En France, deux noms reviennent sans cesse dès qu’un joueur cherche à diffuser les jeux de son PC vers un salon, une tablette ou un ordinateur portable sans payer d’abonnement mensuel : Moonlight et Steam Link. Le mot-clé « steam link » totalise à lui seul environ 4 400 recherches mensuelles en France, contre 1 600 pour « moonlight streaming » – deux volumes solides sur un segment encore peu couvert par la presse spécialisée francophone. Pendant que le cloud gaming par abonnement (GeForce Now, Xbox Cloud Gaming) capte l’attention médiatique, ces deux solutions gratuites de streaming maison progressent discrètement, portées par la généralisation de la fibre optique : fin mars 2026, 94,9 % des locaux français étaient raccordables au très haut débit, avec 29,5 millions d’abonnements actifs selon l’observatoire de l’Arcep publié le 11 juin 2026.

Ce comparatif détaille les spécifications techniques, les performances mesurées, la sécurité, les prix et les cas d’usage réels de Moonlight (associé à son hôte Sunshine) face à Steam Link, l’outil intégré de Valve. Contrairement au cloud gaming par abonnement, où le jeu tourne sur un serveur distant loué au mois, ces deux solutions diffusent les images depuis votre propre PC : aucun abonnement, aucune limite d’heures, et des performances qui dépendent uniquement de votre matériel et de votre réseau.

Le marché du jeu vidéo en France : pourquoi ce sujet explose maintenant

Le contexte français explique en partie pourquoi ce comparatif prend tout son sens en 2026. Selon le bilan annuel du SELL (Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs) publié en avril 2026, le marché français du jeu vidéo a atteint 5,856 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 2,9 %. L’écosystème console reste leader avec 44 % du marché (2,552 milliards d’euros, stable), suivi du mobile à 30 % (1,792 milliard d’euros, en hausse de 11 %) et du PC à 26 % (1,512 milliard d’euros, stable). Le pays compte près de 40 millions de joueurs, dont 76 % jouent au moins une fois par semaine, pour un âge moyen désormais fixé à 40 ans.

Cette base de joueurs matures et équipés en PC (26 % du marché, plus d’1,5 milliard d’euros) coïncide avec un réseau fixe parmi les plus denses d’Europe : la fibre optique rend désormais crédible le streaming de jeux vers une autre pièce, un autre logement ou un appareil mobile, sans les compromis de qualité qu’imposait l’ADSL. C’est précisément ce terrain que se disputent Moonlight et Steam Link – deux outils gratuits qui n’apparaissent dans aucun chiffre d’affaires du SELL puisqu’ils ne vendent rien, mais qui déterminent de plus en plus l’expérience quotidienne des joueurs PC équipés d’un salon, d’une chambre secondaire ou d’un poste nomade.

Moonlight et Sunshine : le duo open source qui a survécu à NVIDIA

Moonlight n’est pas né de nulle part. Le projet est une réimplémentation open source du protocole GameStream, une technologie propriétaire lancée par NVIDIA pour permettre à ses cartes Shield et GeForce de diffuser des jeux vers d’autres écrans. NVIDIA a officiellement fermé GameStream le 29 mars 2023, via une mise à jour obligatoire des appareils Shield TV qui a supprimé la fonctionnalité (confirmé par PCWorld et XDA-Developers). GeForce Experience, l’ancien logiciel NVIDIA, est lui-même en cours de remplacement par la NVIDIA App, qui abandonne totalement le support de GameStream.

C’est là que Moonlight prend tout son sens : le client, hébergé sur GitHub (dépôt moonlight-qt), cumule 17 863 étoiles, une licence GPL-3.0 et 48 versions publiées, la dernière stable étant la v6.1.0 du 17 septembre 2024. Le site officiel moonlight-stream.org annonce une diffusion jusqu’en 4K avec HDR, jusqu’à 120 images par seconde, un son surround 7.1 et la prise en charge de 16 manettes simultanées avec retour de force. Les codecs vidéo couverts sont H.264, HEVC et AV1 – ce dernier nécessitant un encodeur matériel compatible côté hôte (GPU NVIDIA RTX série 40 ou plus récent, Intel Arc, ou AMD RX série 7000 ou plus récent).

