600 milliards de dollars de dépenses d’infrastructure sur la seule année 2026. C’est ce capex massif, largement fléché vers les puces IA, les datacenters et les réseaux électriques associés, qui rend possible l’accélération de croissance observée chez Google Cloud. La question qui agite désormais les marchés financiers est celle du retour sur investissement : à quel horizon ces centaines de milliards se traduiront-ils en profits nets pour les actionnaires.

Parts de marché : un basculement lent mais réel

Malgré sa croissance spectaculaire, Google Cloud ne bouleverse pas encore la hiérarchie du marché. AWS conserve 28 % de parts de marché mondial du cloud d’infrastructure, une position stable depuis le premier trimestre 2026. Azure reste à 21 %. Google Cloud, lui, progresse d’un point, passant de 14 % au T1 2026 à 15 % au T2 2026. Un point de part de marché peut sembler modeste, mais sur un marché mondial qui dépasse les 300 milliards de dollars de revenus annuels cumulés pour les trois acteurs, ce point représente plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires additionnel.

Pour les entreprises européennes, ce basculement progressif a une conséquence concrète : le pouvoir de négociation face aux hyperscalers évolue. Un Google Cloud en position de challenger plus agressif a historiquement tendance à proposer des remises plus importantes pour arracher des contrats aux deux leaders, un levier que les équipes achats et FinOps ont intérêt à exploiter dans leurs renouvellements de contrats 2026-2027.

Ce que disent les dirigeants

Les prises de parole officielles autour de ces résultats confirment l’ampleur du virage IA pris par les trois groupes. Sundar Pichai a résumé la performance du trimestre en une phrase lors de l’appel aux investisseurs : « Cloud revenue grew 82%, powered by strong demand for AI infrastructure and AI solutions » (blog.google). Il a également mis en avant la solidité du pipeline commercial : « Cloud backlog grew to $514 billion » (blog.google).

Côté Microsoft, la communication officielle insiste sur la régularité de la croissance plutôt que sur un pic ponctuel : « Azure and other cloud services revenue grew 39% driven by demand for our portfolio of services with continued growth across all workloads » (microsoft.com). Ce choix de discours, centré sur la continuité plutôt que sur l’accélération, illustre une stratégie de communication distincte de celle de Google, qui met en avant la rupture de rythme.

Comparaison compétitive : forces et faiblesses de chaque hyperscaler

AWS conserve trois avantages structurels : la plus large gamme de services (plus de 200 produits), l’écosystème de partenaires le plus mature en Europe, et la meilleure couverture en centres de données régionaux, un critère de plus en plus scruté par les acheteurs publics soumis aux exigences de résidence des données. Sa faiblesse relative est la perception d’un retard sur l’offre IA générative grand public, malgré des services comme Bedrock.

Azure garde l’avantage sur les grands comptes déjà équipés en Microsoft 365 et Windows Server, où l’intégration native facilite l’adoption. Son partenariat avec OpenAI reste un atout commercial fort, même si les tensions occasionnelles entre les deux entreprises rappellent que cette alliance n’est pas figée. Google Cloud, de son côté, mise sur ses puces TPU propriétaires (un avantage de coût que ni AWS ni Azure ne peuvent répliquer à l’identique) et sur l’intégration de Gemini dans ses outils data et analytics, un argument qui séduit particulièrement les équipes data science.

Conséquences pour les entreprises et les équipes FinOps en Europe

Pour les DSI et responsables FinOps français, ces résultats trimestriels ne sont pas qu’une curiosité boursière. Ils annoncent une intensification de la concurrence tarifaire entre les trois hyperscalers sur les charges de travail liées à l’IA, un segment où les écarts de prix entre fournisseurs peuvent dépasser 30 % pour une capacité de calcul équivalente. Les équipes achats ont intérêt à revisiter leurs contrats-cadres avant leur date de renouvellement, en s’appuyant sur la position de challenger de Google Cloud pour obtenir de meilleures conditions auprès d’AWS ou d’Azure.

Autre point de vigilance : la hausse continue du capex des trois groupes se répercute à terme sur les prix unitaires des instances de calcul, notamment celles équipées de GPU. Les organisations qui budgétisent leurs charges cloud pour 2027 doivent intégrer une hypothèse de volatilité tarifaire plus forte que les années précédentes, en particulier sur les instances liées à l’entraînement de modèles.

