Après la 3DS, la Switch et même la PS Vita, c’est au tour de la Nintendo DS et de la DSi de recevoir un émulateur moderne, activement développé et taillé pour le matériel de 2026. melonDS s’est imposé ces deux dernières années comme la référence pour rejouer aux classiques DS — de la trilogie Pokémon à The Legend of Zelda: Phantom Hourglass — sur PC, sur Linux et même sur Android, avec un rendu HD, un recompilateur JIT et une prise en charge complète de la DSi que son prédécesseur DeSmuME n’a jamais totalement égalée.

Ce guide détaille l’installation et la configuration de melonDS de A à Z : téléchargement sur Windows, macOS, Linux et Android, obtention légale du BIOS et du firmware, réglages des manettes et de l’affichage, activation du mode DSi, gestion des sauvegardes, et construction d’un kit portable complet. Douze étapes, une trentaine de minutes, et une console de 2004 qui tourne enfin comme elle le mérite.

Le contexte rend ce guide d’autant plus utile : Nintendo a déjà fermé les boutiques numériques DSi Shop et Nintendo eShop 3DS, et prévoit de mettre fin à la production physique de disques sur ses plateformes de salon d’ici 2028 selon les annonces couvertes dans notre dossier sur la fin des supports physiques. Pour une console comme la DS, sortie il y a plus de vingt ans, l’émulation légale à partir de son propre matériel devient progressivement le seul moyen fiable de continuer à jouer à des titres qui ne seront plus jamais reproposés à la vente sous une forme officielle.

Qu’est-ce que melonDS ?

melonDS est un émulateur open source de Nintendo DS et DSi, distribué sous licence GPL-3.0 et développé principalement par Arisotura (StapleButter) au sein du dépôt melonDS-emu/melonDS sur GitHub, qui totalise aujourd’hui environ 4 870 étoiles. Le projet vise, selon sa propre description, à « faire les choses bien et vite » : un rendu 3D fidèle au matériel original, un recompilateur JIT pour les processeurs ARM7 et ARM9 de la console, et une prise en charge plus poussée de la DSi que la plupart des alternatives.

La version stable actuelle est la 1.1, publiée le 18 novembre 2025, qui a succédé à la version 1.0 sortie le 8 juillet 2025 — elle-même l’aboutissement de plusieurs années de développement depuis les premières versions 0.9.x. melonDS est disponible officiellement sur Windows, Linux, macOS et BSD (via compilation), avec un port communautaire non officiel sur Android qui compte plusieurs millions d’installations. C’est ce projet, et sa keyword associée « melonds », que ce tutoriel couvre pas à pas.

Le nom du projet, à mi-chemin entre clin d’œil et private joke de développeur, ne doit rien cacher de sérieux : le dépôt GitHub reste actif au quotidien, avec une intégration continue qui compile et teste automatiquement chaque changement sur quatre systèmes d’exploitation différents (Windows, Ubuntu, macOS et BSD) à chaque mise à jour du code. C’est cette rigueur d’ingénierie, plus que la popularité du nom, qui explique pourquoi melonDS a fini par devenir la base de référence citée par la plupart des distributions rétrogaming (Batocera, EmuDeck) pour la prise en charge DS et DSi.

melonDS, DeSmuME et le core RetroArch : trois façons d’émuler la DS

Avant melonDS, l’émulation DS reposait presque exclusivement sur DeSmuME, un projet historique toujours maintenu aujourd’hui (dernier commit daté du 20 juillet 2026 selon son dépôt GitHub, qui affiche environ 3 595 étoiles) mais dont l’architecture, largement basée sur l’interprétation plutôt que sur la recompilation à la volée, reste plus gourmande en ressources et moins précise sur la 3D et le mode DSi. DeSmuME conserve un rôle important dans la communauté du speedrun et du Tool-Assisted Speedrun (TAS), grâce à ses outils de débogage et de replay, mais n’est plus le choix par défaut pour simplement rejouer à ses jeux.

melonDS existe aussi sous forme de core pour RetroArch, le frontend libretro déjà couvert dans notre guide de configuration RetroArch. Cette version s’intègre facilement dans une bibliothèque unifiée aux côtés d’autres systèmes, mais elle reste en retrait par rapport à la version autonome : la prise en charge de la DSi y est plus limitée, la configuration des chemins BIOS est moins souple, et les mises à jour arrivent avec un décalage par rapport au dépôt principal. Le tableau ci-dessous résume les différences.

