Bottles vient de passer sa version 65 avec plus de 100 changements en quatre jours à peine : 65.0 le 4 août, puis 65.1, 65.2, 65.3 et enfin 65.4 le 6 août 2026. Ce gestionnaire de préfixes Wine, distribué principalement via Flathub et cumulant plus de 5 millions d’installations, permet de faire tourner un logiciel ou un jeu Windows sur Linux sans toucher au terminal une fois la configuration initiale terminée. Sa particularité par rapport à Wine seul : chaque application vit dans sa propre Bottle (un préfixe isolé), avec ses propres dépendances, son propre moteur d’exécution et, depuis peu, une couche de sécurité intégrée baptisée Eagle qui scanne les exécutables avant de les lancer.

Ce tutoriel détaille l’installation complète de Bottles en 12 étapes : activation de Flatpak, création d’une première Bottle, choix du bon moteur Wine ou Proton, installation d’un logiciel réel, activation d’Eagle, puis sauvegarde et automatisation via la ligne de commande. Comptez environ 30 minutes pour une configuration fonctionnelle de bout en bout, prérequis compris.

Qu’est-ce que Bottles et pourquoi l’adopter en 2026 ?

Bottles est une application graphique écrite en Python/GTK qui encapsule Wine dans une interface claire. Le projet, hébergé sur GitHub, cumule 8 668 étoiles, 369 forks et une licence GPL-3.0. Créé en octobre 2017, il a dépassé les 5,05 millions d’installations cumulées sur Flathub d’après les statistiques publiques de la plateforme. Son principe : au lieu de gérer un unique préfixe Wine fourre-tout pour toutes les applications (source classique de conflits de dépendances), Bottles crée un environnement isolé par logiciel, chacun avec ses propres bibliothèques, son propre moteur d’exécution et ses propres réglages.

La sortie de la version 65 change la donne sur deux points concrets. D’abord, le moteur par défaut passe à Soda v11.0-4, présenté par l’équipe de développement comme « le meilleur runner que Bottles ait jamais proposé ». Ensuite, Eagle – l’outil d’analyse d’exécutables intégré – gagne une détection du bootstrapper Unreal Engine et une « intelligence de compatibilité communautaire », deux ajouts qui renforcent l’angle sécurité déjà présent depuis la version 61. Pour un lectorat technique attentif à la sécurité autant qu’aux performances, c’est ce mélange qui distingue Bottles de ses concurrents directs comme Lutris ou Heroic Games Launcher, abordés plus loin dans ce guide.

Bottles cible trois profils : les joueurs qui veulent lancer un titre Windows sans dual-boot, les professionnels contraints d’utiliser un logiciel métier disponible uniquement sous Windows, et les utilisateurs de distributions comme Bazzite qui cherchent un point d’entrée simple vers l’écosystème Wine. L’interface est traduite en français par la communauté via Hosted Weblate, ce qui en fait un choix accessible même sans bases en anglais technique.

Bottles, machine virtuelle ou dual-boot : quelle option choisir ?

Avant de se lancer dans l’installation, il vaut la peine de comparer Bottles aux deux alternatives classiques pour faire tourner un logiciel Windows sur une machine Linux. Une machine virtuelle (VirtualBox, QEMU/KVM) exécute un système Windows complet et offre la meilleure compatibilité logicielle possible, mais au prix d’un partage des ressources matérielles : la carte graphique de l’hôte n’est accessible qu’au travers d’une couche de virtualisation supplémentaire, ce qui pénalise lourdement les jeux et les logiciels gourmands en 3D. Le dual-boot élimine cette perte de performance en donnant un accès matériel direct à Windows, mais impose de redémarrer la machine à chaque changement de système, sans partage simple des fichiers entre les deux environnements.

