En juillet 2026, le Steam Hardware Survey de Valve a livré un verdict silencieux mais éloquent sur la guerre des distributions Linux dédiées au jeu vidéo : CachyOS, une distribution Arch quasi inconnue du grand public il y a deux ans, capte désormais 0,57 % de l’ensemble des utilisateurs Steam, soit environ 14 % de tous les joueurs Linux, juste derrière SteamOS Holo (0,89 %) et devant Bazzite, qui plafonne à 0,31 %. Ces deux distributions ont pourtant la même ambition affichée : offrir une expérience de jeu fluide sous Linux, que ce soit sur PC de bureau, sur Steam Deck ou sur un handheld ASUS ROG Ally. Leurs philosophies, en revanche, n’ont presque rien en commun.
Bazzite mise sur une image système immuable héritée de Fedora Atomic, pensée pour « juste fonctionner » sans jamais se casser. CachyOS, à l’inverse, rebâtit Arch Linux paquet par paquet avec des optimisations processeur agressives, pariant sur la performance brute plutôt que sur la stabilité inébranlable. Ce comparatif détaille l’architecture, les benchmarks disponibles, le support matériel, la gouvernance communautaire et le coût réel de chaque solution, pour aider les joueurs français et européens à choisir la distribution adaptée à leur configuration en 2026.
Qu’est-ce que Bazzite ?
Bazzite est né en novembre 2023 sous l’impulsion du collectif Universal Blue, qui construisait déjà des images Linux « atomiques » basées sur les spins Fedora. L’objectif initial était simple : reproduire l’expérience SteamOS de Valve, mais sur n’importe quel PC ou handheld, pas seulement sur le Steam Deck. Trois ans plus tard, le projet a explosé en popularité : le dépôt principal ublue-os/bazzite sur GitHub affiche 8 887 étoiles et 1 021 forks début août 2026, sous licence Apache 2.0.
Techniquement, Bazzite est construit sur les Fedora Atomic Desktops, avec une branche stable qui suit désormais Fedora 44 depuis avril 2026. Le système repose sur rpm-ostree : au lieu d’installer des paquets un par un comme sur une distribution classique, Bazzite déploie une image complète du système, versionnée et signée. Chaque mise à jour crée une nouvelle image de démarrage sans jamais modifier celle en cours d’utilisation, ce qui rend un retour en arrière quasi instantané en cas de problème. Le projet propose deux environnements de bureau, GNOME et KDE Plasma, tous deux en Wayland, et embarque nativement Steam, Lutris, Heroic Games Launcher, MangoHud, GameMode, ainsi qu’un support HDR et VRR prêt à l’emploi.
Ce qui distingue surtout Bazzite du reste de l’écosystème, c’est son positionnement « appliance » : l’utilisateur n’est jamais censé toucher au système sous-jacent. Sur un Steam Deck, un ROG Ally ou un Legion Go, l’édition bazzite-deck démarre directement en mode Steam Gaming Mode, exactement comme le ferait SteamOS sur le matériel Valve.
Qu’est-ce que CachyOS ?
CachyOS part d’une philosophie radicalement différente. Selon sa propre présentation sur cachyos.org, le projet se décrit comme un « Arch Linux orienté performance » : au lieu de distribuer des binaires génériques comme la plupart des distributions, CachyOS recompile l’intégralité de sa pile logicielle avec des optimisations processeur modernes – jeux d’instructions x86-64-v3 et x86-64-v4, profils Zen 4, LTO (Link-Time Optimization), et même PGO/BOLT pour les paquets les plus critiques.
Le cœur du projet est son noyau maison, linux-cachyos, dont le dépôt GitHub cumule 4 169 étoiles sous licence GPL-3.0. Ce noyau embarque par défaut un ordonnanceur EEVDF finement réglé pour la réactivité, avec la possibilité de basculer vers BORE, sched-ext, BMQ ou un noyau temps réel (RT) selon l’usage. Contrairement à Bazzite, CachyOS reste un projet entièrement communautaire et indépendant, financé par les dons de ses utilisateurs plutôt que par une fondation. L’installation se fait via un installeur graphique Calamares ou un installeur en ligne de commande, et le système propose plus de 17 environnements de bureau et gestionnaires de fenêtres au choix : KDE Plasma, GNOME, COSMIC, Hyprland, Sway, Niri, i3, XFCE, et d’autres encore.
