La Banque de France et l’Autorité monétaire de Singapour (MAS) ont annoncé le 10 octobre 2026 la réussite d’une deuxième phase d’expérimentation en cryptographie post-quantique. Les deux institutions ont signé et chiffré des emails institutionnels avec des algorithmes résistants aux ordinateurs quantiques, via Microsoft Outlook et un module complémentaire dédié. L’annonce tombe au cœur d’une semaine chargée pour le dossier post-quantique en Europe : Europol a publié deux rapports d’alerte le 7 octobre, l’ANSSI et ses partenaires du G7 ont lancé un appel à l’action le 9 octobre, et la Commission européenne maintient son objectif d’une transition engagée par tous les États membres avant la fin de 2026.
Ce test n’est pas un exercice académique isolé. Il s’inscrit dans un calendrier politique et industriel qui s’accélère nettement depuis l’été, avec des conséquences concrètes pour les banques, les assureurs, les opérateurs télécoms et les éditeurs de logiciels de sécurité en France et dans le reste de l’Union européenne.
Ce que révèle le test Banque de France-MAS
L’expérimentation menée par la Banque de France et la MAS portait sur l’échange de courriels signés et chiffrés entre les deux institutions, en utilisant des algorithmes post-quantiques plutôt que les mécanismes classiques RSA ou ECDH. Les équipes ont intégré ces algorithmes directement dans Microsoft Outlook, grâce à un module complémentaire spécialisé, sans casser la compatibilité avec les boîtes de réception existantes. L’approche retenue est hybride : elle combine les mécanismes cryptographiques actuels avec les nouveaux algorithmes post-quantiques, une méthode que l’ANSSI recommande elle-même pour tout produit affichant une garantie de sécurité à long terme.
Les deux institutions prévoient d’étendre ces travaux aux transactions financières critiques transfrontalières, en particulier aux réseaux de paiement. C’est un changement d’échelle important : signer un email est une chose, sécuriser un ordre de virement entre deux banques centrales avec un algorithme encore jeune en est une autre. Le passage d’un pilote de messagerie à une infrastructure de paiement réclame des tests de performance, de résilience et d’interopérabilité que la première phase n’avait pas à couvrir.
Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, a salué cette continuité. “Although quantum computing opens up promising new prospects in various fields, it also brings a threat to cyber security, particularly in protecting our communications. In this context, Banque de France, in its role of central bank, has been anticipating and multiplying experiments in post-quantum cryptography with its partners since 2022. The results of this first cooperation with the Monetary Authority of Singapore in the field of post-quantum cryptography reassure us of our ability to make our inter-institutional communications resilient. We are pleased that this cooperation can continue into a second phase”, a-t-il déclaré dans un communiqué publié par la MAS.
Kyber et Dilithium : les algorithmes au cœur de l’expérimentation
Le test Banque de France-MAS repose sur deux familles d’algorithmes aujourd’hui bien connues des équipes de sécurité : CRYSTALS-Kyber pour l’établissement de clés et le chiffrement, et CRYSTALS-Dilithium pour les signatures numériques. Ces deux noms viennent de la phase de recherche du concours lancé par le NIST américain en 2016. Depuis leur normalisation officielle en août 2024, ils portent des noms différents : Kyber est devenu ML-KEM (Module-Lattice Key Encapsulation Mechanism, FIPS 203), et Dilithium est devenu ML-DSA (Module-Lattice Digital Signature Algorithm, FIPS 204). Les communiqués de la Banque de France et de la MAS utilisent encore les anciens noms de recherche, un choix qui reflète surtout l’historique du partenariat plutôt qu’un désaccord avec les normes finales.
Ces deux algorithmes partagent une même base mathématique : les réseaux euclidiens (lattices), un problème que l’on considère aujourd’hui hors de portée d’un ordinateur quantique avec les capacités connues. C’est justement sur cette famille d’algorithmes que l’ANSSI a délivré en France ses deux premières certifications de produits intégrant de la cryptographie post-quantique, un jalon qui marque le passage de la recherche académique à l’évaluation de produits commerciaux concrets.
