Depuis l’arrêt définitif de NVIDIA GameStream en mars 2023, streamer ses propres jeux PC vers un Steam Deck, un smartphone ou une télévision du salon n’a plus qu’une seule vraie solution open source et gratuite : le duo Sunshine et Moonlight. Sunshine transforme n’importe quel PC de jeu, Nvidia, AMD ou Intel, en serveur de moonlight streaming personnel. Moonlight s’installe sur l’appareil client et affiche l’image en quelques millisecondes. Ce tutoriel détaille les 12 étapes pour installer, coupler et sécuriser cette configuration en environ 30 minutes, du choix de l’encodeur matériel jusqu’à l’accès à distance chiffré via Tailscale.
Ce guide couvre l’installation côté hôte sur Windows, Linux et macOS, le couplage du client Moonlight sur n’importe quel appareil du foyer, le réglage fin de la qualité d’image, ainsi qu’un déploiement Docker pour un boîtier dédié tournant en continu. Chaque étape inclut les commandes exactes à copier-coller, les pièges les plus fréquents relevés par la communauté, et une section dépannage complète pour les cas où la connexion ne s’établit pas du premier coup.
Qu’est-ce que Sunshine et Moonlight ?
Moonlight est le client qui a repris le flambeau du protocole GameStream de NVIDIA après sa disparition. Le projet, hébergé sur GitHub, revendique 18 177 étoiles et 1 211 forks sous licence GPL-3.0, avec une version stable v6.1.0 publiée le 17 septembre 2024. Il tourne sur Windows, macOS, Linux, Android, iOS, Apple TV, Steam Deck, Raspberry Pi et même sur des ports communautaires pour Xbox et Nintendo Switch.
Sunshine, développé par LizardByte, est le serveur qui tourne sur le PC de jeu. Il totalise 39 948 étoiles et 2 005 forks, toujours sous licence GPL-3.0, avec une version stable v2026.516.143833 publiée le 16 mai 2026. Contrairement à GameStream qui exigeait une carte Nvidia, Sunshine encode le flux vidéo aussi bien avec NVENC (Nvidia) qu’avec AMF (AMD) ou Quick Sync Video (Intel), ce qui rend le moonlight streaming accessible à n’importe quelle configuration récente.
La documentation officielle du projet Moonlight rappelle un point de vigilance essentiel lors du premier couplage à distance : le client ne doit pas être connecté au même réseau que le PC hôte au moment de tester une connexion strictement distante, sous peine d’échec de la détection automatique.
Un peu d’histoire : la fin de GameStream et la naissance de Sunshine
Avant 2023, la référence pour streamer un PC équipé d’une carte Nvidia s’appelait GameStream, un protocole propriétaire intégré à GeForce Experience. NVIDIA l’a définitivement désactivé le 29 mars 2023 via une mise à jour obligatoire du Shield TV, sans successeur officiel. GeForce Experience lui-même est en cours de remplacement par la NVIDIA App, qui n’a jamais réintégré cette fonction. De nombreux tutoriels encore en ligne aujourd’hui continuent pourtant de renvoyer vers GeForce Experience pour configurer le streaming : cette méthode ne fonctionne plus depuis plus de trois ans et doit être considérée comme obsolète.
Le projet Moonlight, lui, avait été conçu dès le départ comme un client indépendant reproduisant ce protocole. Sa communauté a comblé le vide laissé par NVIDIA en développant Sunshine, un serveur totalement réécrit qui ne dépend plus d’aucune brique propriétaire et fonctionne sur les trois grands fabricants de GPU. C’est cette indépendance vis-à-vis du matériel qui explique la popularité actuelle de la combinaison, loin devant les quelques alternatives commerciales du secteur.
Pourquoi streamer ses propres jeux plutôt que payer un abonnement cloud
GeForce Now, Xbox Cloud Gaming et Shadow PC louent de la puissance de calcul à distance, avec un catalogue limité ou un abonnement mensuel obligatoire. Sunshine et Moonlight fonctionnent à l’inverse : vous diffusez les jeux que vous possédez déjà, achetés sur Steam, Epic Games Store, GOG ou inclus dans le Xbox PC Game Pass, depuis votre propre matériel. Aucun abonnement, aucune limite de session, aucune dépendance à la disponibilité d’un centre de données. Notre comparatif GeForce Now contre Xbox Cloud Gaming et notre test Shadow PC face à GeForce Now détaillent les tarifs de ces alternatives payantes si le hardware local n’est pas une option.