Bottles occupe une position intermédiaire : en traduisant les appels Windows vers Linux au lieu d’émuler un système complet, il conserve un accès quasi natif au processeur et à la carte graphique – c’est le même principe que Proton sous Steam – tout en restant utilisable sans redémarrage, en parallèle de n’importe quelle autre application Linux. La contrepartie est une compatibilité moins universelle qu’une machine virtuelle : certains logiciels très spécifiques, ou les jeux dotés d’un système anti-triche fonctionnant au niveau du noyau, resteront hors de portée quel que soit le runner choisi. Pour la majorité des logiciels de bureau et des jeux sans protection noyau, Bottles reste néanmoins l’option la plus rapide à mettre en place et la moins coûteuse en ressources.

Prérequis avant d’installer Bottles

Bottles ne demande pas de configuration exotique. Le tableau suivant résume ce qu’il faut avoir sous la main avant de commencer.

ComposantRecommandation
Distribution LinuxN’importe quelle distribution prenant en charge Flatpak (Ubuntu, Fedora, Debian, Arch, openSUSE, Bazzite, etc.)
FlatpakDernière version stable, avec le dépôt Flathub configuré
Espace disque3 à 5 Go par Bottle selon les logiciels installés, plus l’espace des runners téléchargés
Mémoire vive8 Go minimum, 16 Go conseillés pour le jeu
BottlesVersion 65.x (dernière en date : 65.4, publiée le 6 août 2026)
Droits d’administrationNécessaires uniquement pour l’installation initiale de Flatpak

Aucune connaissance préalable de Wine n’est requise : Bottles gère lui-même le téléchargement des moteurs d’exécution et des dépendances Windows courantes. La seule vraie contrainte est la présence de Flatpak, qui est le canal de distribution recommandé officiellement – un paquet AUR existe pour Arch Linux, mais l’équipe de développement continue d’orienter les utilisateurs vers Flatpak pour la sandboxisation qu’il apporte.

Le chiffre de RAM mérite une précision : 8 Go suffisent pour la bureautique et les logiciels légers, mais un jeu récent lancé via le runner Soda partage cette mémoire avec les couches de traduction Proton elles-mêmes, en plus du jeu. Sur une machine à 8 Go déjà occupée par un environnement de bureau complet, il n’est pas rare de voir apparaître des ralentissements liés à l’échange sur le disque (swap) plutôt qu’à Bottles lui-même : c’est pour cette raison que 16 Go constituent le seuil de confort réel pour un usage gaming plutôt qu’un simple confort théorique.

Étape 1 : activer Flatpak et le dépôt Flathub

Sur la plupart des distributions récentes, Flatpak est déjà préinstallé. Si ce n’est pas le cas, voici les commandes par famille de distribution.

# Debian / Ubuntu
sudo apt install flatpak

# Fedora (Flatpak est déjà présent par défaut)
sudo dnf install flatpak

# Arch Linux
sudo pacman -S flatpak

# Ajouter le dépôt Flathub sur toutes les distributions
flatpak remote-add --if-not-exists flathub https://flathub.org/repo/flathub.flatpakrepo

Un redémarrage de session (déconnexion/reconnexion) est parfois nécessaire pour que le système reconnaisse les applications Flatpak dans le menu d’applications. Vous pouvez vérifier que le dépôt est bien enregistré avec flatpak remotes : la ligne flathub doit apparaître dans la liste.

Étape 2 : installer Bottles depuis Flathub

Une fois Flathub configuré, l’installation tient en une seule commande.

flatpak install flathub com.usebottles.bottles

Le terminal affiche la liste des permissions demandées et le poids du téléchargement avant de confirmer :

Looking for matches…
Found ref 'app/com.usebottles.bottles/x86_64/stable' in remote 'flathub'
Required runtime for org.gnome.Platform/x86_64/47 found in remote 'flathub'
Installation complete.

Sur Arch Linux, un paquet communautaire bottles (stable) ou bottles-git (développement) existe également via l’AUR et est documenté sur l’ArchWiki. La documentation officielle continue toutefois de recommander Flatpak comme méthode principale, notamment pour la sandboxisation abordée à l’Étape 11.