CritèremelonDS (autonome)DeSmuMEmelonDS (core RetroArch)
LicenceGPL-3.0GPL-2.0GPL-3.0 (via libretro)
Étoiles GitHub≈ 4 870≈ 3 595Intégré à RetroArch
RenduJIT + OpenGLInterprété, rendu logiciel principalementDépend du frontend
Support DSiComplet (BIOS, firmware, NAND)LimitéPartiel
DéveloppementActif (v1.1, nov. 2025)Maintenu ponctuellementSuit le dépôt principal avec retard
Cas d’usage idéalJouer normalement, meilleure compatibilitéTAS, débogage, rechercheBibliothèque multi-systèmes unifiée

Pour l’immense majorité des joueurs qui veulent simplement relancer leur ludothèque DS et DSi avec un bon rendu et une bonne compatibilité, melonDS en version autonome reste le choix le plus cohérent en 2026 — c’est celui que ce guide installe et configure.

Prérequis avant de commencer

melonDS ne demande pas une machine puissante : l’émulation DS est légère par nature, et l’essentiel de la configuration matérielle moderne — même une machine bureautique récente — suffit largement. Ce qui compte davantage, c’est de réunir les bons fichiers et les bons canaux de distribution selon votre système. Voici ce qu’il vous faut avant de démarrer.

PlateformeStatutMéthode d’installationSource officielle
WindowsOfficielArchive portable (.zip)GitHub Releases
LinuxOfficielFlatpak (net.kuribo64.melonDS) ou AURFlathub / Arch User Repository
macOSOfficielArchive .zip (build universel)GitHub Releases
BSDOfficiel (testé en CI)Compilation depuis les sourcesGitHub (BUILD.md)
AndroidPort communautaire non officielAPKGoogle Play (me.magnum.melonds)

Vous aurez également besoin, dans tous les cas, d’un dump BIOS et firmware légal extrait de votre propre console (détaillé à l’étape 4), d’une ou plusieurs ROMs issues de vos propres cartouches, et d’une manette ou d’un clavier pour les contrôles. Comptez environ 30 minutes pour l’ensemble des douze étapes, dump du BIOS compris si vous partez de zéro.

Étape 1 : Télécharger melonDS pour Windows et macOS

Rendez-vous sur la page officielle des releases GitHub de melonDS et téléchargez l’archive correspondant à votre système : un .zip pour Windows (build 64 bits), ou l’archive macOS adaptée à votre puce (Intel ou Apple Silicon). melonDS fonctionne en mode portable : il n’y a pas d’installateur classique à exécuter, il suffit d’extraire l’archive dans un dossier de votre choix — un point important puisque ce même dossier accueillera vos fichiers BIOS et, plus tard, votre kit portable complet (étape 12).

Sur macOS, si le système bloque l’ouverture de l’application en indiquant qu’elle provient d’un développeur non identifié, passez par Préférences Système > Confidentialité et sécurité et autorisez son exécution — un comportement standard pour les applications open source non notariées par Apple, pas un signe de problème avec le binaire lui-même. Vous pouvez également vérifier que l’archive provient bien du dépôt officiel en comparant son origine à l’URL github.com/melonDS-emu/melonDS avant de l’exécuter.

Étape 2 : Installer melonDS sur Linux (Flatpak et AUR)

Sur Linux, la méthode la plus simple et la plus largement supportée passe par Flatpak, via le paquet officiel net.kuribo64.melonDS référencé sur Flathub — le nom de domaine du paquet correspond directement à celui du site officiel du projet, ce qui garantit son authenticité.

flatpak remote-add --if-not-exists flathub https://flathub.org/repo/flathub.flatpakrepo
flatpak install flathub net.kuribo64.melonDS
flatpak run net.kuribo64.melonDS

Sur Arch Linux et ses dérivées (Manjaro, EndeavourOS…), melonDS est également disponible via l’AUR, sous trois formes : melonds (dernière version stable), melonds-git (compilation depuis la branche de développement) et melonds-bin (binaire précompilé). Avec un assistant AUR comme yay :

yay -S melonds
# ou en compilant manuellement depuis les sources AUR :
git clone https://aur.archlinux.org/melonds-git.git
cd melonds-git
makepkg -si