L’inconvénient inverse existe aussi et mérite d’être posé clairement avant de se lancer : le PC hôte doit rester allumé et accessible pendant toute la session, ce qui a un coût électrique et suppose de laisser une machine sous tension même en son absence. Le calcul reste presque toujours favorable pour qui possède déjà une configuration de jeu correcte, mais un foyer sans aucun PC dédié trouvera davantage d’intérêt dans un abonnement cloud clé en main.
Le marché français du jeu vidéo a atteint 5,856 milliards d’euros en 2025 (+2,9 % sur un an) selon le bilan annuel du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), avec plus de 39 millions de joueurs et un âge moyen de 38 ans. La console reste le premier support avec 44 % du marché, portée par la Switch 2, devant le PC à 26 % (1,512 milliard d’euros). Un parc PC aussi large explique l’intérêt croissant pour le moonlight streaming maison, qui permet de rentabiliser une configuration déjà achetée plutôt que de payer un second abonnement de cloud gaming.
Prérequis avant de commencer
Avant de lancer l’installation, vérifiez que votre PC hôte et votre réseau domestique répondent aux exigences minimales. Le tableau ci-dessous résume la configuration recommandée pour un flux fluide en 1080p comme en 4K.
| Élément | Minimum | Recommandé |
|---|---|---|
| GPU hôte | Intel HD Graphics 730+ / AMD VCE 3.4+ | Nvidia Pascal ou plus récent (NVENC) |
| Système hôte | Windows 10 / distribution Linux récente | Windows 11 ou Linux avec pilotes GPU à jour |
| Réseau local | Wi-Fi 5 GHz, 802.11ac | Câble Ethernet CAT5e ou supérieur |
| Sunshine | Dernière version stable | v2026.516.143833 (16 mai 2026) |
| Moonlight | Dernière version stable | v6.1.0 (17 septembre 2024) |
| Appareil client | Smartphone Android/iOS récent | Steam Deck, Apple TV, PC ou Raspberry Pi 4 |
Côté audio et manette, Moonlight prend en charge le son surround 7.1 et jusqu’à 16 manettes simultanées avec retour de force. Pour la 4K HDR à 120 images par seconde, un GPU récent et un câble Ethernet restent fortement conseillés : le Wi-Fi 2,4 GHz sature rapidement au-delà du 1080p60.
Étape 1 : Vérifier la compatibilité de votre matériel
Identifiez d’abord le fabricant de votre GPU hôte, car il détermine l’encodeur matériel disponible : NVENC pour Nvidia, AMF pour AMD sous Windows, VAAPI pour AMD et Intel sous Linux et FreeBSD, Quick Sync Video pour Intel sous Windows, et VideoToolbox pour macOS. Si vous visez le codec AV1, le GPU doit être une Nvidia RTX série 40 ou plus récente, un Intel Arc, ou une AMD RX série 7000 ou plus récente : sans cette compatibilité, Sunshine repliera automatiquement le flux sur H.264 ou HEVC.
Sous Windows, ouvrez le Gestionnaire de périphériques pour confirmer le modèle exact de votre carte graphique et la version du pilote installé. Sous Linux, la commande lspci | grep VGA affiche le GPU détecté par le noyau, utile avant d’installer les paquets Mesa ou les pilotes propriétaires nécessaires à VAAPI.
Cette vérification préalable évite l’erreur la plus commune du premier lancement : un encodeur matériel absent ou mal détecté force Sunshine à basculer sur l’encodage logiciel, qui sollicite le processeur plutôt que le GPU et peut faire grimper la latence de façon notable sur un CPU d’entrée de gamme. Mieux vaut confirmer la compatibilité en amont que diagnostiquer une image saccadée après coup.
Étape 2 : Installer Sunshine sur Windows
Téléchargez le programme d’installation Windows depuis la page des releases GitHub du projet et lancez le fichier sunshine-windows-installer.exe. L’assistant installe le service Sunshine, le pilote d’affichage virtuel optionnel et les dépendances Visual C++ nécessaires. Une fois l’installation terminée, Sunshine démarre automatiquement en arrière-plan et une icône apparaît dans la zone de notification.
