Bazzite est devenu, en 2026, la voie la plus simple pour transformer un PC, un portable ou une console de salon en véritable machine de jeu sous Linux, sans rien connaître à l’administration système. Construit par le projet Universal Blue sur la base immuable de Fedora, ce système d’exploitation reprend l’esprit de SteamOS 3 — celui de la Steam Deck — mais l’ouvre à n’importe quel matériel x86_64. Résultat : Steam, Proton, les pilotes graphiques et le mode Jeu sont déjà là, et le système se met à jour tout seul sans jamais casser. Ce guide vous explique, en 12 étapes concrètes, comment installer Bazzite de A à Z, du téléchargement de l’ISO à la première partie, avec les commandes exactes, les pièges à éviter et un chapitre de dépannage complet.

Comptez entre 30 et 45 minutes pour une installation complète, hors temps de téléchargement. Toutes les informations de ce tutoriel ont été vérifiées sur la documentation officielle de Bazzite et le dépôt GitHub du projet en juillet 2026 (branche Bazzite 44, basée sur Fedora 44).

Qu’est-ce que Bazzite et pourquoi l’installer en 2026 ?

Bazzite est une distribution Linux orientée jeu, dérivée de Fedora Atomic (l’ancienne famille Silverblue/Kinoite) et maintenue par la communauté Universal Blue, souvent abrégée « uBlue ». Sa philosophie tient en un mot : immuabilité. Contrairement à Ubuntu ou à une Fedora classique, le cœur du système — le dossier /usr, les bibliothèques, les pilotes — est en lecture seule et livré sous forme d’une image versionnée, exactement comme un conteneur. Vous ne « bricolez » plus votre installation fichier par fichier : vous recevez une image complète, testée, que vous pouvez remplacer ou annuler d’un seul geste.

Pour un joueur, l’intérêt est immédiat. Là où une installation Linux traditionnelle finit par accumuler des dépendances contradictoires après quelques mois de mises à jour, Bazzite reste identique au premier jour. Le système intègre déjà Steam et sa couche de compatibilité Proton, le gestionnaire Lutris, la surcouche de mesure de performances MangoHud, ainsi que les pilotes AMD, Intel et NVIDIA. Sur les consoles portables, il démarre directement dans un mode Jeu à la manette, indiscernable de SteamOS. C’est la raison pour laquelle Bazzite s’est imposé comme l’alternative n°1 à SteamOS sur les machines qui n’y ont pas droit officiellement — un sujet que nous avons déjà abordé dans notre article sur SteamOS 3.8 sur les ROG Ally et Legion Go.

Le contexte de 2026 accélère nettement le mouvement. Depuis la fin du support de Windows 10, en octobre 2025, des millions de PC parfaitement fonctionnels se retrouvent privés de mises à jour de sécurité, et beaucoup de joueurs cherchent une alternative capable de faire tourner leur bibliothèque Steam sans imposer le passage forcé à Windows 11. C’est précisément pourquoi tant d’utilisateurs se demandent aujourd’hui comment installer Bazzite : la distribution redonne une seconde vie à un PC pour le jeu, gratuitement et durablement, tout en offrant le confort console des systèmes immuables. Le succès des distributions atomiques orientées jeu n’est plus un phénomène de niche.

Système immuable : comment ça marche concrètement

Sous le capot, Bazzite s’appuie sur rpm-ostree et, de plus en plus, sur son successeur bootc. Ces outils gèrent le système comme une pile d’images : chaque mise à jour télécharge une nouvelle « couche » de base en arrière-plan, sans toucher à celle en cours d’utilisation. Vous continuez à jouer, et le nouveau système ne devient actif qu’au prochain redémarrage. Si une mise à jour pose problème — un pilote NVIDIA qui refuse de charger, par exemple — il suffit de sélectionner l’ancienne image au démarrage : c’est le retour arrière (rollback), instantané et sans perte de données personnelles.

Cette architecture a une conséquence pratique qu’il faut intégrer dès le départ : on n’installe pas ses logiciels « à l’ancienne » avec un gestionnaire de paquets classique. À la place, Bazzite privilégie trois canaux — les applications Flatpak/Flathub, les conteneurs Distrobox et le gestionnaire Homebrew pour les outils en ligne de commande. Nous y reviendrons à l’étape 7. Cette même logique de socle vérifié et signé rejoint les bonnes pratiques de durcissement que nous détaillons dans notre tutoriel iptables pour Linux.

Bazzite ou SteamOS : quelles différences ?