Piège fréquent avec Flatpak : par défaut, le bac à sable Flatpak ne donne pas accès à l’ensemble de votre disque — melonDS ne verra donc ni vos ROMs ni vos fichiers BIOS s’ils se trouvent en dehors de ~/Documents, ~/Téléchargements ou ~/Public. Pour autoriser l’accès à un dossier spécifique, utilisez une commande override :

flatpak override --user net.kuribo64.melonDS --filesystem=/home/utilisateur/Jeux/NDS

Remplacez le chemin par celui de votre propre dossier de jeux. Sans cette étape, melonDS affichera un sélecteur de fichiers vide ou une erreur d’accès refusé au moment de charger le BIOS ou une ROM — un problème que beaucoup d’utilisateurs confondent à tort avec un bug de l’émulateur lui-même.

Étape 3 : Installer melonDS sur Android

Sur Android, melonDS n’a pas de port officiel maintenu par l’équipe principale du projet, mais un port communautaire développé par Rafael V. Caetano, publié sous le nom de package me.magnum.melonds, est disponible sur le Google Play Store depuis 2021 et revendique plus de 2,6 millions de téléchargements selon les données d’AppBrain. Ce port nécessite Android 7.0 ou une version plus récente.

Vérifiez bien le nom du développeur et le nombre d’installations avant de télécharger une application se présentant comme « melonDS » : les boutiques d’applications tierces regorgent de clones publicitaires ou de faux ports réutilisant le nom d’émulateurs populaires. Le port officieux mais reconnu par la communauté reste celui de Rafael V. Caetano ; en cas de doute, repartez du lien direct ci-dessus plutôt que d’une recherche dans le Play Store.

Étape 4 : Obtenir légalement le BIOS et le firmware DS

Contrairement à des émulateurs comme PPSSPP, qui peut fonctionner sans BIOS grâce à une réimplémentation en haut niveau (HLE) du matériel PSP, melonDS exige un dump BIOS et firmware authentique extrait d’une véritable console DS, DS Lite, DSi ou 3DS pour démarrer correctement — c’est l’un des points de configuration les plus mal compris par les nouveaux venus. La documentation officielle du projet est claire sur ce point : aucune alternative BIOS n’est fournie ni prévue à court terme.

Le tableau suivant liste les fichiers nécessaires selon le mode d’émulation visé, avec leurs tailles exactes telles que documentées sur la FAQ officielle de melonDS :

FichierModeTailleRôle
BIOS ARM9DS4 KoAmorçage du processeur ARM9
BIOS ARM7DS16 KoAmorçage du processeur ARM7
Firmware DSDS128 / 256 / 512 Ko selon l’origineConfiguration système et menu DS
BIOS ARM9 DSiDSi64 KoAmorçage étendu DSi (ARM9)
BIOS ARM7 DSiDSi64 KoAmorçage étendu DSi (ARM7)
Firmware DSiDSi128 KoConfiguration système DSi
NAND DSiDSi≈ 240 MoImage complète de la mémoire interne (menu, eShop, données)

La règle légale à retenir est simple et identique à celle qui s’applique à tous les émulateurs de consoles Nintendo couverts par ce site (Azahar pour la 3DS, Dolphin pour la GameCube et la Wii) : dumper le BIOS et le firmware de sa propre console, pour un usage strictement personnel, est généralement toléré au titre de l’interopérabilité ; télécharger ces mêmes fichiers depuis un site tiers ne l’est pas, quelle que soit la console d’origine. Des outils communautaires bien documentés (recherchez « DS BIOS dump » ou « DSi NAND dump » associés au nom de votre flashcard ou de votre méthode de hack) permettent d’extraire ces fichiers depuis une DS, une DS Lite ou une DSi que vous possédez physiquement.

Une fois les fichiers en main, vérifiez systématiquement leur taille avant de les charger dans melonDS — un dump tronqué ou corrompu est la cause numéro un des écrans noirs au démarrage :

ls -la bios9.bin bios7.bin firmware.bin
# Résultat attendu :
# -rw-r--r-- 1 utilisateur utilisateur   4096 bios9.bin
# -rw-r--r-- 1 utilisateur utilisateur  16384 bios7.bin
# -rw-r--r-- 1 utilisateur utilisateur 262144 firmware.bin

sha1sum bios9.bin bios7.bin firmware.bin

Si la taille affichée ne correspond pas au tableau ci-dessus (4 096 octets pour le BIOS ARM9, 16 384 pour l’ARM7, 262 144 pour un firmware DS standard de 256 Ko), le dump est probablement incomplet et melonDS refusera de démarrer correctement.