Le pare-feu Windows bloque par défaut les connexions entrantes sur les ports utilisés par Sunshine. Ouvrez PowerShell en administrateur et exécutez la commande suivante pour créer les règles nécessaires en une fois :
New-NetFirewallRule -DisplayName "Sunshine TCP" -Direction Inbound -Protocol TCP -LocalPort 47984,47989,47990,48010 -Action Allow
New-NetFirewallRule -DisplayName "Sunshine UDP" -Direction Inbound -Protocol UDP -LocalPort 47998,47999,48000,48002 -Action Allow
Sans ces règles, Moonlight peut détecter le PC hôte sur le réseau mais échouer à établir le flux vidéo lui-même, un symptôme déroutant qui laisse penser à tort à un problème de compte ou de couplage alors qu’il s’agit simplement d’un port UDP bloqué. Passer par ce script évite de devoir ouvrir manuellement six règles une à une dans l’interface graphique du pare-feu.
Étape 3 : Installer Sunshine sur Linux
Sur Linux, deux méthodes coexistent : le paquet Flatpak officiel, le plus simple à maintenir à jour, ou une image Docker pour une installation isolée sur un serveur dédié. Pour Flatpak, ajoutez Flathub si ce n’est pas déjà fait puis installez le paquet :
flatpak remote-add --if-not-exists flathub https://dl.flathub.org/repo/flathub.flatpakrepo
flatpak install flathub dev.lizardbyte.app.Sunshine
flatpak run dev.lizardbyte.app.Sunshine
Sur une distribution orientée gaming comme celle présentée dans notre guide pour installer Bazzite, Sunshine s’intègre nativement à Steam Deck et consoles portables Linux, sans manipulation supplémentaire du pare-feu grâce au profil réseau déjà ouvert pour le partage d’écran distant.
Installer Sunshine sur macOS
Sunshine prend également en charge macOS, avec un encodage matériel géré par VideoToolbox plutôt que par NVENC ou AMF. L’installation la plus simple passe par Homebrew, en une seule commande dans le Terminal :
brew install lizardbyte/homebrew/sunshine
brew services start sunshine
macOS demande une autorisation explicite d’enregistrement d’écran et de capture d’entrées clavier/souris la première fois que Sunshine tente de démarrer un flux : ces permissions se valident dans Préférences Système > Confidentialité et sécurité. Sans cette étape, le flux démarre côté serveur mais l’image côté client Moonlight reste noire, un piège fréquent propre à macOS que les guides centrés sur Windows omettent généralement.
Étape 4 : Premier lancement et compte administrateur
Ouvrez un navigateur sur le PC hôte et rendez-vous sur https://localhost:47990. Le certificat auto-signé déclenche un avertissement de sécurité classique : c’est normal, acceptez l’exception pour accéder à l’interface web. Créez immédiatement un identifiant et un mot de passe robustes pour ce compte administrateur : cette interface contrôle l’intégralité du serveur de moonlight streaming et un mot de passe faible expose directement l’accès à votre PC.
Une fois connecté, l’onglet « Configuration » centralise les réglages audio, vidéo, réseau et les applications diffusables. C’est également ici que Sunshine détecte automatiquement le ou les GPU disponibles sur la machine.
Étape 5 : Choisir l’encodeur matériel adapté
Dans l’onglet Configuration, la section « Audio/Video » propose un menu déroulant d’encodeurs. Laissez Sunshine sur « auto » dans un premier temps : le logiciel teste les encodeurs matériels disponibles dans l’ordre de préférence et retient le premier fonctionnel. Si l’auto-détection échoue ou sélectionne l’encodage logiciel (beaucoup plus gourmand en CPU), forcez manuellement NVENC, AMF, Quick Sync ou VAAPI selon votre GPU.
Pour le HDR, la carte doit au minimum correspondre à une Nvidia génération Pascal, une AMD VCE 3.4 ou une Intel HD Graphics 730 : en dessous de ce plancher, Sunshine désactive automatiquement l’option HDR de l’interface, même si vous cochez la case manuellement.
Étape 6 : Ouvrir les ports réseau nécessaires
Pour un usage strictement local sur le même réseau Wi-Fi, aucune redirection de port n’est nécessaire : Moonlight détecte Sunshine automatiquement via mDNS. Pour un accès depuis l’extérieur sans VPN (déconseillé, voir l’étape 12), le tableau suivant liste les ports exacts à rediriger sur la box ou le routeur.
| Port | Protocole | Fonction |
|---|---|---|
| 47984 | TCP | Découverte HTTPS |
| 47989 | TCP | Communication HTTP |
| 47990 | TCP | Interface web de configuration |
| 48010 | TCP | Contrôle RTSP |
| 47998-48000 | UDP | Flux vidéo, audio et contrôle |
| 48002 | UDP | Flux additionnel (mic/entrée) |
Rediriger ces ports directement vers Internet expose le PC hôte à des tentatives de connexion non sollicitées. Réservez cette méthode à un test ponctuel et privilégiez Tailscale (étape 12) dès que l’accès à distance devient régulier.