Mais Moonlight n’est qu’un client : il lui faut un hôte. Depuis la disparition de GameStream, c’est Sunshine, développé par la communauté LizardByte, qui a repris ce rôle. Le projet, hébergé sur GitHub, affiche 39 199 étoiles et plus de 2 100 forks – un niveau d’adoption qui dépasse largement celui du client Moonlight lui-même. Sunshine utilise un système de versionnage par date (CalVer) ; la version la plus récente est la v2026.516.143833, publiée le 16 mai 2026. Il fonctionne sur Windows, Linux, macOS et FreeBSD, et exploite l’encodage matériel disponible sur la machine hôte : NVENC pour NVIDIA, AMF pour AMD sous Windows, VAAPI pour AMD et Intel sous Linux/FreeBSD, Quick Sync pour Intel sous Windows, et VideoToolbox pour les Mac Apple Silicon.

Point d’attention pour qui compare de vieux tutoriels en ligne : plusieurs guides encore indexés en 2026 recommandent d’installer GeForce Experience et d’activer GameStream comme hôte pour Moonlight. Cette information est obsolète depuis mars 2023. En 2026, Sunshine est la seule option d’hébergement réaliste et activement maintenue pour Moonlight.

Ces sigles d’encodage matériel méritent une explication rapide, car c’est précisément ce qui distingue une diffusion fluide d’une diffusion saccadée. NVENC, AMF, VAAPI et Quick Sync désignent tous des puces d’encodage vidéo dédiées, intégrées directement au GPU ou au processeur, qui compressent l’image en temps réel sans solliciter le reste de la machine. Sans cet encodage matériel, un hôte serait contraint d’encoder le flux « en logiciel » via le processeur central, ce qui grève à la fois les performances du jeu lui-même et la fluidité de la diffusion. C’est pourquoi Sunshine détecte automatiquement le meilleur encodeur disponible sur la machine hôte au démarrage, plutôt que de laisser ce choix au hasard.

Face à ce duo communautaire, Valve propose une approche radicalement plus simple : Steam Link est intégré directement à Steam, sans logiciel hôte séparé à installer. Sur la fiche produit officielle, Valve décrit sa technologie comme un « protocole réseau propriétaire à très faible latence » – la marque ne publie pas le code source, contrairement à Moonlight et Sunshine.

Steam Link a une histoire plus longue qu’on ne le pense. Le boîtier matériel original a été lancé en novembre 2015 aux côtés des premières Steam Machines, au prix de 49,99 $, avec une fiche technique modeste : processeur Marvell DE3005-A1 à 1,0 GHz, 256 Mo de RAM, 4 Go de stockage, GPU Vivante GC1000 et noyau Linux 3.8. Valve a arrêté ce boîtier en novembre 2018, le liquidant à 2,50 $ pièce (TechCrunch). Depuis, Steam Link a survécu sous forme logicielle : application Android en mai 2018, iOS/tvOS en mai 2019, Linux ARM en décembre 2018, Windows le 4 février 2021, macOS et Linux x86-64 en mars 2021, puis Meta Quest le 30 novembre 2023 et davantage d’appareils Android en septembre 2025. L’application Samsung Smart TV, elle, a été retirée en novembre 2023.

La fonctionnalité « Steam Link Anywhere », ajoutée en mars 2019, permet de diffuser via Internet sans avoir à rediriger manuellement le moindre port sur sa box : Valve gère le relais réseau de bout en bout. Steam propose aussi le Remote Play Together, qui permet d’inviter jusqu’à 4 joueurs et plus à rejoindre une partie locale à distance, même s’ils ne possèdent pas le jeu.

Le protocole Steam Link n’est d’ailleurs pas qu’une application annexe : c’est la même technologie de diffusion qui fait fonctionner en interne la Steam Machine, la console-PC de Valve, lorsqu’elle est utilisée en mode diffusion depuis un PC plus puissant situé ailleurs dans le logement. Pour un foyer déjà équipé d’une Steam Machine ou d’un boîtier Steam Deck en dock salon, Steam Link est donc littéralement déjà intégré à l’écosystème, sans aucune brique logicielle supplémentaire à installer.