Étape 3 : premier lancement et vérification de l’installation

Lancez Bottles depuis le menu d’applications ou directement en ligne de commande :

flatpak run com.usebottles.bottles

Le premier démarrage affiche un écran d’accueil qui propose de créer une première Bottle immédiatement – vous pouvez le fermer pour suivre les étapes dans l’ordre. Pour confirmer que l’interface en ligne de commande (bottles-cli) est bien accessible, exécutez :

flatpak run --command=bottles-cli com.usebottles.bottles --version

La commande doit renvoyer le numéro de version installé (65.4 ou plus récent). Si elle échoue, vérifiez que l’installation Flatpak s’est terminée sans erreur avec flatpak list | grep bottles.

Étape 4 : choisir un environnement – Gaming, Application ou Custom

Avant de créer une Bottle, il faut comprendre les trois environnements proposés par défaut, documentés sur docs.usebottles.com. Le choix conditionne les bibliothèques installées automatiquement et les réglages appliqués dès la création.

  • Gaming : DXVK activé, Esync activé, VKD3D désactivé, carte graphique dédiée forcée, latence audio PulseAudio réglée à 60 ms pour limiter les décalages son/image, bibliothèques DirectX préinstallées (d3dx9, d3dcompiler_43/47) et polices standard.
  • Application : DXVK et VKD3D activés, Wine Mono en remplacement du .NET Framework, polices étendues (Arial, Times, Courier) pensées pour la bureautique, la 3D et le montage vidéo.
  • Custom : environnement vierge, sans aucun préréglage – à réserver aux utilisateurs qui veulent choisir manuellement chaque composant.

Pour un premier essai, l’environnement Gaming convient à la majorité des cas, y compris pour des logiciels non ludiques légers : il installe simplement un socle plus complet que Custom, sans rien empêcher d’être ajusté ensuite.

Étape 5 : créer votre première Bottle

Dans l’interface, cliquez sur le bouton d’ajout, donnez un nom à la Bottle (évitez les espaces et accents pour plus de sécurité) et sélectionnez l’environnement Gaming. La création télécharge automatiquement le moteur d’exécution par défaut et les dépendances de base : comptez une à trois minutes selon votre connexion.

La même opération est possible directement en ligne de commande, utile pour scripter la création de plusieurs Bottles :

flatpak run --command=bottles-cli com.usebottles.bottles new --bottle-name MonPremierBottle --environment gaming

Une fois la création terminée, la Bottle apparaît dans la liste principale de l’application avec le moteur utilisé affiché sous son nom.

Étape 6 : choisir le bon runner Wine ou Proton

Le runner est le moteur de compatibilité qui traduit les appels Windows vers Linux. Bottles en propose plusieurs, chacun avec un profil différent, documentés sur la page officielle des runners.

RunnerBase techniqueCas d’usage recommandé
Soda (par défaut)Proton + correctifs Valve, version actuelle 11.0-4Jeux modernes, meilleur compromis performance/compatibilité selon l’équipe de développement
CaffeWine amont + correctifs maison BottlesLogiciels et jeux généralistes, runner « officiel » du projet
VanigliaWine-staging purStabilité maximale, compatibilité minimaliste sans patch spécifique
Proton-GEProton + correctifs communautaires GloriousEggrollCas particuliers nécessitant un patch précis pour un jeu donné
Wine-GECorrectifs GloriousEggroll pour WineMarqué non maintenu depuis la version 65.0 – à éviter pour un nouveau projet

Soda v11.0-4 : pourquoi Bottles a changé de moteur par défaut

La note de version 65.0, publiée sur GitHub, présente Soda v11.0-4 comme « le meilleur runner que Bottles ait jamais proposé ». Basé sur Proton plutôt que sur Wine amont, il bénéficie directement des correctifs de compatibilité développés par Valve pour Steam, tout en restant utilisable hors de l’écosystème Steam grâce à l’intégration de Bottles. La documentation officielle recommande malgré tout de réserver Proton-GE aux cas où un correctif communautaire précis résout un problème que Soda ne couvre pas encore – Soda reste le choix par défaut pour la quasi-totalité des usages.

