Le 8 septembre 2026, la Deutsche Bundesbank a franchi une étape que peu d’observateurs attendaient si tôt : la banque centrale allemande a déployé en interne Prividium, une infrastructure blockchain fondée sur les preuves à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs, ou ZKP). L’institution devient ainsi la première banque centrale au monde à faire tourner, dans ses propres serveurs, une technologie longtemps réservée aux marchés crypto et aux applications de confidentialité. Le même jour, l’éditeur de la plateforme, la société berlinoise Matter Labs, a publié en open source le cœur logiciel de Prividium. Ce choix technique en dit long sur la manière dont l’Eurosystème envisage désormais la confidentialité des paiements de gros et le règlement de titres tokenisés.
Une banque centrale choisit la cryptographie à divulgation nulle
Prividium n’est pas une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) à proprement parler. C’est une plateforme de registre distribué privée et permissionnée, construite sur la technologie ZKsync, qui permet à une institution de faire tourner sa propre chaîne tout en ancrant la validité de ses opérations sur le réseau public Ethereum. Concrètement, les données des contrats intelligents et des jetons restent hébergées dans les systèmes internes de la Bundesbank. Seules des preuves cryptographiques, générées par le protocole zero-knowledge, sont publiées à l’extérieur pour attester que les règles ont bien été respectées, sans exposer le contenu des transactions.
Cette architecture répond à une contrainte que les banques centrales rencontrent depuis des années dans leurs expérimentations DLT : comment bénéficier de la robustesse et de la vérifiabilité d’une blockchain publique sans divulguer des informations sur les positions comptables ou les contreparties. Jusqu’ici, la plupart des pilotes européens réglaient ce dilemme avec des solutions de cloisonnement classique. Avec Prividium, la confidentialité repose directement sur une preuve mathématique plutôt que sur un simple contrôle d’accès.
Prividium Core : ce que la Bundesbank fait tourner concrètement
Le composant ouvert par Matter Labs le 8 septembre s’appelle Prividium Core. Il s’agit du moteur de permission qui gouverne les rôles et les droits d’accès sur la chaîne : qui peut déployer un contrat intelligent, émettre un jeton ou valider une transaction. En le publiant sous forme de dépôt public, Matter Labs permet à n’importe quelle institution régulée de lancer, inspecter et modifier ce moteur dans son propre environnement, sans dépendre d’une infrastructure opérée par l’éditeur. La Bundesbank est la première à l’exploiter en mode self-hosted, c’est-à-dire hébergé intégralement sur son propre parc informatique.
Un sandbox local accompagne la publication, ce qui permet aux équipes techniques de tester des scénarios de règlement sans exposer de données réglementées. Pour une banque centrale, cette possibilité d’auditer chaque ligne de code avant déploiement compte autant que la technologie elle-même. Dépendre d’un fournisseur unique pour une infrastructure de paiement pose un risque que les superviseurs bancaires examinent de près depuis les débats sur la concentration cloud chez les hyperscalers américains.
ZKsync et Matter Labs : la technologie derrière le pilote
ZKsync est un protocole de couche 2 pour Ethereum, de la famille des zk-rollups. Le principe consiste à regrouper un grand nombre de transactions hors chaîne, puis à publier sur Ethereum uniquement des données compressées accompagnées d’une preuve de validité. Cette preuve garantit que chaque transaction respecte les règles du système, sans révéler les détails de chacune. Matter Labs, la société qui développe ZKsync, a été fondée à Berlin en 2018 par Alex Gluchowski et Alex Vlasov. Les premiers travaux sur un zk-rollup généraliste pour Ethereum démarrent dès 2019, et zkSync 1.0 (aussi appelé zkSync Lite) atteint le mainnet Ethereum autour du 15 juin 2020, avec un rollup d’abord centré sur les paiements.
L’entreprise a levé au total environ 458 millions de dollars depuis sa création, selon les annonces cumulées de ses tours de financement. Cette trajectoire, résumée dans le tableau ci-dessous, explique pourquoi Matter Labs dispose aujourd’hui des ressources d’ingénierie nécessaires pour porter un projet aussi sensible qu’une infrastructure de banque centrale.