Sur une box grand public, la redirection se configure généralement dans une section nommée « NAT/PAT » ou « Redirection de ports » de l’interface d’administration, en associant chaque port à l’adresse IP locale fixe du PC hôte. Une adresse IP locale fixe est indispensable : sans elle, le bail DHCP peut changer après un redémarrage du routeur et rendre la redirection obsolète du jour au lendemain, sans message d’erreur explicite côté Sunshine.
Étape 7 : Installer le client Moonlight
Moonlight se télécharge gratuitement sur Windows, macOS et Linux depuis le site officiel, sur Android et iOS depuis leurs stores respectifs, et via Discover en mode Bureau sur Steam Deck. Sur un appareil déjà dédié à l’émulation ou au retrogaming configuré avec Decky Loader, Moonlight s’ajoute simplement comme un jeu non-Steam supplémentaire pour rester accessible depuis le mode Jeu de la Deck.
Sur Apple TV, Raspberry Pi ou les téléviseurs LG webOS, l’application est également disponible nativement, ce qui fait de Moonlight l’une des solutions de streaming de jeu les plus multiplateformes du marché, bien au-delà du seul PC.
Étape 8 : Coupler Moonlight à Sunshine avec le code PIN
Lancez Moonlight sur l’appareil client connecté au même réseau que le PC hôte : l’ordinateur exécutant Sunshine apparaît automatiquement dans la liste. Cliquez dessus, Moonlight affiche un code PIN à quatre chiffres. Saisissez ce code dans l’onglet « PIN » de l’interface web Sunshine, sur le PC hôte, dans les 30 secondes. Une fois validé, l’appareil est mémorisé de façon permanente et le couplage n’est plus jamais redemandé, sauf suppression manuelle depuis l’interface.
Ce mécanisme de PIN, identique à celui employé par Steam Link, garantit qu’aucun appareil ne peut accéder au flux sans une action explicite effectuée physiquement sur le PC hôte.
Étape 9 : Ajouter des jeux et applications personnalisées
Par défaut, Sunshine propose de diffuser le bureau entier, ce qui suffit pour lancer n’importe quel jeu sans configuration additionnelle, y compris depuis une bibliothèque unifiée comme celles présentées dans nos guides Decky Loader ou nos tutoriels de lanceurs. Pour lancer directement un jeu précis sans passer par le bureau, ajoutez une entrée personnalisée dans l’onglet « Applications » de l’interface web : nom affiché, commande de lancement, et éventuellement une image de couverture.
La configuration est stockée dans un fichier apps.json que vous pouvez aussi éditer directement pour gagner du temps sur plusieurs entrées :
{
"name": "Steam Big Picture",
"cmd": "C:\\Program Files (x86)\\Steam\\steam.exe -bigpicture",
"image-path": "steam.png"
}
Étape 10 : Régler résolution, débit et codec
Dans les réglages du client Moonlight, choisissez la résolution et le nombre d’images par seconde correspondant à votre écran, jusqu’à la 4K à 120 Hz si le matériel hôte et le réseau le permettent. Le débit (bitrate) se règle manuellement en Mbps : comptez environ 20 Mbps pour du 1080p60 de bonne qualité et 60 à 80 Mbps pour du 4K60, à ajuster à la baisse sur une connexion Wi-Fi partagée.
Côté codec, HEVC (H.265) offre un meilleur rapport qualité/débit que H.264 à bitrate égal, et AV1 va plus loin encore, mais uniquement si le GPU hôte le prend en charge (Nvidia RTX 40+, Intel Arc, AMD RX 7000+). Sur un GPU plus ancien, restez sur H.264 pour garantir la compatibilité la plus large avec tous les clients Moonlight, y compris les plus anciens.