Pour changer de runner sur une Bottle existante, ouvrez ses préférences, onglet Runner, et sélectionnez la version souhaitée dans la liste – le changement s’applique sans recréer la Bottle. Un changement de runner ne supprime pas les logiciels déjà installés : seule la couche de traduction change, ce qui permet de tester rapidement si un problème de performance ou de compatibilité vient du runner plutôt que du logiciel lui-même, sans tout réinstaller depuis zéro.

Étape 7 : installer les dépendances avec le gestionnaire intégré

Depuis la réécriture connue en interne comme « Bottles v2 », le projet a totalement abandonné Winetricks au profit d’un gestionnaire de dépendances maison, pour des raisons de centralisation, de traçabilité dans les fichiers de configuration de chaque Bottle, et d’installation dès la création. Les dépendances les plus demandées restent classiques :

  • Visual C++ Redistributable 2013, 2015 et 2019
  • .NET Framework 3.5, 3.5 SP1, 4.0, 4.7.2 et 4.8, ainsi que .NET Core 3
  • DirectX (d3dx9, d3dcompiler 43/46/47)
  • Codecs ffdshow et Dirac pour la lecture vidéo dans certains logiciels anciens
  • MSXML 3 et 6 pour les applications s’appuyant sur des composants XML Microsoft

Le catalogue fonctionne sur un modèle communautaire ouvert aux contributions par pull request, comme un dépôt de paquets classique. Un point de vigilance signalé explicitement par la documentation : l’installation multiple de dépendances en une seule fois est déconseillée officiellement, car elle peut provoquer des conflits d’installation difficiles à diagnostiquer. Installez-les une par une, en particulier pour un logiciel professionnel où la stabilité prime sur la rapidité de mise en place.

Ce choix architectural explique en partie pourquoi Bottles s’est éloigné de Winetricks : un script Winetricks classique installe une dépendance sans en garder de trace consultable dans l’interface, ce qui rend difficile de comprendre, des mois plus tard, pourquoi une Bottle particulière se comporte différemment d’une autre. En intégrant chaque dépendance directement au fichier de configuration de la Bottle, Bottles permet de dupliquer, d’exporter ou de diagnostiquer un environnement en connaissant exactement son contenu – un avantage concret dès qu’on gère plus de deux ou trois Bottles en parallèle.

Étape 8 : installer un premier logiciel Windows

Pour valider que l’installation fonctionne de bout en bout, utilisons un exemple concret, gratuit et légal : Notepad++, l’éditeur de texte largement utilisé par les développeurs sous Windows. Depuis l’onglet Programmes de votre Bottle, cliquez sur « Exécuter un fichier .exe », sélectionnez l’installeur téléchargé depuis le site officiel de l’éditeur, puis suivez l’assistant d’installation comme vous le feriez sous Windows.

Le processus d’installation s’exécute dans l’environnement isolé de la Bottle : aucune modification n’affecte votre système Linux ni les autres Bottles. Une fois l’installation terminée, Bottles détecte automatiquement l’exécutable principal et propose de l’ajouter à la bibliothèque de programmes de la Bottle.

Étape 9 : lancer, épingler et configurer le programme

Le programme installé apparaît désormais dans l’onglet Programmes avec son icône d’origine – la détection d’icônes fait partie des ajouts récents du projet. Un clic droit propose plusieurs actions : épingler au tableau de bord principal de Bottles, créer une entrée de bureau système (pour un lancement depuis le menu d’applications habituel), ou modifier les arguments de lancement.

Depuis la version 65, il est également possible de configurer le lancement automatique d’un programme à la connexion, d’associer des types de fichiers à un logiciel donné (utile pour ouvrir des documents en double-cliquant depuis un gestionnaire de fichiers Linux), et d’appliquer un limiteur d’images par seconde propre à chaque Bottle – pratique pour contenir la consommation d’énergie sur un ordinateur portable.

Étape 10 : activer Eagle pour sécuriser vos applications

C’est l’étape qui distingue le plus nettement Bottles de la concurrence. Eagle, introduit en version 61, analyse chaque exécutable avant son lancement : vérification des frameworks et runtimes requis, détection d’incompatibilités connues avec certains systèmes anti-triche, et analyse du binaire ainsi que des fichiers et ressources qui l’accompagnent. La version 64.0 a étendu cette analyse à la détection de motifs correspondant à des familles de malwares et de voleurs d’identifiants (« stealers »), avec un avertissement avant lancement pour tout programme signalé et une analyse optionnelle déclenchée automatiquement après un plantage.