| Tour de financement | Date | Montant | Investisseurs principaux |
|---|---|---|---|
| Amorçage + Série A | 2019-2021 | 8 M$ | Investisseurs early-stage |
| Série B | 8 novembre 2021 | 50 M$ | a16z (chef de file), Dragonfly, Placeholder, 1kx |
| Série C | 16 novembre 2022 | 200 M$ | Blockchain Capital et Dragonfly (co-chefs de file), Lightspeed, Variant, a16z |
| Fonds écosystème | 2022 | 200 M$ | BitDAO |
| Total cumulé | 2019-2022 | 458 M$ | – |
Pourquoi une banque centrale s’intéresse aux paiements confidentiels
Les motivations de la Bundesbank tiennent en trois points. D’abord, la maîtrise complète de l’infrastructure : en hébergeant Prividium sur ses propres serveurs et en disposant du code source, l’institution évite de dépendre d’un environnement géré par un tiers privé, un point sensible pour une banque centrale qui traite des données de paiement systémiques. Ensuite, la confidentialité réglementaire : les positions comptables, les informations sur les contreparties et les flux de paiement restent internes, tandis que la validité des opérations reste vérifiable grâce aux preuves ZK publiées sur Ethereum. Enfin, la préparation à des cas d’usage concrets comme les paiements transfrontaliers et les infrastructures de titres tokenisés, deux chantiers sur lesquels l’Eurosystème travaille depuis plusieurs années.
Ce test n’est pas officiellement qualifié de pilote de monnaie numérique de banque centrale. Il s’inscrit néanmoins dans la même logique : vérifier si une architecture de registre distribué peut porter un actif de règlement tout en respectant le secret bancaire. Pour aller plus loin sur les mécanismes cryptographiques sous-jacents, notre tutoriel sur les preuves à divulgation nulle détaille le fonctionnement pas à pas d’un protocole zero-knowledge.
Le cadre réglementaire : DLT Pilot Regime et règlement de gros dans l’UE
Le pilote de la Bundesbank ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans un mouvement plus large que l’Eurosystème pilote depuis 2024. Entre mai et novembre 2024, la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales ont conduit un programme exploratoire pour tester le règlement de transactions basées sur la DLT directement en monnaie banque centrale, via trois solutions d’interopérabilité distinctes développées par trois BCN. Selon la BCE, ce programme a réuni plus de 60 participants (banques et infrastructures de marché) répartis sur neuf juridictions, pour plus de 50 essais et environ 1,6 milliard d’euros de règlement en monnaie banque centrale au cours des tests. La BCE a annoncé la conclusion réussie de ces travaux en décembre 2024.
Ce cadre s’articule avec le DLT Pilot Regime de l’Union européenne, qui autorise depuis 2023 des infrastructures de marché basées sur la technologie des registres distribués à fonctionner sous un régime dérogatoire contrôlé, le temps d’évaluer leur viabilité avant une éventuelle intégration réglementaire pleine. Prividium peut ainsi servir de banc d’essai technique pour des cas d’usage qui, à terme, pourraient s’articuler avec ce régime pilote ou avec les services TARGET de l’Eurosystème.
Dix ans d’expérimentations : de Trigger Solution à Prividium
La Bundesbank n’en est pas à son coup d’essai. Dans le cadre du programme exploratoire 2024 de l’Eurosystème, elle avait déjà développé sa propre solution d’interopérabilité, baptisée Trigger Solution, qui permet de déclencher un règlement en monnaie banque centrale à partir d’une transaction enregistrée sur une DLT. La Banque de France, de son côté, a mis au point la Full DLT Interoperability Solution (DL3S), tandis que la Banca d’Italia a proposé TIPS Hash-Link, une approche fondée sur un lien cryptographique par hachage avec son système de paiement instantané TIPS.
Aucune de ces trois solutions de 2024 ne reposait sur des preuves à divulgation nulle de connaissance. Elles combinaient plutôt cloisonnement des accès et liens cryptographiques classiques entre systèmes. Prividium marque donc une rupture technique : c’est la première fois qu’une banque centrale de l’Eurosystème choisit d’ancrer la confidentialité directement dans la couche mathématique de la preuve, plutôt que dans le contrôle d’accès au réseau. Le tableau ci-dessous résume les quatre approches.