Étape 11 : Configurer la manette et le retour haptique
Moonlight relaie nativement jusqu’à 16 manettes simultanées avec retour de force (rumble), y compris les manettes Xbox, PlayStation et Nintendo Switch Pro connectées en Bluetooth ou en filaire sur l’appareil client. Sous Linux, si la manette n’est pas détectée par Sunshine côté hôte, il faut généralement ajouter une règle udev pour autoriser l’accès au périphérique virtuel créé par le pilote uinput :
sudo usermod -aG input $USER
echo 'KERNEL=="uinput", SUBSYSTEM=="misc", OPTIONS+="static_node=uinput", TAG+="uaccess"' | sudo tee /etc/udev/rules.d/60-sunshine-input.rules
sudo udevadm control --reload-rules
Étape 12 : Jouer à distance en sécurité avec Tailscale
Contrairement à Steam Link Anywhere, qui relaie le trafic distant via l’infrastructure de Valve sans ouverture de port, Sunshine ne propose aucun relais intégré. La documentation officielle de Moonlight recommande trois options pour jouer hors du réseau local : la redirection de port classique, IPv6, ou un VPN maillé comme Tailscale, nommé explicitement sur le site du projet.
Installez Tailscale sur le PC hôte et sur chaque appareil client, connectez-les au même compte, et Sunshine devient joignable via une adresse IP privée chiffrée, sans exposer aucun port sur Internet :
# Sur le PC hôte (Linux)
curl -fsSL https://tailscale.com/install.sh | sh
sudo tailscale up
# Sur l'appareil client, notez l'IP Tailscale affichée
tailscale ip -4
Dans Moonlight, ajoutez ensuite manuellement cette adresse IP Tailscale (généralement au format 100.x.x.x) via le bouton « Ajouter un PC manuellement » : la connexion s’établit alors exactement comme sur le réseau local, avec tout le trafic chiffré de bout en bout par WireGuard, le protocole sur lequel repose Tailscale.
Avec 94,9 % des locaux français désormais raccordables à la fibre au premier trimestre 2026 selon l’Arcep, la bande passante montante nécessaire pour streamer confortablement depuis son domicile vers l’extérieur n’est plus un facteur limitant pour la grande majorité des foyers.
Déployer Sunshine avec Docker (méthode avancée)
Sur un serveur dédié tournant en permanence, un déploiement Docker isole Sunshine du reste du système et simplifie les mises à jour. L’image officielle nécessite un accès au GPU hôte (passthrough Nvidia ou périphériques DRI pour AMD/Intel) pour profiter de l’encodage matériel :
services:
sunshine:
image: lizardbyte/sunshine:latest
container_name: sunshine
restart: unless-stopped
network_mode: host
runtime: nvidia
environment:
- NVIDIA_VISIBLE_DEVICES=all
- NVIDIA_DRIVER_CAPABILITIES=all
volumes:
- ./sunshine-config:/config
- /dev/dri:/dev/dri
devices:
- /dev/uinput
- /dev/dri
Lancez ensuite la pile avec docker compose up -d, puis retrouvez l’interface web sur le port 47990 de l’hôte Docker exactement comme pour une installation native. Cette approche convient particulièrement à un boîtier de type mini-PC dédié en continu au moonlight streaming, séparé du poste de travail principal.
Exemple de sortie console attendue lors du premier démarrage réussi du conteneur :
[2026-08-07 09:12:03] Info: Nvidia NVENC encoder detected
[2026-08-07 09:12:03] Info: Configuration loaded from /config/sunshine.conf
[2026-08-07 09:12:04] Info: Web UI available at https://0.0.0.0:47990
[2026-08-07 09:12:04] Info: Ready to accept Moonlight connections
Sécuriser durablement son serveur de streaming
Un serveur Sunshine reste un service réseau exposé, même en usage strictement local : n’importe quel appareil connecté au même Wi-Fi peut tenter de découvrir l’hôte. La bonne pratique de base consiste à changer le mot de passe web-UI par défaut dès le premier lancement, à choisir un identifiant qui ne reprend pas le nom de la machine, et à ne jamais réutiliser un mot de passe déjà employé ailleurs. Sunshine ne propose pas nativement de double authentification : le PIN de couplage joue ce rôle pour les nouveaux appareils, mais le compte web-UI lui-même ne dispose que d’une seule couche de protection.
Si la redirection de port reste la seule option disponible (routeur d’entreprise verrouillé, absence de compatibilité Tailscale), isoler le PC de jeu sur un réseau Wi-Fi invité ou un VLAN dédié limite les dégâts potentiels en cas de compromission : les autres appareils du foyer, ordinateurs professionnels ou objets connectés, restent alors hors de portée. Gardez enfin Sunshine à jour : chaque nouvelle version stable corrige des failles remontées par la communauté de sécurité open source qui audite activement le projet sur GitHub.