Étape 5 : Configurer les chemins BIOS et firmware dans melonDS

Une fois melonDS lancé, ouvrez le menu Config > Emu settings (ou Réglages de l’émulateur selon la langue de l’interface). Dans l’onglet consacré aux chemins système, vous trouverez un sélecteur de fichier distinct pour chacun des éléments suivants : BIOS ARM9, BIOS ARM7, firmware DS, puis leurs équivalents DSi (BIOS ARM9 DSi, BIOS ARM7 DSi, firmware DSi) et enfin l’image NAND DSi. Pointez chaque champ vers le fichier correspondant que vous avez dumpé à l’étape précédente.

melonDS ne réclame pas de noms de fichiers ni d’arborescence de dossier imposés : contrairement à certains cœurs libretro qui exigent un nom exact dans un dossier système, l’interface autonome fonctionne par sélection manuelle de chaque fichier, où qu’il se trouve sur le disque. Cela facilite l’organisation, mais impose de la rigueur : un mélange entre un BIOS DS et un BIOS DSi dans les mauvais champs est l’une des erreurs de configuration les plus courantes (détaillée dans la section pièges ci-dessous).

Pensez à cocher l’option de démarrage direct (Direct Boot) si vous souhaitez que vos jeux se lancent immédiatement sans passer par le menu système DS — pratique pour un usage quotidien, bien que le démarrage complet via le firmware reste recommandé si vous voulez retrouver l’expérience exacte du menu DS d’origine, réglages de langue et de profil compris.

Étape 6 : Paramétrer les manettes, le clavier et les raccourcis

Direction Config > Input and hotkeys. L’onglet « DS keypad » affiche un schéma de la console avec chaque bouton (croix directionnelle, A/B/X/Y, L/R, Start/Select) associable à une touche clavier ou un bouton de manette. Cliquez sur chaque entrée puis appuyez sur la touche ou le bouton voulu pour l’assigner ; la plupart des manettes modernes (Xbox, DualSense, manettes génériques compatibles XInput ou DirectInput) sont reconnues nativement sans pilote additionnel.

Un onglet séparé gère les raccourcis (hotkeys) : sauvegarde et chargement rapide d’un état de jeu, avance rapide, capture d’écran, ou bascule d’affichage. Ces raccourcis fonctionnent indépendamment du mapping manette et restent accessibles au clavier même quand vous jouez à la manette — utile pour créer un save state en urgence sans lâcher le pad.

N’oubliez pas non plus le microphone virtuel ou physique, requis par certains jeux (la série WarioWare, les épreuves de sifflement dans Pokémon Noir/Blanc) : melonDS peut utiliser le micro physique de votre machine ou simuler un bruit blanc générique, configurable dans le même panneau de réglages.

Étape 7 : Régler l’affichage, l’OpenGL et la disposition des écrans

La DS possède deux écrans superposés, et melonDS reproduit cette disposition par défaut. Le menu View > Screen layout (Affichage > Disposition des écrans) permet de basculer entre plusieurs configurations : vertical (fidèle à la console), horizontal côte à côte, écran unique agrandi, ou disposition « hybride » qui privilégie l’écran du bas — pratique sur un moniteur large où l’empilement vertical laisse beaucoup d’espace inutilisé de chaque côté.

Dans Config > Emu settings > Video settings, activez le rendu OpenGL plutôt que le rendu logiciel par défaut pour bénéficier d’une mise à l’échelle HD des éléments 3D et de meilleures performances sur des machines modernes. Le développement du rendu OpenGL de melonDS reste un chantier actif signalé comme tel dans la feuille de route officielle du projet : la plupart des jeux s’affichent parfaitement, mais quelques effets 3D spécifiques peuvent occasionnellement différer légèrement du rendu logiciel de référence.