| Solution | Banque centrale | Principe technique | Statut fin 2026 |
|---|---|---|---|
| Trigger Solution | Deutsche Bundesbank | Déclenchement de règlement RTGS depuis une DLT | Testée mai-nov. 2024, Eurosystème |
| DL3S | Banque de France | Interopérabilité DLT propriétaire avec TARGET | Testée mai-nov. 2024 ; 12 expérimentations wCBDC depuis 2020 |
| TIPS Hash-Link | Banca d’Italia | Lien cryptographique par hachage avec TIPS | Testée mai-nov. 2024, Eurosystème |
| Prividium (ZKsync) | Deutsche Bundesbank | zk-rollup Ethereum, preuves de validité, self-hosted | Déployée le 8 septembre 2026 |
La Banque de France affiche le bilan le plus étoffé sur la durée : douze expérimentations de monnaie numérique de banque centrale de gros menées sur DLT depuis le lancement de son programme en 2020, incluant la Venus Initiative de 2022 avec la Banque européenne d’investissement, où un emprunt obligataire de 100 millions d’euros a été réglé en jetons de MNBC de gros. Prividium n’efface donc pas ces travaux, il les complète avec une brique de confidentialité que les solutions précédentes ne couvraient pas.
Origines cryptographiques : des preuves nées en 1985
Les preuves à divulgation nulle de connaissance ne sont pas une invention récente. Le concept remonte à 1985, quand Shafi Goldwasser, Silvio Micali et Charles Rackoff publient The Knowledge Complexity of Interactive Proof-Systems, un article présenté lors de la conférence STOC. Ils y démontrent qu’il est possible de prouver la véracité d’une affirmation sans révéler aucune information au-delà du fait que l’affirmation est vraie. Cette idée théorique met plus de trente ans à trouver une application industrielle à grande échelle.
Le premier déploiement public majeur arrive avec Zcash en octobre 2016, qui utilise des zk-SNARK pour permettre des transactions confidentielles. Une variante plus récente, les zk-STARK, conçue pour se passer de configuration de confiance initiale et résister davantage aux progrès de l’informatique quantique, est portée par StarkWare, fondée en 2018 par Eli Ben-Sasson et ses cofondateurs. Entre 2019 et 2020, le concept de zk-rollup émerge comme la principale voie de passage à l’échelle d’Ethereum, avec Loopring puis zkSync parmi les premiers protocoles à l’implémenter en production. Prividium est donc l’héritier direct de quarante ans de recherche en théorie de la complexité, appliqués pour la première fois à l’intérieur des murs d’une banque centrale.
Le marché mondial des zero-knowledge proofs prend de l’ampleur
L’intérêt de la Bundesbank pour cette technologie survient alors que le marché des ZKP connaît une croissance soutenue. Selon un rapport de Grand View Research publié le 13 novembre 2025, le marché mondial des preuves à divulgation nulle de connaissance est estimé à 1,2777 milliard de dollars en 2024, avec une projection à 1,5353 milliard de dollars pour 2025. Le cabinet anticipe un taux de croissance annuel composé de 22,1 % entre 2025 et 2033, ce qui porterait le marché à 7,5856 milliards de dollars d’ici 2033. Cette dynamique dépasse largement le seul secteur crypto : identité numérique, vérification d’âge en ligne et conformité réglementaire tirent désormais la demande autant que la finance décentralisée.
Sur le plan strictement blockchain, les zk-rollups qui portent cette technologie affichent des montants bloqués encore modestes comparés aux grandes chaînes optimistic rollup. ZKsync Era affichait une valeur totale bloquée (TVL) DeFi de 54,9 millions de dollars au 22 juillet 2025 selon DefiLlama, avec un TVL « bridgé » de 252,98 millions de dollars sur la même période. Starknet, porté par StarkWare, atteignait 302,12 millions de dollars de TVL au 14 janvier 2026. Ces chiffres restent loin des dizaines de milliards de dollars verrouillés sur les plus grandes chaînes Ethereum, ce qui illustre que la valeur de ZKsync ne se mesure plus seulement à l’aune de la finance décentralisée mais aussi à ses usages institutionnels comme Prividium.
| Indicateur | Valeur | Date de mesure | Source |
|---|---|---|---|
| TVL DeFi ZKsync Era | 54,9 M$ | 22 juillet 2025 | DefiLlama |
| TVL bridgé ZKsync Era | 252,98 M$ | 22 juillet 2025 | DefiLlama |
| TVL Starknet | 302,12 M$ | 14 janvier 2026 | DefiLlama |
| Marché mondial ZKP (2024) | 1 277,7 M$ | Rapport publié 13 nov. 2025 | Grand View Research |
| Marché mondial ZKP (2025, est.) | 1 535,3 M$ | Rapport publié 13 nov. 2025 | Grand View Research |
Ce que l’open-sourcing de Prividium change pour le marché
En rendant Prividium Core public, Matter Labs change la donne pour deux catégories d’acteurs. Pour les institutions financières, cela abaisse la barrière d’entrée : plus besoin de négocier un contrat d’infrastructure géré, une équipe technique peut auditer le code, le déployer sur son propre matériel et le faire évoluer selon ses contraintes de conformité. Pour l’écosystème ZKsync lui-même, avoir la Bundesbank comme premier utilisateur constitue une validation de crédibilité difficile à obtenir autrement, dans un secteur où les banques centrales passent des années à évaluer un fournisseur avant de lui confier la moindre expérimentation.