Cas d’usage concrets au quotidien
Le scénario le plus courant reste le canapé : un PC de jeu resté dans un bureau à l’étage diffuse l’image vers une télévision du salon équipée d’une Apple TV, d’un boîtier Android TV ou tout simplement d’un Steam Deck posé sur la table basse, sans avoir à débrancher le moindre câble. Le PC hôte fait alors office de console silencieuse, pilotée entièrement depuis une manette.
Le second usage fréquent est le déplacement professionnel ou les vacances : un ordinateur portable léger, incapable de faire tourner un jeu récent, devient un client Moonlight complet dès qu’une connexion internet correcte est disponible, via Tailscale. Enfin, dans un foyer partagé, plusieurs membres peuvent se relayer sur le même PC hôte à des horaires différents sans jamais avoir à réinstaller quoi que ce soit côté client : chaque appareil reste couplé en permanence une fois le PIN validé une première fois.
Un PC hôte laissé allumé en permanence a un coût électrique réel qu’il vaut mieux anticiper : une tour de jeu au repos (écran éteint, aucun jeu lancé) consomme généralement entre 40 et 80 watts selon la configuration, soit un ordre de grandeur proche d’une box internet couplée à un décodeur TV allumés en continu. La plupart des utilisateurs choisissent un compromis simple, en laissant le PC en veille prolongée programmée plutôt qu’allumé en permanence, et en le réveillant à la demande via la fonction Wake-on-LAN prise en charge par la plupart des cartes réseau modernes et compatible avec Sunshine dès lors qu’elle est activée dans le BIOS/UEFI de la carte mère.
Erreurs fréquentes à éviter
Certains pièges reviennent systématiquement lors d’une première installation de Sunshine et Moonlight. Les éviter dès le départ évite des heures de diagnostic inutiles.
- Suivre un vieux tutoriel GeForce Experience : GameStream a été définitivement arrêté le 29 mars 2023. Toute méthode qui passe encore par GeForce Experience est obsolète et ne fonctionnera pas.
- Exposer les ports directement sur Internet : une redirection de port sans VPN transforme le PC hôte en cible potentielle pour du scan automatisé. Préférez toujours Tailscale pour un usage régulier.
- Laisser le mot de passe web-UI par défaut ou faible : ce compte contrôle l’ensemble du serveur ; un mot de passe faible annule tout l’intérêt du couplage par PIN.
- Activer AV1 sans GPU compatible : Sunshine bascule silencieusement sur H.264, ce qui peut faire croire à tort à un bug de configuration.
- Streamer en Wi-Fi 2,4 GHz : la bande est trop encombrée et trop lente au-delà du 1080p ; basculez sur la 5 GHz ou l’Ethernet filaire.
- Oublier de désactiver la mise en veille automatique de Windows : le PC hôte doit rester allumé et accessible ; une mise en veille après 10 ou 15 minutes coupe le service Sunshine en plein milieu d’une session.
- Ne jamais mettre Sunshine à jour : chaque nouvelle version stable corrige des failles de sécurité et améliore la compatibilité des encodeurs matériels récents.
Résoudre les problèmes courants
Problèmes de connexion et de couplage
- Moonlight ne trouve pas l’hôte sur le réseau : vérifiez que les deux appareils sont bien sur le même sous-réseau et que la découverte mDNS n’est pas bloquée par un pare-feu ou un routeur en mode isolation des clients Wi-Fi.
- Le code PIN est refusé : le code expire après 30 secondes ; relancez le couplage côté Moonlight et saisissez-le immédiatement côté interface web Sunshine.
- « Aucun encodeur matériel valide trouvé » : les pilotes GPU ne sont pas à jour, ou le GPU sélectionné ne supporte pas l’encodage matériel ; repassez temporairement l’encodeur sur « logiciel » pour confirmer que le reste de la chaîne fonctionne.
- Connexion à distance via Tailscale impossible : confirmez que les deux appareils sont bien connectés au même compte (ou au même réseau ACL) Tailscale avec
tailscale status, et que l’adresse IP saisie dans Moonlight correspond bien à l’IP Tailscale (100.x.x.x), pas à l’IP locale. - Sunshine plante ou ne démarre pas : consultez le journal dans l’onglet « Logs » de l’interface web ; un conflit de port avec une autre application déjà installée sur 47990 est la cause la plus fréquente.