Activez également le recompilateur JIT (Config > Emu settings > onglet CPU), qui traduit à la volée le code des processeurs ARM7/ARM9 plutôt que de l’interpréter instruction par instruction : c’est ce composant, plus que le rendu graphique, qui explique l’essentiel du gain de performance de melonDS par rapport à DeSmuME sur du matériel équivalent.

Étape 8 : Charger et lancer votre première ROM

Dans le menu File > Open ROM (Fichier > Ouvrir une ROM), sélectionnez le fichier .nds ou .dsi issu de votre propre cartouche. melonDS accepte également de lancer une ROM directement en argument de ligne de commande, ce qui est utile si vous intégrez l’émulateur à un frontend de bibliothèque de jeux (Playnite, LaunchBox) ou à un script de lancement personnalisé :

./melonDS ~/Jeux/NDS/MonJeu.nds

Sous Windows, remplacez simplement ./melonDS par melonDS.exe dans un raccourci ou un script batch. Si tout est correctement configuré, le jeu doit démarrer directement sur l’écran-titre (en mode Direct Boot) ou sur le menu système DS, selon l’option choisie à l’étape 5.

Étape 9 : Activer le mode DSi et configurer le dump NAND

Pour émuler un jeu ou une application exclusive à la DSi (certains titres eShop, ou des jeux DS qui détectent et exploitent le matériel DSi), basculez melonDS en mode console DSi via le menu Config. Ce mode nécessite les quatre fichiers DSi listés à l’étape 4, ainsi que le dump NAND complet d’environ 240 Mo — de très loin le fichier le plus volumineux de toute la configuration, puisqu’il contient l’intégralité de la mémoire interne de la console : menu système, réglages, et le cas échéant les données de jeux DSiWare installés.

Un dump NAND doit impérativement provenir de votre propre console DSi : contrairement au BIOS DS, qui est identique d’une console à l’autre, chaque NAND DSi contient un identifiant et des clés de chiffrement propres à l’unité dont il a été extrait. Utiliser le NAND d’une autre console (partagé en ligne, par exemple) provoque systématiquement un échec de démarrage ou un comportement instable — c’est une des limites structurelles de l’émulation DSi, pas un bug de melonDS.

Étape 10 : Gérer les sauvegardes, save states et la carte SD virtuelle

melonDS distingue deux systèmes de sauvegarde bien différents. Les sauvegardes de jeu (save files) reproduisent la mémoire de sauvegarde intégrée à chaque cartouche DS et se comportent comme sur console d’origine : elles persistent tant que le fichier .sav associé à la ROM n’est pas supprimé. Les save states, propres à l’émulation, capturent l’état exact de la machine virtuelle à un instant T et permettent de reprendre une partie au pixel près, y compris en plein milieu d’un combat ou d’une cinématique — accessibles via les raccourcis configurés à l’étape 6.

En mode DSi, une troisième couche entre en jeu : la carte SD virtuelle, que melonDS peut soit émuler en interne, soit faire correspondre à un dossier réel de votre disque dur (pratique pour transférer des captures d’écran ou des fichiers DSiWare sans recréer un NAND complet). Cette option se configure dans le même panneau que les chemins BIOS, à l’étape 5.

Sauvegardez régulièrement une copie de votre dossier de sauvegardes et de votre NAND DSi en dehors du dossier melonDS lui-même : une réinstallation, une mise à jour mal gérée ou un disque qui lâche peuvent sinon effacer des dizaines d’heures de progression sans possibilité de récupération, la carte mémoire d’une DS n’étant pas centralisée dans le cloud comme peut l’être une sauvegarde Switch ou PS5.

Étape 11 : Activer le multijoueur local et le Wi-Fi expérimental

melonDS prend en charge le multijoueur local entre plusieurs instances de l’émulateur (utile pour les échanges Pokémon ou les modes multijoueurs nécessitant plusieurs cartouches), ainsi qu’une passerelle Wi-Fi virtuelle baptisée melonAP, qui simule un point d’accès pour permettre à une DS émulée de dialoguer avec d’autres appareils, réels ou émulés, sur le même réseau. Deux modes de redirection existent : un mode direct, qui nécessite la bibliothèque libpcap et une interface Ethernet, et un mode indirect, plus simple à mettre en place mais plus limité.