Cette annonce intervient aussi dans un contexte de marché mouvementé pour le jeton ZK de ZKsync : un déblocage programmé de 173,41 millions de jetons ZK, soit environ 0,83 % de l’offre maximale, est prévu le 19 septembre 2026, seulement onze jours après l’annonce du pilote Bundesbank. Les investisseurs surveilleront si l’adoption institutionnelle suffit à absorber cette pression vendeuse potentielle sur le marché secondaire. Pour une vue d’ensemble des rollups concurrents, notre comparatif Starknet, ZKsync, Linea et Scroll met en perspective les performances de ces quatre chaînes.
Comparaison internationale : où en sont les autres banques centrales
La zone euro n’est pas seule à explorer ces terrains. La Banque de France reste la plus prolifique sur les expérimentations de monnaie numérique de banque centrale de gros, avec douze projets menés depuis novembre 2020, couvrant le règlement de titres, les paiements transfrontaliers et la tokenisation d’actifs. La Banca d’Italia a concentré ses efforts sur l’interopérabilité entre DLT et son système TIPS existant plutôt que sur une refonte complète de l’infrastructure. Aucune de ces deux institutions n’a, à ce stade, annoncé de pilote fondé spécifiquement sur des zk-rollups comme celui de la Bundesbank.
Hors zone euro, les grandes banques d’investissement avancent sur des registres privés pour le règlement d’actifs tokenisés, mais avec des architectures propriétaires différentes de celle de ZKsync. La différence de Prividium tient précisément à son ancrage public : contrairement à un registre entièrement privé, la validité des opérations reste vérifiable par n’importe qui sur Ethereum, même si le contenu détaillé des transactions demeure confidentiel. C’est cet équilibre entre transparence vérifiable et confidentialité opérationnelle qui distingue l’approche allemande des solutions de cloisonnement pur testées jusqu’ici par l’Eurosystème.
Les limites d’une architecture encore expérimentale
Cette expérimentation reste un test, pas une mise en production d’un système de paiement critique. Plusieurs obstacles restent entiers. D’abord, la dépendance résiduelle à Ethereum : même si les données sensibles restent internes, la disponibilité et le coût des preuves de validité publiées sur le réseau public dépendent des conditions de congestion et de frais de la chaîne. Ensuite, la question de la gouvernance à long terme du code open source : un moteur de permission critique pour une banque centrale doit pouvoir être maintenu et audité sur plusieurs décennies, une contrainte que peu de projets crypto ont démontré pouvoir tenir.
Enfin, la robustesse cryptographique des preuves ZK face à la menace quantique à long terme reste un sujet ouvert. La plupart des zk-SNARK actuels reposent sur des hypothèses de courbes elliptiques qu’un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait un jour affaiblir, tandis que les zk-STARK, fondés sur des fonctions de hachage, offrent une meilleure résistance théorique. Pour une infrastructure appelée à durer, ce choix d’architecture cryptographique pèsera autant que les considérations de performance à court terme.
Cinq prédictions pour les zero-knowledge proofs en finance européenne
- D’autres banques centrales nationales suivront en 2027. Le précédent créé par la Bundesbank et le caractère open source de Prividium Core réduisent le coût d’entrée pour la Banque de France ou la Banca d’Italia si elles souhaitent tester une architecture équivalente.
- Le débat sur la dépendance à Ethereum s’intensifiera. Des superviseurs bancaires pourraient exiger des garanties supplémentaires sur la résilience d’un ancrage public avant d’autoriser un usage en production.
- Les zk-rollups institutionnels resteront distincts des chaînes grand public. Les TVL de ZKsync Era et Starknet ne reflèteront pas nécessairement l’ampleur de l’adoption bancaire, puisque les volumes de Prividium ne transitent pas par les mêmes mécanismes de liquidité DeFi.
- La question post-quantique s’invitera dans les cahiers des charges. À mesure que l’ANSSI et l’ENISA poussent la migration vers des primitives résistantes au calcul quantique, les architectures ZKP devront démontrer leur compatibilité avec des preuves fondées sur le hachage plutôt que sur les courbes elliptiques.