La question revient sans cesse. SteamOS 3 est l’excellent système de Valve, mais il est optimisé avant tout pour la Steam Deck et, depuis 2026, pour une poignée de machines certifiées « Powered by SteamOS ». Bazzite, lui, tourne sur presque tout : PC de bureau, portable, mini-PC de salon (HTPC) ou console portable tierce. Le tableau ci-dessous résume les écarts les plus utiles pour choisir.

CritèreBazzite 44SteamOS 3
BaseFedora 44 AtomicArch Linux (immuable)
Matériel viséTout PC/portable x86_64 + consoles portablesSteam Deck + machines certifiées
Bureau completOui (KDE Plasma ou GNOME)Oui (KDE Plasma en mode Bureau)
Pilotes NVIDIAOui, image dédiéeNon officiellement
Mode Jeu à la manetteOui (image « deck »)Oui (natif)
Mises à jourrpm-ostree / bootc, automatiquesAtomiques, gérées par Valve
Gestion des applisFlatpak, Distrobox, HomebrewFlatpak

Prérequis matériels et logiciels (avec versions)

Avant de télécharger Bazzite, vérifiez que votre configuration coche les cases suivantes. La distribution est exigeante sur un point précis — la mémoire vive — car un système immuable manipule des images entières en arrière-plan. Les valeurs ci-dessous proviennent de la documentation officielle et corrigent une erreur répandue selon laquelle 4 Go de RAM suffiraient : c’est le minimum absolu pour démarrer, pas pour jouer confortablement.

ComposantMinimumRecommandé
Processeurx86_64 récent (Intel 6ᵉ génération ou AMD équivalent)CPU 8 cœurs récent
Mémoire vive8 Go16 Go ou plus
Stockage libre50 Go sur SSD interne120 Go sur SSD NVMe
Carte graphiqueCompatible Vulkan 1.3+AMD RDNA récente ou NVIDIA RTX
MicrologicielUEFI obligatoireUEFI + TPM 2.0
Clé USB8 Go16 Go (USB 3.x)

Deux précisions importantes. D’abord, Bazzite est exclusivement x86_64 : il ne fonctionne pas sur un Raspberry Pi ni sur aucune machine ARM. Ensuite, côté graphique, les GPU AMD récents offrent l’expérience la plus fluide (pilotes intégrés au noyau, aucune manipulation), Intel fonctionne parfaitement, et NVIDIA est pleinement pris en charge à condition de choisir la bonne image. Attention : les très anciennes cartes NVIDIA de génération Kepler (série GTX 600/700) ne sont plus gérées par le pilote propriétaire ; il faut alors se rabattre sur le pilote libre nouveau, avec des performances moindres.

Côté logiciel, vous n’avez besoin de rien de spécial sur votre machine actuelle : un simple navigateur pour télécharger l’ISO et un utilitaire de gravure USB gratuit. Prévoyez aussi une sauvegarde de vos données si vous comptez remplacer Windows, car l’installation efface le disque cible.

Choisir la bonne image Bazzite (6 variantes)

C’est l’étape la plus importante, et celle où débutent la plupart des erreurs. Bazzite ne propose pas une ISO unique mais une famille d’images, déclinées selon deux axes : l’environnement de bureau (KDE Plasma par défaut, ou GNOME) et le type de pilote graphique (libre pour AMD/Intel, ou propriétaire pour NVIDIA). S’y ajoute la variante « deck », qui démarre directement dans le mode Jeu façon console, idéale pour une portable ou un PC de salon. Voici les six images officielles confirmées sur le dépôt GitHub.

ImageBureauGPUUsage cible
bazziteKDE PlasmaAMD / Intel (libre)PC ou portable de bureau
bazzite-nvidiaKDE PlasmaNVIDIA (propriétaire)PC de bureau avec carte NVIDIA
bazzite-gnomeGNOMEAMD / Intel (libre)Bureau, amateurs de GNOME
bazzite-gnome-nvidiaGNOMENVIDIA (propriétaire)Bureau GNOME + NVIDIA
bazzite-deckMode Jeu + KDEAMD (libre)Steam Deck, portables, HTPC
bazzite-deck-gnomeMode Jeu + GNOMEAMD (libre)Portables/HTPC, base GNOME

Comment décider ? Trois règles simples suffisent. Un PC fixe avec carte AMD ou Intel → prenez bazzite. Un PC fixe avec carte NVIDIA → prenez impérativement bazzite-nvidia, sous peine d’écran noir au démarrage. Une console portable (Steam Deck, ROG Ally, Legion Go, MSI Claw) ou un PC de salon branché sur la télé → prenez bazzite-deck pour retrouver l’interface manette. Le choix KDE/GNOME est purement esthétique : KDE Plasma 6 imite au plus près l’expérience SteamOS et reste le meilleur choix par défaut. Bonne nouvelle : vous n’aurez pas à mémoriser ces noms, car le sélecteur en ligne les génère pour vous.