Compatibilité selon vos appareils

Le choix dépend aussi très concrètement de ce que vous avez déjà sous la main. Voici le détail appareil par appareil.

Appareil / plateformeClient MoonlightClient Steam Link
WindowsOuiOui (depuis le 4 février 2021)
macOSOuiOui (depuis mars 2021)
Linux (x86-64)OuiOui (depuis mars 2021)
Linux ARM / Raspberry PiOui, y compris Raspberry Pi 5 et cartes RISC-V communautairesOui (Linux ARM depuis déc. 2018)
AndroidOuiOui (depuis mai 2018, 500+ appareils ajoutés en nov. 2024)
iOSOuiOui (depuis mai 2019)
Apple TV / tvOSOuiOui (depuis mai 2019)
Amazon Fire TVNon officielOui
Meta Quest (2/3/Pro)NonOui (depuis le 30 nov. 2023, suivi des mains oct. 2024)
Apple Vision ProNonOui, seul client à 120 FPS
Xbox One / Series S|XPort communautaire non officielNon
Nintendo SwitchPort communautaire non officielNon
LG webOS (TV connectée)OuiNon
Samsung Smart TVNonRetiré en novembre 2023
Steam DeckOui, via installation manuelleOui, nativement intégré à SteamOS

Voici l’ensemble des critères techniques à connaître avant de choisir entre les deux solutions.

CritèreMoonlight + SunshineSteam Link
Prix0 € (open source)0 € (intégré à Steam)
Éditeur / mainteneurCommunauté moonlight-stream / LizardByteValve Corporation
LicenceGPL-3.0, code source publicPropriétaire, gratuit, code fermé
Version actuelle (client)Moonlight v6.1.0 (17 sept. 2024)Intégrée à l’app Steam, mises à jour continues
Version actuelle (hôte)Sunshine v2026.516.143833 (16 mai 2026)Sans objet – Steam fait office d’hôte
Popularité (étoiles GitHub)17 863 (moonlight-qt) + 39 199 (Sunshine)Dépôt fermé, aucune statistique publique
Résolution maximale4K (2160p) avec HDR4K (2160p) avec HDR depuis nov. 2024
Fréquence d’images maximale120 images/seconde sur la majorité des clients60 images/seconde (120 réservé au client Apple Vision Pro)
Codecs vidéo pris en chargeH.264, HEVC, AV1H.264, HEVC, AV1 depuis nov. 2024
Encodage matériel côté hôteNVENC, AMF, VAAPI, Quick Sync, VideoToolboxEncodeur GPU natif détecté par Steam
Jeux compatiblesTout le bureau de l’hôte : Steam, Epic, GOG, Battle.net, émulateursBibliothèque Steam, plus jeux non-Steam ajoutés manuellement en raccourci
Support VR natifAucunMeta Quest 2/3/Pro, Apple Vision Pro
Accès à distance hors réseau localRedirection de port, IPv6, ou VPN maillé (Tailscale, ZeroTier)Steam Link Anywhere, relais géré automatiquement par Valve
Plateformes clientes principalesWindows, macOS, Linux, iOS, Android, Apple TV, Raspberry Pi, LG webOS, port communautaire Xbox et SwitchWindows, macOS, Linux, iOS, Android, Apple TV, Fire TV, Meta Quest, Apple Vision Pro
Multi-joueurs à distanceNon pris en charge nativementRemote Play Together, 4 joueurs et plus par invitation
Temps de configuration initialeEnviron 10 à 15 minutes (hôte + client + réglages)Environ 2 minutes si Steam est déjà installé
AudioSurround 7.1Stéréo ou surround selon le jeu diffusé

Installation et prise en main : combien de temps ça prend vraiment

La différence d’expérience commence dès la première minute. Avec Steam Link, si Steam tourne déjà sur le PC hôte, il suffit d’installer l’application Steam Link sur l’appareil cible (téléphone, tablette, Apple TV, Fire TV…), de la lancer sur le même réseau Wi-Fi, puis de saisir un code PIN affiché à l’écran pour jumeler les deux appareils. Comptez environ deux minutes, sans configuration réseau, sans création de compte supplémentaire, sans choix d’encodeur à faire.