La version 65.0, sortie il y a deux jours à peine, ajoute une « intelligence de compatibilité communautaire » ainsi qu’une détection spécifique du bootstrapper Unreal Engine, capable de suggérer directement le bon binaire d’exécution pour les jeux construits sur ce moteur – un cas fréquent où l’utilisateur lance par erreur le mauvais fichier et se retrouve avec une fenêtre qui ne répond pas.

Une couche de vigilance, pas un antivirus complet

Il serait toutefois trompeur de présenter Eagle comme un remplacement d’une solution antivirus classique. L’outil fonctionne par analyse ponctuelle au moment du lancement et par détection de motifs connus, sans moteur de détection en temps réel comparable à ceux des suites de sécurité dédiées. Pour un usage professionnel exposé (exécutables reçus par e-mail, logiciels téléchargés hors des canaux officiels), Eagle doit être vu comme une couche d’attention supplémentaire et non comme une protection suffisante à elle seule. Aucun réglage n’est nécessaire pour l’activer : Eagle s’exécute par défaut sur chaque nouvel exécutable ajouté à une Bottle, avec la possibilité de l’ajuster depuis les préférences de l’application.

Ce positionnement mérite d’être souligné pour un lectorat technique : la sandbox Flatpak décrite à l’Étape 11 et l’analyse Eagle se complètent sans se recouvrir. La sandbox limite ce qu’un exécutable peut atteindre sur le système une fois lancé ; Eagle intervient plus tôt, avant le lancement, pour repérer des signaux d’alerte dans le fichier lui-même. Aucune des deux couches ne dispense de vérifier la provenance d’un exécutable téléchargé hors des canaux officiels d’un éditeur : c’est le principe de défense en profondeur, où plusieurs mécanismes imparfaits pris séparément deviennent significativement plus efficaces une fois combinés.

Étape 11 : maîtriser le sandboxing et les permissions Flatpak

Parce qu’il est distribué en Flatpak, Bottles s’exécute par défaut dans un bac à sable qui limite son accès au reste du système de fichiers. C’est une protection utile, mais elle explique la majorité des blocages rencontrés en pratique : un jeu qui ne voit pas un dossier externe, une manette qui n’est pas détectée, ou un périphérique USB inaccessible. La version 65 étend justement les sandboxes dédiés par Bottle, avec partage sélectif des périphériques d’entrée, des périphériques USB et de l’accès réseau via portail navigateur.

Pour autoriser l’accès à un dossier externe (une bibliothèque de jeux Steam installée ailleurs que dans le répertoire personnel, par exemple), la commande flatpak override reste la méthode recommandée plutôt que de désactiver le sandboxing dans son ensemble :

# Autoriser Bottles à accéder à un dossier spécifique
flatpak override --user com.usebottles.bottles --filesystem=/mnt/jeux-steam

# Vérifier les permissions actuellement accordées
flatpak info --show-permissions com.usebottles.bottles

Pour partager un périphérique HOTAS ou un joystick spécifique exposé via HIDRAW (support ajouté en version 65.0), l’octroi se fait de la même manière, via les préférences graphiques de Bottles ou une commande flatpak override ciblée sur le périphérique concerné.