Étape 1 – Télécharger l’ISO via l’Image Picker

Rendez-vous sur le site officiel bazzite.gg et cliquez sur le bouton de téléchargement. Plutôt que de vous laisser deviner le bon fichier, Bazzite propose un sélecteur de matériel (« Image Picker ») qui vous pose quelques questions : type d’appareil (bureau ou portable/HTPC), fabricant de la carte graphique (AMD, Intel ou NVIDIA), et environnement de bureau souhaité (KDE ou GNOME). À partir de vos réponses, le site vous fournit le lien de l’ISO exacte — inutile donc de retenir le tableau précédent par cœur.

Le fichier pèse plusieurs gigaoctets. Une fois téléchargé, prenez trente secondes pour vérifier son intégrité : le site fournit une somme de contrôle SHA-256. Sous Linux ou macOS, comparez-la avec la commande suivante ; sous Windows, l’équivalent est Get-FileHash dans PowerShell.

# Vérifier l'intégrité de l'ISO téléchargée
sha256sum bazzite-stable-amd64.iso

# La sortie doit correspondre EXACTEMENT à la somme
# publiée sur bazzite.gg, par exemple :
# 9f3b...c1a7  bazzite-stable-amd64.iso

Si les deux chaînes diffèrent, ne poursuivez pas : le téléchargement est corrompu ou a été altéré, et une clé USB créée à partir d’une ISO abîmée provoquera des erreurs impossibles à diagnostiquer. Relancez le téléchargement.

Étape 2 – Créer une clé USB bootable

Vous avez besoin d’une clé USB d’au moins 8 Go, qui sera entièrement effacée. Trois outils gratuits font parfaitement l’affaire, quel que soit votre système actuel :

  • Fedora Media Writer — le plus fiable pour les ISO à base de Fedora ; il gère la vérification et l’écriture en un clic.
  • balenaEtcher — multiplateforme (Windows, macOS, Linux), interface ultra-simple en trois étapes.
  • Ventoy — astucieux : il transforme la clé en menu de démarrage où vous déposez simplement le fichier ISO, sans réécriture à chaque fois.

Avec balenaEtcher, la marche à suivre est identique partout : ouvrez le logiciel, cliquez sur Flash from file et sélectionnez l’ISO Bazzite, choisissez votre clé USB comme cible, puis lancez Flash. Comptez cinq à dix minutes. Sur Linux, si vous préférez la ligne de commande, l’outil dd fonctionne également, mais soyez extrêmement prudent avec le nom du périphérique cible.

# Identifier la clé USB (repérez sa taille, ex. /dev/sdb)
lsblk

# Écrire l'ISO – REMPLACEZ /dev/sdX par VOTRE clé.
# Une erreur ici efface le mauvais disque : vérifiez deux fois.
sudo dd if=bazzite-stable-amd64.iso of=/dev/sdX bs=4M status=progress oflag=sync

La sortie de status=progress affiche la progression en temps réel. Attendez le retour du terminal avant de retirer la clé.

Étape 3 – Préparer le BIOS/UEFI

Redémarrez l’ordinateur cible avec la clé USB branchée, puis entrez dans le micrologiciel UEFI en pressant la touche adéquate au tout premier écran — généralement F2, Suppr, F10 ou F12 selon la marque de la carte mère. Sur une console portable, la méthode diffère : maintenez Volume bas tout en appuyant sur le bouton d’alimentation pour ouvrir le menu de démarrage.

Deux réglages à effectuer. D’abord, dans l’ordre de démarrage, placez la clé USB en premier. Ensuite, désactivez le Secure Boot pour cette première installation. Bazzite prend en charge le Secure Boot, mais via une clé de signature qu’il faut inscrire manuellement après l’installation (nous le ferons à l’étape 5). Le désactiver maintenant évite qu’un pilote graphique, notamment NVIDIA, refuse de se charger au premier démarrage. Enregistrez et quittez : la machine démarre sur l’installateur Bazzite.