Avec Moonlight et Sunshine, la mise en route demande davantage d’étapes, mais offre en retour un contrôle beaucoup plus fin. Il faut d’abord installer Sunshine sur la machine qui hébergera les jeux, ouvrir son interface web de configuration (généralement accessible sur https://localhost:47990), définir un identifiant et un mot de passe, choisir l’encodeur matériel à utiliser, puis installer le client Moonlight sur l’appareil cible et le jumeler via un code PIN généré par Sunshine. L’ensemble prend de 10 à 15 minutes pour un premier utilisateur, essentiellement parce que Sunshine propose des réglages que Steam Link masque totalement à l’utilisateur : choix du codec, débit binaire cible, résolution de diffusion indépendante de celle de l’hôte, activation du HDR ou de l’AV1 si le matériel le permet.

Pour un accès en dehors du réseau local, l’écart se creuse encore : Steam Link Anywhere fonctionne « out of the box » sans aucune manipulation réseau, tandis que Sunshine nécessite soit une redirection de ports sur la box, soit – solution recommandée pour des raisons de sécurité détaillées plus bas – l’installation d’un VPN maillé comme Tailscale.

Qualité d’image : codecs H.264, HEVC et AV1

Les deux solutions partagent une base commune (H.264) mais ont longtemps divergé sur les codecs avancés. Moonlight a intégré HEVC puis AV1 en s’appuyant sur les capacités d’encodage matériel de Sunshine – AV1 nécessitant spécifiquement un GPU récent côté hôte (NVIDIA RTX série 40 ou supérieure, Intel Arc, ou AMD RX série 7000 ou supérieure).

Steam Link, de son côté, a longtemps accusé un retard sur ce terrain, avant de rattraper une grande partie de l’écart avec une mise à jour majeure déployée le 13 novembre 2024, documentée par Android Authority. Cette mise à jour a ajouté le codec AV1 et le support HDR (avec un hôte Windows requis, uniquement sur le préréglage « amélioré » en 1080p ou 4K), étendu la compatibilité à plus de 500 appareils Android supplémentaires, introduit des recommandations de qualité basées sur un test réseau automatique, et corrigé des bugs affectant la manette Switch Pro et le son sur Android TV. Avant cette date, Steam Link accusait un net retard face à Moonlight sur les codecs et le HDR ; depuis, l’écart s’est largement refermé – à l’exception notable de la fréquence d’images, qui reste le point de divergence le plus durable entre les deux outils.

L’intérêt pratique de l’AV1 dépasse le simple argument marketing : à qualité perçue égale, ce codec plus récent consomme sensiblement moins de bande passante que le H.264, ce qui compte directement pour un accès à distance via une connexion mobile ou un réseau partagé avec d’autres usages du foyer. Sur un réseau local filé en Ethernet, la différence entre les codecs devient en revanche secondaire : c’est le débit brut disponible et la fréquence d’images ciblée qui pèsent le plus lourd dans la qualité perçue.

Fréquence d’images et latence : le vrai écart de performance

C’est ici que se joue la décision pour beaucoup de joueurs exigeants. Moonlight documente officiellement une diffusion jusqu’à 120 images par seconde sur l’ensemble de ses clients. Steam Link, en comparaison, plafonne à 60 images par seconde sur tous ses clients – Windows, Android, Fire TV, etc. – à une seule exception près : le client natif Apple Vision Pro, qui est actuellement le seul appareil Steam Link capable d’atteindre 120 images par seconde, même avec le HDR et l’AV1 activés ailleurs. Valve précise elle-même que le palier 4K/60 FPS nécessite « un PC puissant, une connexion filaire, et un très bon appareil client », sur un réseau gigabit.