Il faut toutefois rester réaliste sur la maturité de cette fonctionnalité : la documentation officielle du projet la qualifie elle-même d’instable, notamment à cause des contraintes de synchronisation temporelle très strictes de la puce Wi-Fi originale, et le jeu en ligne via Internet (netplay) figure toujours parmi les chantiers non aboutis de la feuille de route du projet. Pour un usage fiable, privilégiez le multijoueur local en LAN plutôt que des tentatives de connexion à distance.

Étape 12 : Construire un kit melonDS portable (le projet complet)

Pour finir, assemblons tout ce qui précède en un kit portable unique, transportable sur une clé USB ou synchronisable entre plusieurs machines. melonDS fonctionnant déjà sans installateur, il suffit d’organiser un dossier cohérent autour de l’exécutable :

mkdir -p ~/melonDS-portable/{bios,roms,saves,states}
# Arborescence finale attendue :
# melonDS-portable/
# ├── melonDS (ou melonDS.exe)
# ├── melonDS.ini
# ├── bios/       → bios9.bin, bios7.bin, firmware.bin + fichiers DSi + nand.bin
# ├── roms/       → vos fichiers .nds et .dsi
# ├── saves/      → fichiers .sav générés automatiquement
# └── states/     → save states (.mln ou équivalent selon la version)

Placez l’exécutable melonDS extrait à l’étape 1 directement à la racine de ce dossier : lancé depuis cet emplacement, melonDS fonctionne en mode portable et stocke sa configuration dans un fichier melonDS.ini local plutôt que dans le profil utilisateur du système — ce qui signifie que l’ensemble du dossier, BIOS compris, peut être copié tel quel sur une autre machine sans perdre ni vos réglages, ni vos sauvegardes, ni vos parties en cours.

Une fois les chemins BIOS repointés vers le sous-dossier bios/ (étape 5), une manette configurée (étape 6), l’OpenGL et le JIT activés (étape 7) et une première ROM validée (étape 8), vous disposez d’un projet melonDS entièrement fonctionnel et autonome : double-cliquez sur l’exécutable depuis n’importe quel support, et l’ensemble de votre configuration — BIOS, jeux, sauvegardes et save states — vous suit sans étape supplémentaire.

Optimiser les performances : astuces avancées

  • Rendu threadé : lorsqu’elle est disponible dans les réglages vidéo, l’option de rendu sur un fil d’exécution séparé réduit les micro-saccades sur les machines multicœurs, au prix d’un tout petit surcroît de latence d’entrée.
  • Mise à l’échelle du rendu interne : le rendu OpenGL de melonDS permet de multiplier la résolution native de la DS plusieurs fois au-delà de sa définition d’origine, ce qui améliore nettement la lisibilité des éléments 3D sur un grand écran — les éléments 2D (sprites, texte) restent nets par nature quelle que soit l’échelle choisie.
  • Codes de triche : melonDS prend en charge l’ajout de codes au format Action Replay via son gestionnaire de triches intégré, pratique pour les runs de complétion ou les tests de speedrun sans altérer la ROM d’origine.
  • Profils de manette par jeu : si plusieurs jeux exigent des dispositions de boutons différentes (jeux tactiles comme Style Savvy contre jeux classiques à croix directionnelle), enregistrez des profils d’entrée distincts plutôt que de reconfigurer les touches à chaque lancement.
  • Intégration à un frontend : pour gérer une grande ludothèque DS aux côtés d’autres systèmes, combinez melonDS avec un gestionnaire de bibliothèque comme Playnite ou intégrez-le à une distribution rétrogaming complète telle que Batocera, qui embarque son propre profil melonDS préconfiguré.
  • Réglage du tampon audio : en cas de crépitements ou de décalage entre le son et l’image, réduire la taille du tampon audio dans les réglages avancés limite la latence, au prix d’un risque légèrement accru de coupures sur les machines les plus anciennes.
  • Organisation d’une grande collection de ROMs : classez vos fichiers .nds et .dsi par sous-dossiers (par exemple un dossier par lettre ou par série) plutôt qu’en vrac : le sélecteur de fichiers de melonDS reste une simple boîte de dialogue système, sans bibliothèque intégrée ni vignettes, ce qui devient vite pénible au-delà de quelques dizaines de jeux sans organisation.