Étape 4 – Lancer l’installateur et installer le système

Bazzite démarre d’abord sur un environnement « live » que vous pouvez essayer sans rien installer. Pour lancer l’installation définitive, ouvrez l’installateur Anaconda (icône « Install Bazzite » sur le bureau, ou via le menu du mode Jeu sur l’image deck). L’assistant vous guide en quelques écrans :

  1. Langue : sélectionnez Français (France).
  2. Clavier : choisissez la disposition Français (AZERTY) pour éviter les surprises à la saisie du mot de passe.
  3. Fuseau horaire : réglez sur Europe/Paris.
  4. Destination de l’installation : sélectionnez le disque cible. Pour une installation propre, laissez Anaconda utiliser l’intégralité du disque ; pour un double démarrage avec Windows, choisissez l’espace libre préalablement préparé.
  5. Lancer l’installation : confirmez et patientez 10 à 20 minutes.

Une fois l’opération terminée, retirez la clé USB et redémarrez. Au premier lancement, un assistant vous demande de créer votre compte utilisateur (nom, mot de passe). Sur une image bazzite-deck, le système bascule ensuite automatiquement dans l’interface Steam à la manette, exactement comme une Steam Deck. Félicitations : le plus dur est fait.

Étape 5 – Premier démarrage, mise à jour et Secure Boot

Avant de jouer, mettez le système à jour et sécurisez le démarrage. Bazzite fournit un ensemble de raccourcis appelés ujust : ce sont des recettes toutes faites qui exécutent, en une seule commande, des opérations qui prendraient sinon plusieurs étapes. Ouvrez un terminal (application Konsole sous KDE, ou le mode Bureau sur une portable) et lancez d’abord la mise à jour globale.

# Met à jour le système de base, les Flatpaks et le micrologiciel
ujust update

# Vérifier l'état des images installées et déployées
rpm-ostree status

La commande rpm-ostree status renvoie la liste de vos déploiements. Le déploiement actif est marqué d’un point (●) ; celui juste en dessous est votre filet de sécurité pour un éventuel retour arrière :

State: idle
Deployments:
● ostree-image-signed:docker://ghcr.io/ublue-os/bazzite:stable
    Version: 44.20260629 (2026-06-29T00:00:00Z)
    Digest: sha256:1a2b3c...

  ostree-image-signed:docker://ghcr.io/ublue-os/bazzite:stable
    Version: 44.20260622 (2026-06-22T00:00:00Z)

Si vous aviez laissé le Secure Boot activé dans le BIOS, ou si vous souhaitez le réactiver pour plus de sécurité, inscrivez maintenant la clé de signature de Bazzite. La recette dédiée s’occupe de tout ; au redémarrage suivant, un écran bleu MOK Management vous demandera de confirmer l’inscription et de saisir le mot de passe que vous avez défini (la valeur par défaut documentée est universalblue).

# Inscrire la clé Secure Boot d'Universal Blue
ujust enroll-secure-boot-key

# Puis redémarrez et suivez l'écran bleu « MOK »
# Enroll MOK -> Continue -> saisir le mot de passe

Étape 6 – Configurer Steam et le mode Jeu

Steam est déjà installé. Lancez-le, connectez-vous à votre compte, et rendez-vous immédiatement dans Paramètres → Compatibilité pour activer Steam Play (Proton) pour tous les titres. C’est ce réglage qui permet de lancer des milliers de jeux Windows sous Linux : Proton traduit à la volée les appels DirectX vers Vulkan. Depuis 2026, la grande majorité du catalogue Steam est jouable de cette manière, souvent sans la moindre configuration.

Sur une image bazzite-deck, le mode Jeu repose sur le micro-compositeur gamescope, le même que celui de la Steam Deck. Il gère le rafraîchissement variable (VRR), la limitation d’images par seconde et la mise à l’échelle par jeu, le tout pilotable à la manette. Vous pouvez basculer à tout moment entre le mode Jeu et le mode Bureau via le menu d’alimentation. Pour vérifier si un titre précis fonctionne bien sous Proton, prenez le réflexe de consulter ProtonDB, la base communautaire qui note la compatibilité jeu par jeu.

Un avertissement essentiel : les jeux compétitifs dotés d’un anti-triche au niveau du noyau (comme certains battle royales et FPS multijoueurs) refusent souvent de démarrer sous Linux, même via Proton, tant que l’éditeur n’a pas activé la prise en charge. Ce n’est pas un défaut de Bazzite : c’est une limite volontaire de ces anti-triches. Vérifiez la situation de vos jeux favoris avant de migrer.