Sur la latence, la prudence est de mise : de nombreux comparatifs en ligne avancent des chiffres précis au millisecond près (« 8 ms », « 14 à 16 ms ») sans source vérifiable ni méthodologie publiée – ces chiffres doivent être traités avec un scepticisme sain et ne sont pas repris ici. Deux points de mesure réellement attribuables existent en revanche. D’une part, le comparatif pratique de XDA-Developers entre Sunshine+Moonlight et le logiciel concurrent Parsec conclut que la combinaison Sunshine+Moonlight se montre « légèrement meilleure » sur le micro-saccadé et le délai d’entrée en réseau local. D’autre part, un test communautaire réalisé sur un smartphone Poco F3 en Wi-Fi 5 GHz, avec Moonlight configuré en H.265 à 3 Mbit/s et 1080p, a mesuré une latence moyenne d’environ 24 ms, avec des pics ponctuels jusqu’à 60 ms, et un temps de décodage côté client de seulement 0,24 ms. Ces deux points de données restent des mesures ponctuelles et non des benchmarks de laboratoire, mais ils vont dans le même sens : sur un réseau local bien configuré, l’écart de latence entre les deux solutions est faible, et c’est surtout le plafond de fréquence d’images qui distingue Moonlight pour le jeu rapide et compétitif.

Compatibilité des jeux : bibliothèque Steam ou PC entier

Steam Link a été conçu, sans surprise, autour de l’écosystème Steam. Les jeux achetés sur Steam se diffusent nativement ; pour un jeu provenant d’une autre boutique (Epic Games Store, GOG, Battle.net…), il faut d’abord l’ajouter manuellement à la bibliothèque Steam comme « jeu non-Steam », une étape supplémentaire documentée par HowToGeek. Pour les joueurs qui utilisent un gestionnaire multi-launchers comme celui présenté dans notre guide de configuration de Playnite, cette contrainte peut vite devenir répétitive.

Moonlight prend le problème à l’envers : par défaut, il diffuse l’intégralité du bureau de la machine hôte, sans lien avec un compte ou une bibliothèque Steam. Concrètement, cela signifie que tout ce qui tourne sur le PC hôte – un jeu Epic Games, un launcher GOG, un émulateur comme ceux couverts dans notre guide EmuDeck, ou même une application de bureau classique – peut être diffusé sans configuration additionnelle. C’est un avantage décisif pour les joueurs dont la ludothèque est répartie entre plusieurs plateformes, une situation courante en France où Epic Games Store et GOG conservent une base d’utilisateurs significative aux côtés de Steam.

Réalité virtuelle et écrans supplémentaires

Sur la réalité virtuelle, la comparaison est à sens unique : Moonlight ne propose aucun client VR natif. Steam Link, à l’inverse, dispose d’applications natives pour Meta Quest 2, Quest 3 et Quest Pro – avec un ajout du suivi des mains en octobre 2024 – ainsi que d’une application native pour l’Apple Vision Pro sous visionOS, qui est d’ailleurs le seul terrain où Steam Link atteint 120 images par seconde. Pour un joueur équipé d’un Meta Quest 3 qui souhaite diffuser son PC de jeu directement dans son casque, Steam Link reste donc la seule option native, sans alternative crédible côté Moonlight à ce jour.

Sécurité et accès à distance : ports, VPN et Tailscale

Les deux solutions s’appuient sur un jumelage par code PIN pour autoriser un nouvel appareil, ce qui limite le risque d’accès non désiré sur le réseau local. La vraie divergence apparaît dès qu’on sort de ce réseau local. Steam Link Anywhere achemine le flux à distance via l’infrastructure de relais de Valve elle-même : aucun port entrant à ouvrir sur la box internet, Valve s’occupe de tout côté serveur.

Sunshine, lui, ne propose aucun relais équivalent. La documentation officielle de Moonlight liste trois méthodes pour un accès distant : la redirection de ports classique, l’IPv6, ou un VPN maillé – Moonlight cite explicitement Tailscale et ZeroTier sur son propre site. Rediriger directement les ports de Sunshine vers Internet (TCP 47984, 47989 et 48010, UDP 47998 à 48000, 48002 et 48010) revient à exposer un service directement sur le web public – c’est l’option la plus risquée des trois. Pour un usage domestique, la recommandation la plus sûre consiste à passer par un VPN maillé de type Tailscale plutôt que par une redirection de port brute :