Le choix d’une approche hybride, qui associe un algorithme classique (RSA ou une courbe elliptique) à un algorithme post-quantique, n’est pas une prudence excessive. C’est la position officielle de l’ANSSI pour tout produit visant une garantie de sécurité à long terme, et elle s’explique par la relative jeunesse des nouveaux algorithmes face à des décennies de cryptanalyse accumulées sur RSA et les courbes elliptiques.
Pourquoi une deuxième phase, trois ans après les premiers essais
La chronologie de cette coopération mérite d’être posée clairement, car elle dessine une trajectoire plus longue qu’il n’y paraît. La Banque de France a commencé à expérimenter la cryptographie post-quantique dès 2022, avec un premier test mené en interne aux côtés de la société française Cryptonext Security. Valérie Fasquelle, directrice générale adjointe des systèmes d’information à la Banque de France, décrivait alors cette étape comme la démonstration d’une capacité à “master new encryption technologies to stay state of the art in the security of its communications in the face of the security risks that quantum computing could pose in the future”, selon un communiqué de la Banque de France.
Une première phase de coopération avec la MAS a suivi en 2024, centrée sur la même brique technique : la signature et le chiffrement d’emails institutionnels. Jacqueline Loh, directrice générale adjointe du développement d’entreprise à la MAS, soulignait à cette occasion que “the looming threat of quantum-powered decryption is transforming cybersecurity strategies in financial services globally” et que les institutions financières qui se préparent tôt “will not only mitigate future risks but also position themselves to retain public trust in digital financial services”.
La phase annoncée le 10 octobre 2026 prolonge donc un effort engagé depuis quatre ans, avec un objectif clair : passer d’un pilote limité à la messagerie vers une infrastructure capable de protéger de vrais flux financiers transfrontaliers. C’est un rythme de maturation assez typique pour une technologie cryptographique critique, où chaque étape doit être validée avant d’élargir le périmètre.
Le risque “harvest now, decrypt later” expliqué
La menace qui justifie cette accélération porte un nom précis dans le jargon de la sécurité : “harvest now, decrypt later” (collecter maintenant, déchiffrer plus tard). Le principe est simple à comprendre et difficile à contrer : un acteur malveillant intercepte aujourd’hui des communications chiffrées avec des algorithmes classiques, les stocke, et attend qu’un ordinateur quantique suffisamment puissant existe pour les déchiffrer rétroactivement. Pour des données dont la confidentialité doit durer dix, vingt ou trente ans (secrets d’État, données de santé, positions financières stratégiques), la menace existe dès aujourd’hui, même si l’ordinateur quantique capable de casser RSA ou les courbes elliptiques n’existe pas encore à l’échelle requise.
C’est précisément ce risque qu’Europol a mis en avant dans ses deux rapports publiés le 7 octobre 2026. L’agence européenne recommande de renforcer dès maintenant les communications en s’appuyant sur TLS 1.3 et SSH2, de désactiver les anciens protocoles encore en service, et d’appliquer systématiquement la confidentialité persistante (forward secrecy), qui empêche la compromission d’une seule clé de donner accès à l’historique complet des échanges passés.
Europol va également au-delà des communications classiques en ciblant directement les infrastructures blockchain. L’agence recommande aux projets de ce secteur d’intégrer la cryptographie post-quantique dans leurs protocoles fondamentaux et de coordonner cette transition avec les fournisseurs de portefeuilles numériques, un signal qui touche directement les équipes techniques derrière Bitcoin, Ethereum et les principales blockchains publiques.
Europol et le G7 : une semaine d’alertes concordantes
Le calendrier des annonces d’octobre 2026 n’est pas le fruit du hasard. Trois signaux institutionnels sont tombés en l’espace de quatre jours : les rapports d’Europol le 7 octobre, l’appel à l’action de l’ANSSI et du G7 le 9 octobre, et l’annonce Banque de France-MAS le 10 octobre. Ce regroupement reflète une coordination croissante entre régulateurs financiers, agences de cybersécurité et forums internationaux sur un même agenda : accélérer la bascule vers des algorithmes résistants au calcul quantique avant que la menace ne devienne concrète.