Étape 7 – Installer des applications (Flatpak, Distrobox, layering)

Voici le changement de mentalité le plus important pour un habitué d’Ubuntu. Sur un système immuable, on n’installe pas ses logiciels dans le système de base. On utilise, par ordre de préférence, trois canaux propres qui laissent le socle intact.

Flatpak et Flathub : la voie royale

C’est la méthode recommandée pour 95 % des applications graphiques. Flathub est déjà activé ; installez ce dont vous avez besoin depuis la logithèque, ou en ligne de commande. Les gestionnaires de jeux Lutris (pour GOG, jeux natifs, émulateurs) et Heroic (pour Epic Games et GOG) s’ajoutent ainsi en quelques secondes.

# Installer Heroic (Epic/GOG) et une suite bureautique
flatpak install flathub com.heroicgameslauncher.hgl
flatpak install flathub org.libreoffice.LibreOffice

# Mettre à jour toutes les applications Flatpak
flatpak update

Distrobox et Homebrew pour la ligne de commande

Besoin d’un outil de développement, d’un paquet Arch ou d’une commande absente ? Plutôt que de « polluer » le système, créez un conteneur Distrobox : une distribution complète (Ubuntu, Arch, Fedora…) isolée, mais parfaitement intégrée à votre bureau. Pour les utilitaires en ligne de commande simples, Homebrew est également préinstallé.

# Créer un conteneur Arch Linux et entrer dedans
distrobox create --name arch --image archlinux:latest
distrobox enter arch

# Exemple : installer un outil CLI via Homebrew (hors conteneur)
brew install neofetch

En dernier recours seulement, on peut « superposer » un paquet directement sur le système de base avec rpm-ostree install. À réserver aux cas où rien d’autre ne marche (un pilote très spécifique, par exemple), car chaque paquet superposé ralentit légèrement les mises à jour et complique les retours arrière.

Étape 8 – Consoles portables : Steam Deck, ROG Ally, Legion Go et Decky Loader

Bazzite brille particulièrement sur les consoles portables, où il rivalise directement avec Windows et SteamOS. Le principe est le même que pour un PC, avec l’image bazzite-deck : flashez la clé USB, insérez-la, puis ouvrez le menu de démarrage. Sur une Steam Deck, maintenez Volume bas + Alimentation ; sur une ROG Ally / ROG Ally X ou une Legion Go, la combinaison est identique (Volume bas maintenu au démarrage). Lancez ensuite l’installateur Anaconda depuis le mode Bureau, comme à l’étape 4.

Une fois installé, le complément indispensable est Decky Loader, le gestionnaire de plugins qui enrichit l’interface Steam de fonctions supplémentaires (contrôle du rétroéclairage, statistiques, thèmes, gestion de la batterie…). Bazzite fournit une recette ujust dédiée qui gère l’installation et les autorisations SELinux à votre place.

# Installer Decky Loader sur une console portable
ujust setup-decky

# Méthode alternative (script officiel Decky) :
curl -L https://github.com/SteamDeckHomebrew/decky-installer/releases/latest/download/install_release.sh | sh

Le confort de Bazzite sur ces machines explique en partie l’engouement pour les portables sous Linux — un terrain que nous avons comparé en détail dans notre face-à-face MSI Claw 8 AI+ contre ROG Ally X et notre analyse ROG Xbox Ally X vs Legion Go 2.

Étape 9 – Pilotes, manettes et périphériques

Si vous avez choisi la bonne image dès le départ, les pilotes graphiques sont déjà en place : rien à faire pour AMD ou Intel, et le pilote propriétaire NVIDIA est intégré à l’image bazzite-nvidia. Les manettes Xbox, PlayStation (DualSense) et Switch Pro sont reconnues nativement, en filaire comme en Bluetooth.

Pour le matériel plus spécifique, les recettes ujust couvrent les besoins courants. Le tableau ci-dessous liste les commandes les plus utiles, toutes vérifiées sur le dépôt officiel.

Commande ujustEffet
ujust updateMet à jour le système, les Flatpaks et le micrologiciel
ujust enroll-secure-boot-keyInscrit la clé Secure Boot d’Universal Blue
ujust setup-deckyInstalle Decky Loader (consoles portables)
ujust install-openrazerPilotes Razer (souris, clavier)
ujust install-opentabletdriverPrise en charge des tablettes graphiques
ujust install-resolveInstalle DaVinci Resolve
ujust disable-firmware-updatesDésactive les mises à jour de micrologiciel

Pour découvrir la liste complète des recettes disponibles sur votre machine, tapez simplement ujust sans argument : le terminal affiche l’ensemble des commandes avec leur description.