Ce que cela signifie pour le marché cloud européen

En Europe, ces résultats interviennent alors que la Commission européenne pousse pour une plus grande autonomie stratégique sur le cloud, via des textes comme le Cloud and AI Development Act. La montée en puissance de Google Cloud ne change rien à cette dynamique réglementaire : les trois hyperscalers restent soumis aux mêmes questions de souveraineté des données, quelle que soit leur vitesse de croissance respective. Mais elle change le rapport de force commercial : un Google Cloud plus agressif sur les prix pour gagner des parts de marché pourrait accélérer la migration de charges de travail chez certaines entreprises européennes, y compris celles qui avaient jusqu’ici privilégié AWS ou Azure par habitude plutôt que par choix stratégique.

Les fournisseurs cloud européens (OVHcloud, Scaleway, T-Systems) restent, eux, marginaux face à ces montants : leurs chiffres d’affaires cumulés représentent une fraction infime des revenus générés par les trois hyperscalers américains sur ce seul trimestre. La bataille de croissance qui se joue actuellement entre AWS, Azure et Google Cloud se déroule donc largement en dehors du contrôle des acteurs européens, ce qui renforce l’argument des partisans d’une politique industrielle cloud plus volontariste à Bruxelles.

Cinq prévisions pour les prochains trimestres

  • La croissance de Google Cloud devrait ralentir, mais rester supérieure à celle de ses rivaux. Un taux de 82 % est difficile à maintenir sur la durée à mesure que la base de revenus grossit ; un retour vers 55-65 % au T3 2026 paraît plus probable que la poursuite de l’accélération.
  • AWS devrait accélérer légèrement grâce à ses nouveaux investissements en puces mémoire et capacité IA, financés par le relèvement de son capex à 220 milliards de dollars.
  • Azure devrait continuer de miser sur son carnet de commandes record de 678 milliards de dollars pour rassurer les investisseurs, même si son taux de croissance trimestrielle reste au milieu du classement.
  • La pression sur les prix des instances GPU devrait s’accentuer en 2027, à mesure que les trois groupes cherchent à rentabiliser leurs investissements massifs en infrastructure.
  • Les entreprises européennes vont accélérer leurs stratégies multi-cloud pour arbitrer entre les trois fournisseurs plutôt que de dépendre d’un seul, un mouvement déjà amorcé par plusieurs grands comptes du CAC 40.

Questions fréquentes

Pourquoi Google Cloud croît-il plus vite qu’AWS et Azure ?

Principalement parce que Google Cloud partait d’une base de revenus plus petite, ce qui rend les pourcentages de croissance mécaniquement plus élevés à volume additionnel comparable, combiné à une mise en service récente de nouvelles capacités de calcul liées à l’IA qui avaient jusque-là freiné la croissance.

AWS reste-t-il le leader du marché cloud en 2026 ?

Oui. AWS conserve 28 % de parts de marché mondial et génère 42,2 milliards de dollars de revenus trimestriels, contre 24,8 milliards pour Google Cloud. Le leadership en valeur absolue n’est pas remis en cause par ces résultats.

Quelle est la différence entre le carnet de commandes de chaque fournisseur ?

Azure affiche le carnet de commandes le plus élevé avec 678 milliards de dollars (+84 % sur un an), suivi de Google Cloud à 514 milliards de dollars et d’AWS à 496 milliards de dollars.

Combien les hyperscalers vont-ils dépenser en infrastructure en 2026 ?

Amazon prévoit environ 220 milliards de dollars, Google entre 195 et 205 milliards de dollars, et Microsoft environ 190 milliards de dollars, soit plus de 600 milliards de dollars cumulés sur l’année.

Ces résultats changent-ils quelque chose pour les entreprises européennes ?

Ils renforcent la position de négociation des entreprises européennes lors du renouvellement de leurs contrats cloud, Google Cloud ayant tendance à proposer des conditions tarifaires plus agressives pour gagner des parts de marché face à AWS et Azure.

Ces chiffres de croissance sont-ils comparables entre les trois entreprises ?

Avec prudence. Microsoft regroupe Azure dans un segment plus large (Intelligent Cloud) qui inclut d’autres produits, tandis qu’Amazon et Google isolent plus clairement leurs revenus cloud purs, ce qui peut légèrement fausser les comparaisons directes de pourcentages.

Google Cloud va-t-il dépasser Azure en parts de marché ?

Pas à court terme selon les données actuelles. Google Cloud est passé de 14 % à 15 % de parts de marché entre le T1 et le T2 2026, un rythme qui, même prolongé, ne lui permettrait pas de rattraper les 21 % d’Azure avant plusieurs années.

Quel est l’impact de ces résultats sur les prix du cloud pour les entreprises ?

À court terme, la concurrence accrue peut faire baisser les prix sur certains segments, notamment le calcul standard. Mais la demande en instances GPU pour l’IA reste tendue, ce qui maintient une pression à la hausse sur ces catégories spécifiques, malgré la concurrence entre fournisseurs.

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