La France occupe une position particulière dans ce dispositif en 2026 : elle préside le G7 cette année, et c’est l’ANSSI qui dirige le groupe de travail du G7 consacré à la cybersécurité, avec la Commission européenne et l’ENISA comme participants invités. Cet appel à l’action publié par l’ANSSI vise aussi bien les administrations publiques que les grandes entreprises privées, et il insiste sur l’urgence de planifier dès maintenant le passage à des algorithmes quantiquement résistants plutôt que d’attendre une échéance réglementaire plus tardive.
Du côté américain, le constat est nettement moins flatteur. Un rapport du GAO (Government Accountability Office), cité dans la même semaine, souligne qu’aucune des agences fédérales américaines évaluées n’est pleinement prête pour la transition post-quantique, un retard qui tranche avec le rythme affiché par la France et Singapour sur ce même dossier. Le média spécialisé Infosecurity Magazine a rapproché les deux publications pour souligner un décalage d’avancement entre les deux rives de l’Atlantique.
L’Union européenne fixe une échéance de fin d’année
Sur le plan réglementaire, la Commission européenne maintient depuis le début septembre 2026 un message simple : tous les États membres doivent avoir engagé leur transition vers la cryptographie post-quantique avant la fin de l’année. Cette recommandation s’appuie sur une feuille de route coordonnée publiée dans le cadre du groupe de coopération NIS, après une consultation publique menée entre août et septembre 2025.
Cette échéance de fin 2026 n’a pas de caractère contraignant immédiat au sens d’une sanction financière, mais elle sert de point de référence pour les audits de cybersécurité à venir, notamment dans le cadre de la directive NIS2 et du futur Cyber Resilience Act. Les grandes entreprises des secteurs financier, énergétique et télécom, déjà soumises à des obligations de résilience numérique renforcées, sont les premières ciblées par cette pression calendaire, explique la Commission européenne sur sa page consacrée à la cryptographie post-quantique.
Un chiffre résume bien l’écart entre discours politique et préparation réelle sur le terrain : selon plusieurs enquêtes sectorielles citées cette année, une large majorité des grandes entreprises européennes n’ont pas encore d’inventaire complet de leurs usages cryptographiques, condition pourtant préalable à toute migration. C’est cet écart que l’annonce franco-singapourienne cherche justement à combler, en montrant qu’un pilote concret et opérationnel est possible dès 2026, pas seulement dans cinq ou dix ans.
Comparatif : qui avance vite sur le post-quantique en 2026
| Acteur | Action ou annonce | Date | Portée |
|---|---|---|---|
| Banque de France & MAS | 2e phase : emails signés et chiffrés en post-quantique (Kyber/Dilithium) | 10 octobre 2026 | France-Singapour |
| ANSSI & G7 | Appel à l’action urgent sur la migration post-quantique | 9 octobre 2026 | G7 (présidence française) |
| Europol | Deux rapports sur la menace “harvest now, decrypt later” | 7 octobre 2026 | Union européenne |
| Commission européenne | Recommandation : transition PQC engagée avant fin 2026 | Mise à jour le 3 septembre 2026 | 27 États membres |
| Tezos | Lancement du testnet post-quantique Quantumnet | Septembre 2026 | Écosystème blockchain mondial |
| ANSSI | Premières certifications de produits PQC à base de réseaux euclidiens | 2026 | France |
| Agences fédérales américaines (GAO) | Aucune agence évaluée pleinement prête pour la transition PQC | Octobre 2026 | États-Unis |
Ce tableau met en évidence un décalage net entre une Europe qui multiplie les pilotes concrets et les échéances réglementaires, et une approche américaine qui reste, selon les enquêtes du GAO, plus en retrait côté administrations fédérales. La France se distingue particulièrement, à la fois par la présidence du G7 cybersécurité confiée à l’ANSSI et par le rôle moteur de la Banque de France dans les expérimentations financières transfrontalières.