Fin juillet 2026, le site XDA Developers a documenté un fait marquant : lorsque la quasi-totalité des distributions de jeu Linux se sont regroupées sous une bannière commune début 2026, CachyOS a délibérément décliné l’invitation, préférant conserver son indépendance technique totale.
Le rythme de publication de CachyOS illustre cette philosophie d’amélioration continue. En mars 2026, la distribution a livré une refonte de son édition Handheld ainsi que l’intégration de Winboat, une solution basée sur Docker pour exécuter des applications Windows sous Linux, d’après GamingOnLinux. En avril, place à un nouveau gestionnaire de paquets graphique baptisé Shelly, en remplacement d’Octopi, accompagné de correctifs GPU AMD et d’un ordonnanceur d’entrées-sorties NVMe plus réactif. En juin, Phoronix rapportait l’arrivée d’une session de bureau Hyprland Noctalia et d’une compilation Python avec optimisations PGO poussées. Ce cycle de publication mensuel, sans jamais imposer de montée de version majeure disruptive à l’utilisateur grâce au modèle rolling-release, contraste avec le rythme de Bazzite, qui republie régulièrement de nouvelles images mais reste structurellement rattaché aux deux versions majeures de Fedora publiées chaque année.
Architecture : Image Immuable contre Rolling Release Arch
La différence la plus fondamentale entre les deux distributions n’est pas visuelle mais architecturale. Bazzite fonctionne en image immuable : le système de fichiers racine est en lecture seule, et toute modification transite par rpm-ostree ou par des conteneurs Distrobox/Flatpak pour les applications tierces. Concrètement, cela signifie qu’il est structurellement impossible de « casser » Bazzite en installant un mauvais paquet ou en modifiant un fichier système par erreur – le pire scénario possible est un retour à l’image précédente, conservée jusqu’à 90 jours.
CachyOS, à l’inverse, hérite du modèle rolling release d’Arch Linux : chaque paquet est mis à jour dès qu’une nouvelle version est disponible, sans attendre un cycle de version majeure. L’utilisateur garde un accès complet au gestionnaire de paquets pacman, ainsi qu’aux dépôts communautaires AUR et Chaotic-AUR, qui donnent accès à des dizaines de milliers de paquets tiers. Cette liberté a un prix : une mise à jour rolling-release peut occasionnellement introduire une régression, et la distribution s’appuie davantage sur la vigilance de sa communauté que sur un filet de sécurité automatique. En pratique, CachyOS atténue ce risque via ananicy-cpp pour la gestion des priorités processus et des outils de snapshot Btrfs recommandés avant chaque mise à jour majeure, mais la logique reste fondamentalement différente de l’approche « tout ou rien » de Bazzite.
Ce choix architectural détermine presque tout le reste du comparatif : Bazzite optimise pour la prévisibilité et l’expérience « appliance », CachyOS optimise pour la performance et le contrôle fin.
Tableau Comparatif : Bazzite vs CachyOS en 2026
Le tableau ci-dessous synthétise les caractéristiques techniques vérifiées des deux distributions, à partir des données officielles publiées sur bazzite.gg et cachyos.org.
| Critère | Bazzite | CachyOS |
|---|---|---|
| Base système | Fedora Atomic Desktops (Fedora 44) | Arch Linux |
| Modèle de mise à jour | Image immuable (rpm-ostree) | Rolling release (pacman) |
| Ordonnanceur CPU par défaut | Hérité de Fedora (CFS/EEVDF stock) | EEVDF réglé, BORE/sched-ext/BMQ/RT en option |
| Ordonnanceur dédié handheld | Non (gamescope standard) | LAVD (CachyOS Handheld Edition) |
| Gestionnaire de paquets | rpm-ostree + Flatpak | pacman + AUR/Chaotic-AUR |
| Environnements de bureau | GNOME, KDE Plasma (Wayland) | 17+ dont KDE, GNOME, COSMIC, Hyprland, Sway |
| Édition portable dédiée | Bazzite Deck / Deck GNOME | CachyOS Handheld Edition |
| Fork Proton maison | Non (Proton stock + correctifs) | Proton-CachyOS (FSR 4, correctifs DX) |
| Licence principale | Apache 2.0 | GPL-3.0 |
| Étoiles GitHub (dépôt principal) | 8 887 | 4 169 (noyau linux-cachyos) |
| Rétention des images (rollback) | Jusqu’à 90 jours | Snapshots Btrfs manuels recommandés |
| Part des joueurs Linux sur Steam | 0,31 % (≈7,7 % des joueurs Linux) | 0,57 % (≈14 % des joueurs Linux) |
| Gouvernance | Membre de l’Open Gaming Collective | Indépendant, financé par dons |
| Prix | Gratuit | Gratuit |
Deux lignes méritent une attention particulière pour un lecteur français : la part de marché mesurée par Steam (donnée mondiale, mais représentative de la tendance) et le choix de licence, qui conditionne ce que chaque projet peut légalement réutiliser du code de l’autre.