Les erreurs les plus courantes à éviter

  • Confondre BIOS DS et BIOS DSi : ce sont quatre fichiers totalement distincts, de tailles différentes (4/16 Ko contre 64/64 Ko). Les inverser dans les champs de configuration provoque un échec de démarrage silencieux, sans message d’erreur explicite.
  • Utiliser un firmware.bin dumpé depuis une DSi ou une 3DS pour un démarrage complet : ces firmwares « réduits » (128 Ko) ne contiennent pas de code d’amorçage et ne sont utilisables qu’en mode Direct Boot, jamais pour un démarrage complet via le menu système DS.
  • Charger un NAND DSi partagé ou téléchargé : chaque NAND est lié de façon cryptographique à une console physique précise ; un NAND qui n’est pas le vôtre ne démarrera pas correctement, quelle que soit sa taille apparente.
  • Oublier la permission Flatpak sur les dossiers externes : une installation Flatpak fraîchement posée ne voit, par défaut, aucun dossier situé hors de ~/Documents ou ~/Téléchargements — un flatpak override est nécessaire pour toute autre arborescence (voir étape 2).
  • Négliger le rendu OpenGL puis juger l’émulateur « lent » : le rendu logiciel par défaut est fonctionnel mais nettement moins performant que le mode OpenGL ; beaucoup d’avis négatifs en ligne proviennent d’utilisateurs n’ayant jamais activé ce réglage.
  • Télécharger un port Android tiers non identifié : vérifiez systématiquement le nom du développeur (Rafael V. Caetano, package me.magnum.melonds) avant d’installer quoi que ce soit se présentant comme « melonDS » sur une boutique d’applications.
  • Attendre du multijoueur en ligne un fonctionnement stable : la fonctionnalité Wi-Fi/melonAP est explicitement documentée comme expérimentale par le projet lui-même ; ce n’est pas (encore) un remplacement fiable du Nintendo Wi-Fi Connection d’origine.

Dépannage : problèmes fréquents et solutions

ProblèmeCause probableSolution
Écran noir au démarrageChemin BIOS/firmware incorrect ou fichier corrompuRevérifier les tailles de fichiers (étape 4) et les chemins configurés (étape 5)
La ROM ne se lance pasExtension de fichier incorrecte ou ROM tronquéeConfirmer l’extension .nds/.dsi et retélécharger le dump depuis votre cartouche
Boucle de redémarrage au menu systèmeFirmware incompatible avec le mode choisi (DS vs DSi)Vérifier que le firmware correspond bien au mode d’émulation actif
Aucun sonPilote audio ou périphérique de sortie mal détectéChanger le périphérique de sortie audio dans les réglages système de l’OS puis redémarrer melonDS
Ralentissements perceptiblesJIT désactivé ou rendu logiciel utiliséActiver le JIT (Config > CPU) et le rendu OpenGL (Config > Video)
Les sauvegardes ne persistent pasDossier de sauvegarde sans droits d’écriture, ou Flatpak sans accès au dossierVérifier les permissions du dossier ou appliquer un flatpak override
La DSi ne démarre pas / NAND jugé invalideDump NAND incomplet, corrompu, ou provenant d’une autre consoleRedumper le NAND depuis votre propre console DSi avec un outil à jour
Manette non reconnueMapping non configuré ou pilote manquantReconfigurer entièrement dans Config > Input and hotkeys
Écran tactile imprécis à la sourisZone de clic non calibrée pour l’écran du basAjuster la disposition des écrans (étape 7) ou utiliser un écran tactile/une tablette graphique
Le multijoueur local se déconnecteFonctionnalité Wi-Fi (melonAP) encore instable selon la documentation officiellePrivilégier une connexion LAN directe et limiter ses attentes sur la stabilité

À ce jour, Nintendo n’a engagé aucune action en justice connue contre le projet melonDS, contrairement à l’approche beaucoup plus offensive adoptée envers l’émulation Switch (les poursuites qui ont conduit à la fermeture de Yuzu, réglée pour 2,4 millions de dollars, en sont l’exemple le plus marquant). L’émulation DS bénéficie globalement d’une tolérance de fait plus large, y compris de la part de Nintendo elle-même, tant que le logiciel ne s’accompagne pas de BIOS ou de ROMs piratés directement dans sa distribution.