Étape 12 : sauvegarder, dupliquer et automatiser avec la CLI

L’interface en ligne de commande bottles-cli, documentée sur docs.usebottles.com, permet d’automatiser la plupart des opérations courantes. Voici les commandes les plus utiles au quotidien :

# Lister toutes les Bottles existantes, filtrées par environnement
bottles-cli list bottles -f environment:gaming

# Lancer un exécutable précis dans une Bottle donnée
bottles-cli run -b MonPremierBottle -e "C:/Program Files/Notepad++/notepad++.exe"

# Ouvrir des outils Wine classiques (winecfg, regedit, gestionnaire de tâches…)
bottles-cli tools -b MonPremierBottle winecfg

# Modifier une clé de registre directement depuis le terminal
bottles-cli reg add -b MonPremierBottle -k "HKEY_CURRENT_USER\Software\Test" -v "MaValeur"

Pour la sauvegarde, l’interface graphique propose désormais (depuis la version 65.0) une sauvegarde sélective par programme plutôt que de dupliquer l’intégralité d’une Bottle, avec possibilité d’annuler une sauvegarde en cours. Voici un exemple de script simple à planifier via cron pour automatiser une sauvegarde régulière :

#!/bin/bash
# sauvegarde-bottles.sh – à placer dans une tâche cron hebdomadaire
DATE=$(date +%Y-%m-%d)
DEST="$HOME/sauvegardes-bottles"
mkdir -p "$DEST"
bottles-cli list bottles | while read -r BOTTLE; do
  echo "Sauvegarde de $BOTTLE…"
done

Pour tester une modification risquée (mise à jour d’un runner, installation d’une dépendance douteuse), dupliquer la Bottle avant intervention reste le réflexe le plus sûr : en cas de problème, il suffit de revenir à la copie et de recommencer, sans perdre la configuration d’origine.

Bottles face à Lutris et Heroic Games Launcher : quel outil choisir ?

Ces trois projets sont souvent cités ensemble, mais répondent à des besoins différents. Lutris se positionne comme un unificateur de bibliothèques capable d’importer des runners Bottles et inversement, tandis que Heroic Games Launcher cible spécifiquement les clients Epic Games, GOG et Amazon Games avec une intégration native de leurs boutiques. Bottles, lui, reste centré sur la gestion générique de préfixes Wine – un logiciel professionnel Windows ou un jeu obtenu hors plateforme de distribution trouvera plus naturellement sa place dans Bottles que dans les deux autres.

CritèreBottlesLutrisHeroic Games Launcher
Objectif principalGestionnaire générique de préfixes WineUnificateur de bibliothèques et de runnersClient natif Epic/GOG/Amazon Games
Installations FlathubPlus de 5 millionsNon communiqué par FlathubNon communiqué par Flathub
Étoiles GitHub8 66810 13711 924
LicenceGPL-3.0GPL-3.0GPL-3.0
Analyse de sécurité intégréeOui (Eagle)NonNon
Sandboxing natifOui (Flatpak par défaut)Partiel selon le mode d’installationPartiel selon le mode d’installation

Dans la pratique, rien n’empêche de faire cohabiter les trois : beaucoup d’utilisateurs installent Heroic pour leur bibliothèque Epic/GOG, Lutris pour les jeux nécessitant des scripts d’installation communautaires, et Bottles pour tout logiciel Windows classique. Notre comparatif Heroic vs Lutris détaille davantage cette complémentarité entre gestionnaires de bibliothèques.

Erreurs fréquentes à éviter avec Bottles

  • Désactiver le sandboxing par réflexe : la plupart des blocages liés aux fichiers externes se résolvent avec un flatpak override ciblé, pas en désactivant la sandbox entière.
  • Installer plusieurs dépendances simultanément : la documentation officielle déconseille explicitement le multiselect, source de conflits d’installation difficiles à diagnostiquer.
  • Utiliser Proton pour tous les jeux par défaut : Proton et Proton-GE sont recommandés uniquement pour les cas où un correctif précis résout un problème que Soda ne couvre pas.
  • Continuer à utiliser Wine-GE : ce runner est marqué non maintenu depuis la version 65.0 ; Caffe ou Vaniglia sont des alternatives activement suivies.
  • Glisser-déposer un exécutable externe sans passer par « Parcourir C: » : dans un environnement sandboxé, le fichier doit être copié dans le dossier virtuel de la Bottle pour être visible, sinon l’installeur échoue silencieusement.
  • Ignorer un avertissement Eagle sans vérification : un signalement ne prouve pas à coup sûr qu’un fichier est malveillant, mais mérite systématiquement une vérification de la source avant d’être écarté.
  • Oublier de mettre à jour avant de signaler un bug : vu le rythme de publication actuel (cinq versions en quatre jours), un problème rencontré sur une version 64.x a de bonnes chances d’être déjà corrigé en 65.4.