ML-KEM et ML-DSA : les algorithmes normalisés à connaître
Pour comprendre ce que recouvrent les noms CRYSTALS-Kyber et CRYSTALS-Dilithium utilisés par la Banque de France et la MAS, il est utile de les replacer face à leurs équivalents normalisés par le NIST en août 2024. Le tableau suivant résume les niveaux de sécurité et les tailles de clés des principales variantes, selon les spécifications publiées dans les normes FIPS 203 et FIPS 204.
| Algorithme normalisé | Ancien nom de recherche | Fonction | Niveau de sécurité NIST | Taille de clé publique |
|---|---|---|---|---|
| ML-KEM-768 | Kyber768 | Encapsulation de clés (KEM) | Niveau 3 | 1 184 octets |
| ML-KEM-1024 | Kyber1024 | Encapsulation de clés (KEM) | Niveau 5 | 1 568 octets |
| ML-DSA-65 | Dilithium3 | Signature numérique | Niveau 3 | 1 952 octets |
| ML-DSA-87 | Dilithium5 | Signature numérique | Niveau 5 | 2 592 octets |
Ces tailles de clés expliquent une partie des contraintes techniques rencontrées par les équipes de la Banque de France et de la MAS : un email signé et chiffré en post-quantique transporte des clés et des signatures nettement plus volumineuses qu’avec RSA ou une courbe elliptique classique, ce qui pèse sur la bande passante et sur la compatibilité avec des systèmes de messagerie anciens. C’est une des raisons pour lesquelles les grandes organisations privilégient encore, à ce stade, des approches hybrides plutôt qu’un passage intégral aux seuls algorithmes post-quantiques.
Tezos Quantumnet : le post-quantique gagne aussi la blockchain
Le secteur bancaire n’est pas le seul à bouger sur ce dossier. La blockchain Tezos a lancé en septembre 2026, en France, un réseau expérimental baptisé Quantumnet, conçu pour tester une version de son protocole intégrant des protections post-quantiques. L’initiative répond directement à la recommandation d’Europol évoquée plus haut, qui pousse les projets blockchain à intégrer la cryptographie résistante au quantique dans leurs protocoles fondamentaux plutôt que d’attendre une migration forcée en urgence.
Le choix d’un testnet séparé plutôt que d’une migration directe du réseau principal illustre une prudence méthodologique partagée par la Banque de France et la MAS : tester en environnement contrôlé avant tout déploiement en production. Les cryptomonnaies fondées sur la cryptographie à courbe elliptique, Bitcoin en tête avec secp256k1, restent exposées au même risque de fond. Des clés publiques déjà visibles sur une chaîne publique pourraient théoriquement être cassées une fois qu’un ordinateur quantique suffisamment puissant existera, ce qui rend ces expérimentations précoces d’autant plus suivies par la communauté technique.
Ce que cela signifie pour les entreprises françaises et européennes
Pour les directions des systèmes d’information en France, ce test Banque de France-MAS fonctionne comme une preuve de concept grandeur réelle plutôt qu’un simple exercice théorique. Il montre qu’une migration hybride vers le post-quantique est réalisable avec des outils de bureautique courants comme Outlook, sans nécessiter de refonte complète de l’infrastructure de messagerie. C’est un argument que les éditeurs de logiciels de sécurité, dont la société française Cryptonext Security déjà citée plus haut, vont probablement exploiter dans leurs discussions commerciales avec les grandes entreprises du secteur financier.
Les fabricants de modules matériels de sécurité (HSM) et les fournisseurs de certificats numériques sont également concernés en première ligne. Avec l’annonce de l’ANSSI de ne plus certifier, à partir de 2027, des produits de sécurité dépourvus de cryptographie résistante au quantique, les éditeurs qui n’ont pas encore de feuille de route PQC claire risquent de perdre l’accès aux marchés publics français et, par ricochet, à une partie des marchés européens qui s’alignent sur les référentiels de l’ANSSI.