Étape 10 – Mises à jour, retour arrière et rebasage

C’est le superpouvoir de Bazzite. Les mises à jour se téléchargent automatiquement en arrière-plan et s’appliquent au redémarrage — vous n’avez, en théorie, jamais rien à faire. Mais en cas de souci, deux commandes vous sauvent la mise. Le retour arrière réactive l’image précédente ; vous pouvez aussi la choisir directement dans le menu de démarrage GRUB.

# Revenir à l'image précédente (annule la dernière MAJ)
rpm-ostree rollback

# Épingler un déploiement qui fonctionne bien (index visible via status)
sudo ostree admin pin 0

Le rebasage (rebase), lui, permet de changer de variante ou de canal sans réinstaller. Vous êtes sur l’image AMD et venez d’ajouter une carte NVIDIA ? Rebasez vers bazzite-nvidia. Vous voulez tester la branche testing plus récente ? Même principe. La commande pointe vers le registre officiel ghcr.io/ublue-os.

# Basculer vers l'image NVIDIA (puis redémarrer)
rpm-ostree rebase ostree-image-signed:docker://ghcr.io/ublue-os/bazzite-nvidia:stable

# Depuis une Fedora Atomic existante, adopter Bazzite sans réinstaller
rpm-ostree rebase ostree-image-signed:docker://ghcr.io/ublue-os/bazzite:stable

Sur les images les plus récentes, l’outil bootc remplace progressivement rpm-ostree pour ces opérations (bootc upgrade, bootc status, bootc switch) ; les deux coexistent et donnent le même résultat. C’est cette possibilité de « rebaser » un système existant vers une image signée qui rend Bazzite si souple, et qui le rapproche des machines de salon comme la Steam Machine de Valve.

Étape 11 – Optimiser et mesurer les performances

Bazzite embarque MangoHud, une surcouche qui affiche en temps réel le nombre d’images par seconde, la température et la charge du GPU et du CPU. Dans les propriétés d’un jeu Steam, ajoutez la variable d’environnement dans les options de lancement pour l’activer :

# Dans Steam : clic droit sur le jeu -> Propriétés -> Options de lancement
mangohud %command%

# Forcer une résolution/limite d'images via gamescope (portables/HTPC)
gamescope -f -r 60 -- %command%

Trois réflexes améliorent nettement l’expérience. Premièrement, sélectionnez une version de Proton adaptée : la version « Experimental » ou une build communautaire « Proton-GE » (installable via ProtonUp) résout de nombreux cas particuliers. Deuxièmement, consultez systématiquement ProtonDB avant d’acheter ou de lancer un jeu inconnu. Troisièmement, pour les jeux hors Steam, passez par Lutris ou Heroic, qui gèrent automatiquement les préfixes Wine et les dépendances. Si vous préférez d’ailleurs jouer sans installer localement, le jeu en nuage reste une option — nous l’avons comparé dans notre dossier GeForce Now contre Xbox Cloud Gaming.

Étape 12 – Sauvegardes et bonnes pratiques au quotidien

Le système de base étant immuable et réparable en un redémarrage, la seule chose vraiment irremplaçable, ce sont vos données personnelles : le dossier /home, vos sauvegardes de jeu, vos captures. Mettez en place une sauvegarde régulière sur un disque externe ou dans le nuage. Bazzite prend en charge la synchronisation cloud des sauvegardes Steam, mais les jeux hors Steam nécessitent votre vigilance.

Au quotidien, adoptez trois habitudes : laissez les mises à jour automatiques faire leur travail (un simple redémarrage hebdomadaire suffit) ; privilégiez toujours Flatpak et Distrobox à la superposition de paquets ; et notez le numéro de version de l’image qui fonctionne bien pour vous, afin de savoir vers quoi rebaser en cas de régression. Avec ces réflexes, une installation Bazzite peut rester saine pendant des années — c’est précisément l’argument qui séduit les joueurs lassés de réinstaller Windows tous les six mois.

Installer Bazzite en double démarrage avec Windows

Vous n’êtes pas obligé d’abandonner Windows du jour au lendemain. Le double démarrage (dual boot) permet de conserver votre installation Windows et de choisir, à chaque allumage, entre les deux systèmes. C’est la meilleure façon de tester puis d’installer Bazzite sans risque avant une éventuelle bascule complète. La règle d’or : préparez l’espace disque depuis Windows avant de lancer l’installateur.