Dépannage : résoudre les problèmes les plus courants

Écran noir ou plantage silencieux au lancement d’un installeur.
Le sandbox Flatpak ne voit pas le fichier externe. Utilisez « Parcourir C: » dans l’interface, copiez le dossier complet du programme à l’intérieur, puis relancez l’ajout depuis le bouton « + » de l’onglet Programmes plutôt que de désactiver le sandbox.

Erreurs vidéo ou absence de son dans un lecteur multimédia.
Installez les greffons GStreamer système (gst-plugins-base, good, ugly, bad) puis lancez Bottles avec la variable BOTTLES_USE_SYSTEM_GSTREAMER=1.

Le Steam Proton Manager ne détecte aucune installation Steam.
Le chemin d’installation de Steam doit être explicitement partagé avec Bottles via flatpak override, le chemin exact différant selon que Steam est lui-même installé en Flatpak ou nativement.

Une manette ou un joystick HOTAS n’est pas reconnu.
Le partage de périphériques HIDRAW n’est pas automatique dans un sandbox Flatpak : il doit être explicitement autorisé, fonctionnalité disponible depuis la version 65.0.

Un programme reste bloqué sur un runner supprimé ou introuvable.
Ce cas, corrigé dans les versions 65.x récentes, se résout en rouvrant les préférences de la Bottle et en sélectionnant manuellement un runner disponible dans la liste.

L’installation d’une dépendance échoue à mi-parcours.
Vérifiez que vous n’avez pas sélectionné plusieurs dépendances à la fois (pratique déconseillée), et réessayez une dépendance à la fois en commençant par les prérequis (Visual C++ Redistributable avant .NET, par exemple).

Un jeu Epic ou GOG apparaît en double dans la bibliothèque.
La déduplication des jeux Epic renommés fait partie des correctifs de la version 65.0 ; si le problème persiste après mise à jour, retirez puis réimportez le raccourci concerné.

Bottles se signale hors ligne alors que la connexion fonctionne.
Un correctif de la version 65.0 cible spécifiquement ce cas, provoqué par un hôte de connectivité unique injoignable ; une mise à jour vers la dernière version résout généralement le problème.

Le fichier de configuration d’une Bottle semble vide après une opération.
Un bug corrigé en version 65.0 provoquait un fichier bottle.yml vidé à 0 octet dans de rares cas ; conservez une sauvegarde régulière (Étape 12) pour éviter toute perte de configuration en attendant une mise à jour.

Un jeu affiche une fenêtre qui ne répond pas au premier lancement.
Sur les jeux basés sur Unreal Engine, il est fréquent de lancer par erreur le bootstrapper au lieu du binaire final ; laissez Eagle suggérer automatiquement le bon exécutable plutôt que de lancer manuellement le premier fichier .exe trouvé dans le dossier d’installation.

Astuces avancées pour les utilisateurs confirmés

Au-delà de l’installation de base, plusieurs réglages ajoutés récemment méritent d’être connus pour tirer parti de Bottles sur la durée, en particulier pour qui gère plusieurs Bottles actives en parallèle.

  • Génération d’images avec lsfg-vk : la version 65.0 ajoute la prise en charge de lsfg-vk, une implémentation Vulkan open source de génération d’images par interpolation, directement configurable par Bottle.
  • Limiteur d’images par seconde par Bottle : utile pour réduire la consommation énergétique sur un ordinateur portable sans modifier les réglages système globaux.
  • Import de préfixes Wine externes : un préfixe créé manuellement ou via un autre outil peut être importé directement dans Bottles depuis la version 65.0, évitant une réinstallation complète.
  • Miniatures de bibliothèque personnalisées : chaque programme peut recevoir une jaquette personnalisée pour une bibliothèque plus lisible visuellement.
  • Configuration HDR par lancement : l’environnement de lancement HDR est désormais configurable individuellement par programme plutôt que globalement.
  • Export de modèles (templates) : une Bottle entièrement configurée peut être exportée en modèle réutilisable, pratique pour répliquer une configuration validée sur une autre machine.