Pour les assureurs cyber et les cabinets d’audit, ce dossier devient un critère d’évaluation du risque à part entière. Une entreprise financière qui ne peut pas démontrer un début de migration post-quantique, même partielle, s’expose à des conditions de couverture moins favorables à mesure que les régulateurs (ACPR en France, autorités de supervision bancaire européennes) intègrent ce critère dans leurs grilles de contrôle.
Impact sur le marché des solutions de cryptographie post-quantique
Le marché des solutions logicielles et matérielles dédiées à la cryptographie post-quantique profite directement de cette dynamique institutionnelle. Chaque annonce gouvernementale ou bancaire de ce type agit comme une validation publique pour les startups spécialisées, qui peuvent s’appuyer sur ces cas d’usage réels pour convaincre d’autres clients institutionnels d’avancer plus vite sur leur propre feuille de route.
La France dispose d’un avantage structurel sur ce segment, avec un tissu de startups spécialisées, Cryptonext Security notamment, adossées à un écosystème académique reconnu sur les réseaux euclidiens, la base mathématique des algorithmes ML-KEM et ML-DSA. Cet avantage s’ajoute au rôle moteur que l’ANSSI joue désormais à l’échelle du G7, ce qui donne à l’écosystème français une visibilité internationale rare sur un segment de cybersécurité aussi technique.
Côté grands comptes financiers, la tendance se confirme ailleurs en Europe. Plusieurs banques centrales et institutions de marché ont lancé ou annoncé des expérimentations comparables sur la signature post-quantique au cours de l’année, un mouvement qui dépasse largement le seul couple Banque de France-MAS et qui dessine les contours d’un nouveau standard de fait pour les communications institutionnelles sensibles d’ici 2028 ou 2029.
Historique : quatre ans de préparation avant ce test
Remettre cette annonce en perspective aide à mesurer le chemin parcouru. Le concours du NIST pour sélectionner des algorithmes post-quantiques a démarré en 2016 et s’est conclu par une première sélection d’algorithmes finalistes en 2022, l’année même où la Banque de France a lancé ses premiers essais internes avec Cryptonext Security. Les normes finales FIPS 203, 204 et 205 ont été publiées en août 2024, l’année où la coopération Banque de France-MAS a elle aussi démarré sa première phase. Deux ans plus tard, en octobre 2026, cette coopération franchit une nouvelle étape en visant les transactions financières transfrontalières plutôt que la seule messagerie interne.
Ce calendrier montre que la bascule post-quantique ne s’est jamais faite d’un bloc. Elle avance par paliers, chaque étape alimentant la suivante : normalisation académique, premiers pilotes internes, puis coopération bilatérale, puis extension à des cas d’usage plus critiques. L’appel à l’action du G7 et les rapports d’Europol de cette semaine d’octobre 2026 marquent probablement le moment où cette logique de pilote isolé commence à basculer vers une politique de migration généralisée, portée par des échéances réglementaires fermes plutôt que par la seule bonne volonté des premiers adoptants.
Les prévisions pour les douze prochains mois
- D’autres banques centrales suivront : après la Banque de France et la MAS, d’autres institutions monétaires devraient annoncer leurs propres pilotes bilatéraux de signature et de chiffrement post-quantique d’ici fin 2027, en s’appuyant sur le même schéma hybride validé par ce test.
- L’échéance de fin 2026 glissera pour une partie des États membres : la plupart des pays de l’Union européenne n’auront pas achevé leur transition post-quantique au 31 décembre 2026, mais la France, portée par l’avance prise par l’ANSSI, devrait rester parmi les pays les plus avancés du bloc.