Problèmes de performance et d’affichage
- Image saccadée ou latence élevée : réduisez le débit ou la résolution, passez en Ethernet si possible, et vérifiez qu’aucun autre appareil ne sature la bande passante montante du foyer.
- Écran noir au démarrage du stream : sous Windows, ce symptôme apparaît souvent quand aucun moniteur physique n’est branché ; installez le pilote d’affichage virtuel proposé par l’installateur Sunshine.
- Pas de son côté client : vérifiez que le périphérique de sortie audio par défaut sur le PC hôte correspond bien à celui capturé par Sunshine dans l’onglet Audio/Vidéo.
- Manette non détectée sous Linux : la règle udev de l’étape 11 n’a pas été appliquée correctement ; relancez
sudo udevadm control --reload-rulespuis redémarrez Sunshine. - Résolution du flux différente de celle de l’écran client : forcez manuellement la résolution et le taux de rafraîchissement dans les réglages Moonlight plutôt que de laisser l’option « correspondre à l’écran », peu fiable sur certains téléviseurs.
- Le curseur de la souris reste visible ou décalé en streaming : activez le mode « capture souris exclusive » côté client Moonlight pour que les mouvements soient directement relayés au PC hôte plutôt qu’affichés localement en plus du curseur distant.
- La session se coupe après quelques minutes d’inactivité : vérifiez les paramètres d’alimentation du PC hôte ; la mise en veille de l’écran ou du système, même sans verrouillage de session, interrompt le flux Sunshine en cours.
- Le HDR ne s’active pas malgré un GPU compatible : confirmez que l’écran ou le téléviseur client déclare bien le HDR comme actif dans son propre menu d’affichage ; Sunshine ne force pas le HDR si le client ne le négocie pas explicitement lors de la connexion.
Astuces avancées pour aller plus loin
Apollo, un fork communautaire de Sunshine, ajoute la prise en charge d’écrans virtuels multiples et de sessions simultanées pour plusieurs utilisateurs sur la même machine, utile pour un mini-PC partagé par toute la famille. Un écran virtuel dédié évite par ailleurs de déranger l’affichage physique du PC hôte : le flux Moonlight s’exécute sur un moniteur fantôme indépendant, pratique quand le PC de jeu sert aussi de machine de travail.
Pour une bibliothèque unifiée entre plusieurs launchers avant de streamer, associez Sunshine à un gestionnaire comme celui présenté dans notre tutoriel Bazzite plutôt que de multiplier les raccourcis manuels. Enfin, sur un GPU multi-écrans, dédier une sortie virtuelle uniquement au streaming plutôt qu’un port physique libère l’écran principal pour d’autres tâches pendant qu’un deuxième utilisateur joue à distance.
Le fichier de configuration sunshine.conf, accessible directement dans le dossier d’installation, permet d’aller plus loin que l’interface web pour les utilisateurs avancés : limitation fine du débit selon l’heure de la journée, choix d’un profil d’encodage différent par application, ou encore désactivation du curseur matériel pour les jeux qui gèrent leur propre viseur. Sauvegardez toujours une copie de ce fichier avant une mise à jour majeure de Sunshine, certaines versions renommant ou réorganisant des clés de configuration existantes.
Pour les foyers avec plusieurs joueurs simultanés, deux instances Sunshine peuvent tourner sur deux ports web-UI différents sur la même machine si elle dispose de deux GPU distincts (une carte dédiée plus un GPU intégré, par exemple), chacune associée à un écran virtuel séparé. Cette configuration reste avancée et gagne à être testée d’abord avec un seul flux avant d’ajouter la complexité d’une seconde session.
Sunshine et Moonlight face aux alternatives
Un test pratique mené par XDA-Developers a jugé la combinaison Sunshine et Moonlight légèrement supérieure à Parsec sur le plan des microcoupures et du délai d’entrée en réseau local. Un relevé communautaire cité dans ce même test (smartphone Poco F3, Wi-Fi 5 GHz, Moonlight en H.265 à 3 Mbps en 1080p) a mesuré une latence moyenne d’environ 24 ms avec des pics à 60 ms – un point de données ponctuel, pas un benchmark de laboratoire généralisable à toutes les configurations.