# Sur la machine hôte (Windows/Linux/macOS)
curl -fsSL https://tailscale.com/install.sh | sh
tailscale up

# Ouverture locale des ports Sunshine (pare-feu UFW, réseau de confiance uniquement)
sudo ufw allow 47984/tcp
sudo ufw allow 47989/tcp
sudo ufw allow 48010/tcp
sudo ufw allow 47998:48000/udp
sudo ufw allow 48002/udp
sudo ufw allow 48010/udp

Une fois Tailscale actif sur l’hôte et sur l’appareil client, Moonlight peut se connecter à l’adresse Tailscale de la machine hôte comme s’il s’agissait du même réseau local, sans jamais exposer les ports de Sunshine directement sur Internet. Cette approche diffère d’un VPN grand public classique comme ceux comparés dans notre article Mullvad vs ProtonVPN – ces derniers chiffrent et anonymisent votre trafic sortant vers Internet, alors qu’un VPN maillé comme Tailscale relie directement vos propres appareils entre eux, ce qui est exactement l’usage recherché ici.

Sur le plan tarifaire, la décision est vite tranchée : les trois briques du streaming maison sont entièrement gratuites, sans palier payant, sans publicité et sans limite d’usage.

SolutionPrixCe qui est inclus
Moonlight (client)0 €Application cliente complète, sans limite, sans publicité
Sunshine (hôte)0 €Serveur auto-hébergé complet, encodage matériel illimité
Steam Link0 €Intégré à Steam, Remote Play Together, Steam Link Anywhere
Parsec (offre gratuite)0 $60 FPS, partage à lien unique, chiffrement pair-à-pair
Parsec Warp8,33 $/mois facturé à l’année, ou 9,99 $/moisJusqu’à 3 écrans, couleur 4:4:4, mode privé
Parsec Teams30 à 35 $/moisCollaboration d’équipe, gestion centralisée des accès
GeForce Now (Ultimate)21,99 €/moisCloud gaming loué, RTX 5080, jusqu’en 5K, plafond de 100 h/mois
Xbox Cloud Gaming (Game Pass Ultimate)20,99 €/moisCloud gaming loué, 1440p, sans plafond d’heures

Ce tableau illustre bien la place particulière qu’occupent Moonlight et Steam Link : ils ne sont pas des concurrents directs des offres de cloud gaming par abonnement, qui louent une puissance de calcul distante, mais des outils qui exploitent une machine que vous possédez déjà. La seule alternative payante réellement comparable, Parsec, cible surtout un usage professionnel ou multi-écrans avancé plutôt que le joueur solo à domicile.

5 cas d’usage concrets pour trancher

Au-delà des spécifications, voici cinq profils de joueurs et la solution la plus adaptée à chacun.

  • Le joueur compétitif en réseau local. Pour du FPS ou du MOBA rapide entre le PC du bureau et un salon câblé en Ethernet, Moonlight + Sunshine l’emporte grâce à son plafond de 120 images par seconde et un débit binaire entièrement configurable.
  • La famille avec un salon multi-écrans. Pour diffuser des jeux Steam vers une télévision sans complexité technique, avec la possibilité d’inviter d’autres joueurs via Remote Play Together, Steam Link reste imbattable en simplicité de mise en route.
  • Le joueur nomade en déplacement. Pour accéder à son PC de jeu resté à la maison depuis un hôtel ou un second logement, la combinaison Moonlight + Sunshine + Tailscale offre un accès sécurisé sans redirection de port, y compris depuis un appareil compact comme un Steam Deck ou un handheld type ROG Ally.
  • Le joueur équipé d’un casque VR. Pour diffuser son PC dans un Meta Quest 3 ou un Apple Vision Pro, Steam Link est la seule option native disponible – Moonlight n’a aucun client VR à ce jour.
  • Le joueur multi-plateformes de jeu. Pour quelqu’un dont la ludothèque est répartie entre Steam, Epic Games Store, GOG et des émulateurs gérés via Playnite ou EmuDeck, Moonlight diffuse tout le bureau de l’hôte sans distinction de source, là où Steam Link reste centré sur l’écosystème Steam.