- Les plugins de messagerie post-quantique se multiplieront : le succès du module Outlook utilisé par la Banque de France et la MAS devrait inciter d’autres éditeurs de messagerie professionnelle à proposer des extensions comparables dès 2027.
- La blockchain accélérera ses propres tests : après Quantumnet chez Tezos, d’autres grandes blockchains publiques devraient annoncer des testnets ou des propositions de migration post-quantique au cours de l’année à venir, sous la pression directe des recommandations d’Europol.
- Les audits cyber intégreront un critère post-quantique explicite : les grandes entreprises financières et les opérateurs d’infrastructures critiques verront apparaître, dans leurs audits NIS2 et leurs polices d’assurance cyber, des questions précises sur l’état de leur migration post-quantique dès 2027.
Le mot de la Banque de France sur la suite
Dans un communiqué évoquant la feuille de route plus large de l’institution sur ce dossier, Denis Beau a résumé l’enjeu en des termes qui dépassent le seul cadre technique : “The success of this experiment marks a new step in our roadmap to mitigate cyber risks and ensure the resilience of our financial system by promoting the adoption of post-quantum cryptography.” Cette formule situe bien le test d’octobre 2026 non pas comme un aboutissement, mais comme une étape supplémentaire dans une trajectoire de plusieurs années, qui doit encore franchir le cap de la production à grande échelle avant de pouvoir être qualifiée de réussite complète.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la cryptographie post-quantique ?
C’est une famille d’algorithmes cryptographiques conçus pour résister aux attaques d’un ordinateur quantique suffisamment puissant, contrairement à RSA ou aux courbes elliptiques classiques, qu’un tel ordinateur pourrait un jour casser.
Qu’ont testé exactement la Banque de France et la MAS ?
Les deux institutions ont signé et chiffré des emails institutionnels avec les algorithmes CRYSTALS-Kyber et CRYSTALS-Dilithium, intégrés dans Microsoft Outlook via un module complémentaire, selon une approche hybride combinant cryptographie classique et post-quantique.
Quelle est la différence entre Kyber/Dilithium et ML-KEM/ML-DSA ?
Kyber et Dilithium sont les noms de recherche utilisés avant la normalisation officielle. Depuis août 2024, le NIST les a renommés ML-KEM (FIPS 203) et ML-DSA (FIPS 204), avec des variantes comme ML-KEM-768 ou ML-DSA-87 selon le niveau de sécurité visé.
Qu’est-ce que la menace “harvest now, decrypt later” ?
C’est le risque qu’un acteur malveillant intercepte et stocke aujourd’hui des communications chiffrées de façon classique, pour les déchiffrer plus tard une fois qu’un ordinateur quantique assez puissant existera, ce qui menace surtout les données qui doivent rester confidentielles sur le long terme.
Quelle échéance la Commission européenne a-t-elle fixée ?
La Commission recommande à tous les États membres d’avoir engagé leur transition vers la cryptographie post-quantique avant la fin de 2026, dans le cadre d’une feuille de route coordonnée avec le groupe de coopération NIS.
Pourquoi l’ANSSI recommande-t-elle une approche hybride ?
Parce que les algorithmes post-quantiques sont encore jeunes comparés à des décennies de cryptanalyse accumulée sur RSA et les courbes elliptiques. Combiner les deux limite le risque si une faiblesse inattendue était découverte dans les nouveaux algorithmes.
Le Bitcoin est-il menacé par l’informatique quantique ?
Les clés publiques Bitcoin, fondées sur la courbe elliptique secp256k1, pourraient théoriquement être cassées par un ordinateur quantique suffisamment puissant. C’est l’une des raisons pour lesquelles Europol recommande aux projets blockchain d’intégrer la cryptographie post-quantique dans leurs protocoles.
Les entreprises françaises doivent-elles agir dès maintenant ?
L’ANSSI et le G7 appellent explicitement à planifier la migration dès 2026, plutôt que d’attendre une échéance réglementaire plus tardive, en commençant par un inventaire complet des usages cryptographiques actuels de l’organisation.