Cette tolérance ne change rien au principe de base, identique partout en France et dans l’Union européenne : dumper le BIOS, le firmware ou le NAND d’une console que vous possédez physiquement, pour un usage strictement personnel, relève de l’interopérabilité et n’est généralement pas poursuivi ; télécharger ces mêmes fichiers, ou des ROMs de jeux, depuis un site tiers constitue en revanche une contrefaçon, y compris pour des jeux anciens ou qui ne sont plus commercialisés. melonDS lui-même, en tant que logiciel sous licence GPL-3.0, ne pose aucun problème légal : c’est l’origine des fichiers BIOS et des ROMs qui détermine la légalité de l’usage, pas l’émulateur.

Pour resituer l’ampleur du marché concerné : selon le bilan annuel du SELL publié en avril 2026, le marché français du jeu vidéo a atteint 5,856 milliards d’euros en 2025 (+2,9 % sur un an), porté notamment par le segment console. La rétrocompatibilité et l’émulation légale de ses propres jeux s’inscrivent dans cette dynamique plus large de préservation d’un catalogue vidéoludique que les plateformes de vente numérique abandonnent progressivement.

Questions fréquentes

Oui, le logiciel melonDS lui-même est un projet open source sous licence GPL-3.0, légal dans tous les cas. Ce qui peut poser problème légalement, ce sont les fichiers BIOS, firmware ou ROMs utilisés avec : ils doivent provenir d’une console et de cartouches que vous possédez réellement.

Ai-je besoin d’une vraie Nintendo DS pour utiliser melonDS ?

Oui, dans les faits : melonDS exige un dump BIOS et firmware authentique, et le mode DSi nécessite en plus une image NAND complète. Ces fichiers ne peuvent légalement provenir que d’une console DS, DS Lite ou DSi que vous possédez.

melonDS fonctionne-t-il sans BIOS ?

Non. Contrairement à des émulateurs comme PPSSPP, melonDS ne propose pas d’implémentation haut niveau (HLE) de remplacement : le projet documente explicitement l’absence de BIOS ou firmware alternatif à ce jour.

Quelle est la différence entre le firmware DS et le firmware DSi ?

Le firmware DS standard pèse 256 Ko (512 Ko pour la variante iQue chinoise) et contient un code d’amorçage complet. Le firmware réduit à 128 Ko, dumpé depuis une DSi ou une 3DS, ne contient que des données de configuration et n’est utilisable qu’en démarrage direct, jamais pour un démarrage complet via le menu système.

melonDS est-il disponible sur Steam Deck ?

Il n’existe pas de version officielle packagée spécifiquement pour le Steam Deck, mais l’appareil tournant sous une distribution Linux (SteamOS), l’installation via Flatpak décrite à l’étape 2 fonctionne directement en mode Bureau. Des distributions rétrogaming comme EmuDeck ou Batocera intègrent également melonDS préconfiguré dans leur sélection d’émulateurs.

Peut-on jouer en ligne avec melonDS ?

De façon limitée. melonDS propose un multijoueur local entre plusieurs instances et une passerelle Wi-Fi virtuelle (melonAP), mais ces fonctionnalités restent documentées comme expérimentales par le projet lui-même. Le netplay via Internet figure toujours parmi les chantiers non terminés de la feuille de route officielle.

melonDS ou DeSmuME : lequel choisir en 2026 ?

Pour jouer normalement, melonDS constitue le meilleur choix par défaut grâce à son recompilateur JIT, son rendu OpenGL et sa meilleure prise en charge de la DSi. DeSmuME conserve un intérêt réel pour le TAS et le débogage grâce à ses outils spécialisés, mais n’est plus la référence pour une utilisation courante.

Comment mettre à jour melonDS ?

Sur Windows et macOS, il suffit de retélécharger la dernière archive depuis les releases GitHub et de remplacer l’exécutable — votre fichier melonDS.ini et vos BIOS restent intacts si vous conservez le même dossier. Sur Linux, une simple mise à jour Flatpak (flatpak update) ou AUR suffit.

melonDS fonctionne-t-il sur un ordinateur portable ancien ?

Dans la plupart des cas, oui. L’émulation DS reste légère comparée à des consoles plus récentes comme la PS3 ou la Wii U : le rendu logiciel par défaut suffit souvent sur une machine modeste, et le recompilateur JIT allège encore la charge sur le processeur. Les ralentissements proviennent presque toujours d’un réglage non activé (JIT ou OpenGL) plutôt que d’un manque réel de puissance.

Contenus liés