Pour les joueurs qui utilisent déjà Steam Link et souhaitent passer à une configuration plus performante et plus flexible, voici la marche à suivre complète.

  1. Vérifiez le GPU de votre machine hôte et son encodeur matériel disponible (NVENC pour NVIDIA, AMF pour AMD, Quick Sync pour Intel).
  2. Téléchargez et installez Sunshine depuis son dépôt GitHub officiel sur le PC qui hébergera les jeux.
  3. Ouvrez l’interface web de configuration de Sunshine, généralement accessible via https://localhost:47990 depuis un navigateur.
  4. Créez un identifiant et un mot de passe pour sécuriser l’accès à cette interface d’administration.
  5. Choisissez l’encodeur matériel à utiliser ainsi que la résolution et la fréquence d’images par défaut de la diffusion.
  6. Installez le client Moonlight sur l’appareil cible : Windows, macOS, Linux, Android, iOS, Apple TV ou Raspberry Pi selon votre matériel.
  7. Lancez Moonlight et ajoutez l’hôte, soit par découverte automatique sur le même réseau, soit en saisissant son adresse IP manuellement.
  8. Entrez le code PIN affiché par Moonlight dans l’interface web de Sunshine pour finaliser le jumelage entre les deux appareils.
  9. Ajustez le débit binaire, activez le HDR et l’AV1 si votre matériel les prend en charge, dans les réglages de diffusion de Moonlight.
  10. Pour un accès en dehors du réseau local, installez Tailscale sur l’hôte et sur le client plutôt que de rediriger manuellement les ports de Sunshine vers Internet.

Il n’est pas nécessaire de désinstaller Steam Link pour autant : les deux solutions cohabitent parfaitement sur la même machine, et rien n’empêche de garder Steam Link comme option de secours simple pour les usages ponctuels ou pour un invité, tout en réservant Moonlight aux sessions de jeu exigeantes.

Avantages et inconvénients

Moonlight + Sunshine

  • Diffusion jusqu’à 120 images par seconde sur la majorité des clients
  • Diffuse tout le bureau de l’hôte, pas seulement la bibliothèque Steam
  • Entièrement open source, code auditable, aucune télémétrie cachée
  • Réglages avancés : débit binaire, codec, résolution de diffusion indépendante
  • Installation plus longue (10 à 15 minutes) et configuration technique plus poussée
  • Aucun client VR natif
  • Accès à distance hors réseau local à configurer soi-même (VPN maillé recommandé)
  • Configuration en environ 2 minutes si Steam est déjà installé
  • Steam Link Anywhere gère l’accès à distance sans redirection de port
  • Seule option avec clients VR natifs (Meta Quest, Apple Vision Pro)
  • Remote Play Together pour jouer à plusieurs à distance
  • Plafonné à 60 images par seconde sur tous les clients sauf Apple Vision Pro
  • Centré sur l’écosystème Steam ; jeux non-Steam à ajouter manuellement
  • Code fermé, aucune transparence sur le fonctionnement interne du protocole

Le verdict : quelle solution choisir en 2026

Les données penchent clairement selon le profil d’usage plutôt que vers un vainqueur universel. Si la priorité est la performance brute – 120 images par seconde documentées, choix du codec, débit binaire ajustable, diffusion de n’importe quel jeu ou application depuis n’importe quelle boutique – Moonlight associé à Sunshine l’emporte nettement, porté par un projet open source qui cumule à eux deux plus de 57 000 étoiles GitHub (17 863 pour Moonlight, 39 199 pour Sunshine) et des mises à jour actives jusqu’en mai 2026.

Si la priorité est la simplicité, l’accès à distance sans configuration réseau, ou l’usage en réalité virtuelle sur un Meta Quest ou un Apple Vision Pro, Steam Link reste la solution la plus pragmatique, en particulier depuis sa mise à jour AV1/HDR de novembre 2024 qui a comblé une grande partie de son retard technique. Le prix ne départage rien : les deux solutions sont à 0 €, sans compromis caché. Le vrai critère de choix est donc le temps que vous êtes prêt à investir dans la configuration initiale, en échange d’un plafond de performance plus élevé.