- Le marché des ZKP dépassera la barre des 2 milliards de dollars avant 2028 si la trajectoire de croissance de 22,1 % annoncée par Grand View Research se confirme, portée autant par l’identité numérique et la conformité que par la finance.
Un signal fort pour la souveraineté cryptographique européenne
Au-delà de l’aspect technique, ce pilote a une dimension politique. L’Eurosystème cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance aux fournisseurs d’infrastructure non européens, un enjeu déjà visible dans les débats autour du cloud souverain et de la certification post-quantique. Choisir une architecture open source, hébergée en interne, où le code peut être audité ligne par ligne, correspond à cette logique de maîtrise technologique. Que la technologie choisie provienne d’une société berlinoise renforce encore ce signal, à un moment où l’Union européenne cherche à démontrer sa capacité à produire elle-même des briques cryptographiques critiques plutôt qu’à les importer.
Pour les équipes techniques qui suivent de près la cryptographie appliquée à la finance, ce dossier mérite d’être mis en parallèle avec les travaux sur les signatures post-quantiques déjà testées par certaines banques, où notre article sur l’adoption de ML-DSA-65 par le secteur bancaire détaille une autre facette de cette même transition cryptographique. La confidentialité par preuve zero-knowledge et la résistance post-quantique avancent aujourd’hui sur des rails parallèles, avec l’ambition commune de préparer les infrastructures financières européennes aux quinze prochaines années.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Prividium exactement ?
Prividium est une plateforme de registre distribué privée et permissionnée développée par Matter Labs, l’éditeur de ZKsync. Elle permet à une institution de faire tourner sa propre chaîne tout en publiant des preuves de validité zero-knowledge sur Ethereum pour garantir que les règles ont été respectées, sans exposer les données des transactions.
Pourquoi la Bundesbank a-t-elle choisi cette technologie plutôt qu’une autre ?
L’institution recherchait une architecture lui permettant de garder ses données internes tout en bénéficiant d’une vérifiabilité externe. L’ouverture du code de Prividium Core le 8 septembre 2026 lui a aussi permis d’héberger la solution intégralement sur ses propres serveurs, sans dépendre d’un environnement géré par un tiers.
S’agit-il d’un pilote d’euro numérique ?
Non, ce test n’est pas présenté comme un pilote de monnaie numérique de banque centrale de détail. Il s’inscrit néanmoins dans la continuité des travaux de l’Eurosystème sur le règlement de gros et la tokenisation d’actifs, dont les tests exploratoires 2024 avaient déjà mobilisé plus de 60 participants dans neuf juridictions.
Quelle est la différence entre Prividium et un zk-rollup public comme ZKsync Era ?
ZKsync Era est une chaîne publique où n’importe qui peut déployer des contrats et consulter les transactions compressées. Prividium reprend la même technologie de preuve mais dans un environnement permissionné : seules les entités autorisées par la Bundesbank peuvent opérer, et les données détaillées restent hébergées en interne.
Le DLT Pilot Regime de l’UE s’applique-t-il à ce projet ?
Le régime pilote européen, en vigueur depuis 2023, encadre des infrastructures de marché fondées sur la DLT à titre expérimental. Prividium n’y est pas formellement rattaché à ce stade, mais son architecture s’inscrit dans la même logique de banc d’essai réglementé que les projets déjà couverts par ce cadre.
Les preuves à divulgation nulle de connaissance résistent-elles aux ordinateurs quantiques ?
Cela dépend du type de preuve. Les zk-SNARK, les plus répandus, reposent souvent sur des courbes elliptiques vulnérables à terme à un ordinateur quantique suffisamment puissant. Les zk-STARK, fondés sur des fonctions de hachage, offrent une meilleure résistance théorique face à cette même menace.
D’autres banques centrales européennes utilisent-elles des ZKP ?
Pas encore de façon confirmée. La Banque de France et la Banca d’Italia ont testé des solutions d’interopérabilité DLT en 2024 (respectivement DL3S et TIPS Hash-Link), mais aucune de ces deux solutions ne reposait sur des preuves à divulgation nulle de connaissance à ce jour.
Où peut-on consulter le code source de Prividium Core ?
Matter Labs a publié le moteur de permission de Prividium sous forme de dépôt public le 8 septembre 2026, accompagné d’un environnement de test local, afin que les institutions intéressées puissent l’auditer et le déployer dans leur propre infrastructure.