Sous Windows, ouvrez l’utilitaire « Créer et formater des partitions de disque dur » (ou diskmgmt.msc) et réduisez la partition principale pour libérer au moins 100 Go d’espace non alloué. Désactivez ensuite le démarrage rapide (Fast Startup) de Windows et, si elle est active, la fonction BitLocker sur le disque concerné : sans cela, les deux systèmes cohabitent mal et l’espace peut apparaître verrouillé au moment de l’installation.

# Sous Windows (Invite de commandes en administrateur)
# Réduire la partition système via diskpart :
diskpart
list volume
select volume C
shrink desired=100000   # libère ~100 Go pour Bazzite
exit

# Désactiver le démarrage rapide qui bloque le double démarrage :
powercfg /h off

Au moment de l’étape 4, dans l’écran « Destination de l’installation » d’Anaconda, sélectionnez le disque puis le partitionnement personnalisé, et installez Bazzite dans l’espace non alloué que vous venez de créer — sans jamais toucher à la partition Windows. L’installateur configure alors automatiquement le menu GRUB qui, à chaque démarrage, vous laissera choisir entre Bazzite et Windows. Comptez une dizaine de minutes de plus que pour une installation classique.

Deux mises en garde. D’abord, gardez Windows et Bazzite sur des partitions strictement distinctes, jamais mélangées. Ensuite, si une grosse mise à jour Windows réécrit le chargeur d’amorçage et « masque » Bazzite au démarrage, rien n’est perdu : une réinstallation de GRUB depuis l’environnement live, ou l’ordre de démarrage du BIOS, rétablit le menu de choix en quelques minutes.

Pièges courants à éviter

La plupart des installations qui « échouent » butent sur l’une de ces erreurs classiques. Les connaître à l’avance vous fera gagner des heures.

  • Choisir la mauvaise image graphique. Installer l’image AMD/Intel sur un PC équipé d’une carte NVIDIA (ou l’inverse) provoque un écran noir ou des saccades. En cas d’erreur, pas de panique : rebasez vers la bonne image (étape 10) sans réinstaller.
  • Oublier le Secure Boot. Le laisser activé sans inscrire la clé empêche le chargement de certains pilotes. Désactivez-le pour l’installation, puis inscrivez la clé avec ujust enroll-secure-boot-key.
  • Vouloir tout installer avec un gestionnaire de paquets classique. Sur un système immuable, réfléchissez « Flatpak d’abord, Distrobox ensuite, superposition en dernier recours ». Empiler les paquets via rpm-ostree install alourdit les mises à jour.
  • Modifier des fichiers système. Le dossier /usr est en lecture seule : vos modifications y seront perdues à la prochaine mise à jour. Passez par les configurations utilisateur ou les recettes ujust.
  • Tenter l’installation sur du matériel ARM. Bazzite est strictement x86_64. Un Raspberry Pi ou un Mac Apple Silicon ne conviennent pas.
  • Négliger la RAM. Avec 4 Go, le système démarre mais rame dès qu’un jeu se lance. Visez 8 Go au strict minimum, 16 Go pour être tranquille.

Dépannage : 9 problèmes fréquents et leurs solutions

Si quelque chose coince, ce tableau couvre les incidents les plus signalés par la communauté et la marche à suivre pour chacun.

SymptômeCause probableSolution
La machine ne démarre pas sur la clé USBSecure Boot actif ou ordre de démarrageDésactiver le Secure Boot, mettre l’USB en tête du boot
Écran noir après installation NVIDIAMauvaise image ou clé non inscriteRebaser vers bazzite-nvidia, inscrire la clé Secure Boot
Une mise à jour a cassé le systèmeRégression de pilote ou de noyaurpm-ostree rollback ou choisir l’ancienne image dans GRUB
Steam ne se lance pasSession graphique instableRedémarrer ; vérifier ujust update ; relancer en mode Bureau
Un jeu refuse de démarrerAnti-triche noyau ou version de ProtonVérifier ProtonDB, tester Proton Experimental ou GE
Decky Loader ne s’installe pasContexte SELinux ou droitsRelancer ujust setup-decky, puis redémarrer Steam
Pas de son sur une portableProfil audio non détectéMettre à jour, sélectionner la sortie dans les réglages son
Wi-Fi ou Bluetooth absentMicrologiciel manquantLancer ujust update ; vérifier la prise en charge du chipset
Mises à jour très lentesTrop de paquets superposésRetirer les surcouches inutiles (rpm-ostree uninstall)

Si un problème persiste, la documentation officielle et le forum Universal Blue restent les meilleures ressources. Pensez toujours à préciser le nom exact de votre image et la version affichée par rpm-ostree status : c’est la première question que l’on vous posera.