Rien n’empêche non plus de ne pas choisir : les deux applications cohabitent sans conflit sur la même machine hôte, et rien n’interdit d’utiliser Steam Link pour un accès rapide depuis le canapé un soir de semaine, puis de basculer sur Moonlight le week-end pour une session compétitive entre amis via Tailscale. Dans un marché français du jeu vidéo pesant 5,856 milliards d’euros et où le PC représente déjà plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires selon le SELL, ces deux outils gratuits offrent un retour sur investissement immédiat : aucun coût d’entrée, une infrastructure déjà présente au domicile de la plupart des joueurs équipés d’une fibre optique.

Questions fréquentes

Oui. Moonlight, Sunshine et Steam Link sont tous les trois gratuits, sans palier payant, sans publicité et sans limite d’usage. Aucune des deux solutions ne nécessite d’abonnement, contrairement aux services de cloud gaming par abonnement comme GeForce Now ou Xbox Cloud Gaming.

Ai-je besoin d’une carte graphique NVIDIA pour utiliser Moonlight ?

Non. Bien que Moonlight soit né du protocole GameStream de NVIDIA, Sunshine – l’hôte moderne recommandé – prend en charge l’encodage matériel NVIDIA (NVENC), AMD (AMF sous Windows, VAAPI sous Linux) et Intel (Quick Sync). Le codec AV1 nécessite en revanche un GPU récent : RTX série 40 ou supérieure côté NVIDIA, Arc côté Intel, ou RX série 7000 ou supérieure côté AMD.

Oui, mais avec une étape supplémentaire : il faut d’abord ajouter le jeu comme « jeu non-Steam » dans votre bibliothèque Steam avant de pouvoir le diffuser via Steam Link. Moonlight, à l’inverse, diffuse l’intégralité du bureau de l’hôte par défaut, sans distinction de la provenance du jeu.

Quelle est la différence entre Moonlight et Sunshine ?

Moonlight est le client : l’application installée sur l’appareil qui affiche le flux (téléphone, tablette, TV, autre PC). Sunshine est l’hôte : le logiciel installé sur le PC de jeu qui capture l’écran, l’encode et l’envoie au client. Les deux sont nécessaires ensemble et développés par des équipes différentes au sein de la même communauté open source.

Peut-on utiliser ces solutions en dehors de son réseau domestique ?

Oui pour les deux, mais différemment. Steam Link Anywhere gère l’accès à distance automatiquement via le relais de Valve, sans configuration réseau. Pour Moonlight et Sunshine, il faut soit rediriger manuellement les ports, soit – option recommandée pour la sécurité – installer un VPN maillé comme Tailscale sur l’hôte et le client.

Le NVIDIA GameStream fonctionne-t-il encore en 2026 ?

Non. NVIDIA a fermé GameStream le 29 mars 2023 via une mise à jour obligatoire des appareils Shield TV. Tout guide qui recommande encore GeForce Experience et GameStream comme hôte pour Moonlight décrit une configuration obsolète depuis plus de trois ans ; Sunshine est aujourd’hui la seule option d’hébergement activement maintenue.

Oui, et c’est même son principal avantage face à Moonlight sur ce terrain : Steam Link dispose d’applications natives pour Meta Quest 2, Quest 3, Quest Pro et Apple Vision Pro. Moonlight, en comparaison, ne propose aucun client VR natif à ce jour.

Quelle solution offre la meilleure fréquence d’images ?

Moonlight documente une diffusion jusqu’à 120 images par seconde sur la grande majorité de ses clients. Steam Link plafonne à 60 images par seconde sur tous ses clients à l’exception du client natif Apple Vision Pro, qui atteint lui aussi 120 images par seconde. C’est le point de divergence le plus durable entre les deux solutions.

Oui pour les deux. Steam Link est nativement intégré à SteamOS, le système d’exploitation du Steam Deck, et se lance directement depuis le mode Bureau ou via un raccourci ajouté au mode Jeu. Moonlight nécessite une installation manuelle, généralement via Flatpak ou le Discover Store en mode Bureau, mais fonctionne parfaitement une fois configuré et permet d’accéder à un PC hôte au-delà de la seule bibliothèque Steam.