| Solution | Prix | Bibliothèque | PC hôte requis |
|---|---|---|---|
| Sunshine + Moonlight | Gratuit | Tous les jeux déjà possédés | Oui, allumé |
| Steam Link | Gratuit | Jeux Steam + raccourcis non-Steam | Oui, allumé |
| Parsec (gratuit) | Gratuit | Tous les jeux déjà possédés | Oui, allumé |
| Parsec Warp | 8,33 à 9,99 $/mois | Tous les jeux déjà possédés | Oui, allumé |
| GeForce Now Performance | 9,99 $/mois | Catalogue GeForce Now uniquement | Non |
| Xbox Game Pass Ultimate | 22,99 $/mois | Catalogue Game Pass uniquement | Non |
La différence structurelle est simple : les services cloud facturent un accès à de la puissance de calcul distante et un catalogue limité, quand Sunshine et Moonlight ne facturent rien mais exigent que le PC hôte reste allumé et que le catalogue se limite à ce que vous possédez déjà. Pour qui a déjà investi dans une configuration comme celles comparées dans notre article Steam Deck contre ROG Ally X, le calcul penche presque toujours en faveur du moonlight streaming maison.
Face à Steam Link en particulier, le choix dépend surtout de la bibliothèque à couvrir : un foyer où tous les jeux passent par Steam n’a souvent aucune raison de quitter l’écosystème Valve, qui gère lui-même le relais réseau sans configuration additionnelle. Dès que la bibliothèque s’étend à Epic Games Store, GOG, Battle.net ou à des launchers plus confidentiels, Sunshine reprend l’avantage en diffusant le bureau entier sans distinction de plateforme d’origine.
Notre comparatif dédié Moonlight contre Steam Link détaille plus finement les différences de fonctionnalités entre les deux clients si Sunshine n’est pas retenu comme hôte.
Foire aux questions
Faut-il une carte graphique Nvidia pour utiliser Sunshine ?
Non. Contrairement à l’ancien GameStream, Sunshine encode aussi bien avec AMD (AMF sous Windows, VAAPI sous Linux) qu’avec Intel Quick Sync Video. Une carte Nvidia récente reste l’option la plus performante, mais n’est plus obligatoire.
Sunshine et Moonlight sont-ils vraiment gratuits ?
Oui, les deux projets sont open source sous licence GPL-3.0, sans version payante, sans publicité et sans limite de temps de session.
Puis-je jouer depuis l’extérieur sans ouvrir de port sur ma box ?
Oui, en installant Tailscale sur le PC hôte et sur l’appareil client. Le trafic passe alors par un tunnel chiffré WireGuard sans exposer directement le PC hôte sur Internet.
Quelle est la différence entre Sunshine et Steam Link ?
Steam Link se limite à la bibliothèque Steam (plus les raccourcis non-Steam ajoutés manuellement) et propose un relais réseau intégré via Valve. Sunshine diffuse le bureau entier, toutes bibliothèques confondues, mais nécessite un VPN comme Tailscale pour un accès distant sécurisé.
Le moonlight streaming fonctionne-t-il sur Steam Deck ?
Oui, Moonlight s’installe via Discover en mode Bureau et peut être ajouté comme jeu non-Steam pour rester accessible en mode Jeu, exactement comme les plugins présentés dans notre guide Decky Loader.
Quel débit choisir pour éviter les saccades ?
Environ 20 Mbps suffisent pour un flux 1080p60 propre. Comptez 60 à 80 Mbps pour du 4K60, à réduire si le réseau est partagé avec d’autres appareils.
Le codec AV1 est-il nécessaire ?
Non, il s’agit d’une option pour gagner en qualité à débit égal, réservée aux GPU récents (Nvidia RTX 40+, Intel Arc, AMD RX 7000+). H.264 et HEVC restent parfaitement fonctionnels sur du matériel plus ancien.
Combien de temps prend l’installation complète ?
Comptez environ 30 minutes pour une première installation sur un seul PC hôte et un appareil client, en incluant le téléchargement, l’ouverture des ports et le couplage initial. Ajouter un second client ne prend ensuite que quelques minutes, puisque le PC hôte est déjà configuré.
Peut-on utiliser Sunshine sans aucune carte graphique dédiée ?
Oui, via l’encodage logiciel, mais la charge processeur augmente fortement et la latence s’en ressent sur un CPU ancien ou peu puissant. Un GPU intégré récent (Intel Quick Sync, AMD APU) reste largement préférable à l’encodage logiciel pur.
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