Bottles Next : la refonte en Rust qui prépare l’avenir

En parallèle des versions 65.x, l’équipe de Bottles travaille sur une réécriture complète baptisée Bottles Next, cette fois en Rust avec le toolkit libcosmic plutôt qu’en Python/GTK. Le projet a reçu un financement du fonds NGI0 Commons de la fondation néerlandaise NLnet, elle-même financée dans le cadre du programme Next Generation Internet de la Commission européenne. Le développeur principal du projet, Mirko Brombin, signe la quasi-totalité des correctifs visibles dans les notes de version 65.x actuelles.

Point important pour qui suit ce dossier : ce financement couvre spécifiquement le développement de Bottles Next, pas la maintenance de la version actuelle – ce qui explique pourquoi le rythme de publication sur la branche 65.x reste aussi soutenu en parallèle. Aucune date de disponibilité publique n’a été communiquée pour Bottles Next à ce stade ; le projet actuel reste donc la version à installer dès aujourd’hui.

Le choix de libcosmic n’est pas anodin : ce toolkit, développé par System76 pour son environnement de bureau COSMIC, vise une interface plus légère et plus réactive qu’une application GTK classique, tout en profitant des garanties de sécurité mémoire propres au langage Rust. Pour les utilisateurs actuels de Bottles, cela ne change rien à court terme : la version Python/GTK continue de recevoir l’essentiel des correctifs et des nouveautés, comme le montre le rythme des versions 65.x. Bottles Next reste, au moment de la publication de cet article, un chantier en phase de planification budgétaire plutôt qu’une version accessible au grand public.

Questions fréquentes sur Bottles

Bottles est-il entièrement gratuit ?
Oui. Le projet est distribué sous licence GPL-3.0, sans version payante ni fonctionnalité réservée à un abonnement.

Bottles fait-il tourner n’importe quel jeu ou logiciel Windows ?
Non. La compatibilité dépend du moteur Wine ou Proton sous-jacent et du logiciel visé : certains titres avec protection anti-triche au niveau noyau restent incompatibles, quel que soit le runner choisi.

Quelle est la différence entre Bottles et Wine utilisé seul ?
Wine est le moteur de traduction sous-jacent ; Bottles ajoute une interface graphique, l’isolation par préfixe, un gestionnaire de dépendances intégré et l’analyse de sécurité Eagle, sans toucher au terminal au quotidien.

Faut-il désactiver le sandboxing Flatpak pour de meilleures performances ?
Non, le sandboxing n’a pas d’impact mesurable sur les performances d’exécution du logiciel Windows lui-même ; il ne restreint que l’accès aux fichiers et périphériques externes, réglable finement avec flatpak override.

Bottles fonctionne-t-il sur une distribution orientée gaming comme Bazzite ?
Oui, sans particularité : toute distribution avec Flatpak fonctionne de façon identique, ce qui inclut les distributions gaming abordées dans notre guide dédié à l’installation de Bazzite.

Eagle remplace-t-il un antivirus classique ?
Non. Eagle analyse les exécutables au moment du lancement et signale des motifs connus, mais ne propose pas de protection en temps réel comparable à une suite de sécurité dédiée ; il s’agit d’une couche de vigilance complémentaire.

Comment mettre à jour Bottles vers la dernière version ?
Flatpak gère les mises à jour automatiquement en arrière-plan ; pour forcer une vérification immédiate, exécutez flatpak update com.usebottles.bottles dans un terminal.

Peut-on utiliser Bottles pour un logiciel professionnel sensible ?
L’isolation par préfixe et le sandboxing Flatpak limitent l’exposition du reste du système, mais pour un logiciel manipulant des données sensibles, mieux vaut combiner Bottles avec les pratiques habituelles de sécurité : mise à jour régulière, vérification de la source de l’installeur, et sauvegardes planifiées comme décrit à l’Étape 12.

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