Astuces avancées pour aller plus loin

Une fois à l’aise, Bazzite ouvre des possibilités que peu de systèmes offrent aussi simplement :

  • Environnement de développement isolé. Créez un conteneur Distrobox Ubuntu ou Arch pour vos outils (Docker, compilateurs, VS Code) sans jamais toucher au système hôte. Idéal pour développer et jouer sur la même machine.
  • Applications Android. Waydroid est préinstallé : vous pouvez faire tourner des applis et jeux Android dans une fenêtre, directement sous Bazzite.
  • Streaming de jeu maison. Associez Sunshine (côté PC) et Moonlight (côté client) pour diffuser vos jeux vers une autre pièce ou une portable, en réseau local.
  • Arguments noyau personnalisés. Ajustez des paramètres de démarrage avec rpm-ostree kargs --editor pour des cas précis (passage de GPU, options d’alimentation).
  • Image sur mesure. Les plus aventureux peuvent construire leur propre variante Bazzite avec BlueBuild et l’héberger sur un registre : c’est tout l’intérêt d’un système bâti comme un conteneur.

Ces usages avancés confirment que Bazzite n’est pas qu’une « SteamOS pour tous » : c’est une base solide, sécurisée par conception et signée de bout en bout, pour qui veut un PC de jeu Linux durable. Cette approche de socle vérifié rejoint les principes de sécurité que nous appliquons à l’ensemble de nos guides, du serveur Minecraft sécurisé à la protection des postes de travail.

FAQ : vos questions sur l’installation de Bazzite

Bazzite est-il gratuit ?

Oui, entièrement. Bazzite est un projet open source, gratuit et communautaire, publié sous licences libres. Vous ne payez ni licence ni abonnement, et le code source est consultable sur GitHub.

Puis-je revenir à Windows après avoir installé Bazzite ?

Absolument. Une installation Bazzite qui a effacé le disque peut être remplacée en réinstallant Windows normalement. Vous pouvez aussi opter dès le départ pour un double démarrage en conservant une partition Windows, à condition de préparer l’espace disque avant l’étape 4.

Faut-il une connexion Internet pour installer Bazzite ?

Pour l’installation depuis la clé USB, non — l’ISO contient l’essentiel. En revanche, une connexion est nécessaire ensuite pour la première mise à jour (ujust update), pour télécharger vos jeux et les applications Flatpak. Prévoyez donc un accès réseau au premier démarrage.

Bazzite fonctionne-t-il sur ROG Ally, Legion Go ou MSI Claw ?

Oui. Ces consoles portables x86_64 sont prises en charge par l’image bazzite-deck, avec un mode Jeu à la manette proche de SteamOS. C’est justement l’un des grands atouts de Bazzite face à Windows sur ce type d’appareil.

Puis-je jouer aux jeux avec anti-triche (compétitifs) ?

Cela dépend du jeu. Les anti-triches EAC et BattlEye peuvent fonctionner sous Proton si l’éditeur les active, mais de nombreux titres compétitifs à anti-triche noyau restent bloqués sous Linux. Vérifiez toujours le statut de vos jeux sur ProtonDB avant de migrer.

Combien de RAM faut-il vraiment ?

Le minimum officiel est de 8 Go, mais 16 Go sont recommandés pour jouer confortablement, faire tourner plusieurs applications et profiter du bureau sans ralentissement. En dessous de 8 Go, l’expérience de jeu sera frustrante.

Bazzite est-il plus sûr qu’une distribution Linux classique ?

Par conception, oui. Le système de base est en lecture seule, signé et vérifié, ce qui limite les altérations. SELinux est actif et les images bénéficient de mécanismes de sécurité de la chaîne d’approvisionnement (attestations de build, analyses automatisées). Un logiciel malveillant a beaucoup plus de mal à s’installer durablement dans le cœur du système.

Puis-je installer des logiciels Windows autres que des jeux ?

Oui, via Wine ou l’application Bottles (disponible sur Flathub), qui crée des environnements Windows isolés pour vos programmes. Tous ne fonctionnent pas parfaitement, mais la compatibilité progresse chaque année.

Ressources et articles liés

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Sources officielles et techniques : bazzite.gg, documentation Bazzite, dépôt GitHub ublue-os/bazzite, projet Universal Blue, Flathub, rpm-ostree et GamingOnLinux. Données vérifiées en juillet 2026 (Bazzite 44 / Fedora 44).