Performance et Benchmarks : Qui Est Plus Rapide ?
Aucun laboratoire indépendant n’a publié à ce jour de benchmark FPS chiffré et reproductible opposant frontalement Bazzite et CachyOS sur un même jeu et le même matériel – une limite qu’il faut assumer plutôt que combler avec des chiffres inventés. Trois sources convergent cependant vers un même constat qualitatif. D’abord, le comparatif à trois voies (Bazzite, CachyOS, Nobara) publié par Tech2Geek évalue l’écart de performance brute entre les trois distributions à environ 5 à 10 images par seconde sur les titres testés, un écart jugé « indissociable du ressenti manette en main » en jeu réel. C’est exactement l’écart déjà mesuré entre Nobara et Bazzite sur shattered.io.
Ensuite, XDA Developers, après plusieurs semaines d’usage quotidien de CachyOS sur un ROG Ally X, conclut que la distribution Arch « gagne en régularité et sur les 1 % low » – c’est-à-dire les baisses de fréquence d’images les plus perceptibles pendant le jeu – plutôt que sur la moyenne FPS brute. Le même article précise honnêtement qu’« il est difficile de quantifier un pourcentage exact de gain en frame-time, les versions de pilotes et les réglages faisant varier les résultats », une nuance que ce comparatif reprend à son compte plutôt que d’avancer un chiffre non vérifiable.
Enfin, la troisième source est indirecte mais révélatrice : la part d’utilisateurs Linux sur Steam. CachyOS est passée de 9 % à plus de 14 % des joueurs Linux sur Steam en un seul mois mi-2026 selon XDA, un gain de près de 5 points qui traduit un bouche-à-oreille rare pour une distribution qui ne dispose d’aucun budget marketing. Sur le plan technique, cet avantage perçu s’explique par l’empilement des optimisations CachyOS : compilation x86-64-v3/v4 de chaque paquet, fork Proton-CachyOS avec support du FSR 4 d’AMD et correctifs DirectX, et ordonnanceur LAVD spécifiquement calibré pour les handhelds. Bazzite, de son côté, n’a pas vocation à rivaliser sur ce terrain : le projet assume de partir des paquets Fedora standards et de concentrer ses efforts sur la fiabilité plutôt que sur le dernier pourcentage de performance.
Éditions, Environnements de Bureau et Installation
Le nombre d’images proposées par chaque projet illustre à lui seul leurs philosophies opposées.
Les six éditions de Bazzite
Bazzite distribue six variantes d’image officielles plutôt qu’un ISO universel : deux éditions handheld/HTPC (bazzite-deck en KDE Plasma et bazzite-deck-gnome), qui démarrent directement en mode Steam Gaming Mode et conviennent aussi bien à un Steam Deck qu’à un ROG Ally, un Legion Go ou un boîtier salon ; et des variantes bureau classiques en KDE Plasma ou GNOME. Parce que le pilote propriétaire Nvidia doit être intégré directement dans l’image (impossible de l’ajouter après coup comme sur une distribution traditionnelle), des variantes spécifiques existent pour les cartes graphiques Nvidia. Ce choix limite la personnalisation à la marge mais garantit qu’une carte Nvidia fonctionnera dès le premier démarrage.
Calamares, CLI et 17 environnements CachyOS
CachyOS prend le chemin inverse : un seul processus d’installation, mais une liberté de configuration bien plus large. L’utilisateur choisit entre l’installeur graphique Calamares, pensé pour une prise en main guidée, ou l’installeur en ligne de commande, qui donne un contrôle total sur le partitionnement, le noyau et les paquets installés dès le premier démarrage. Plus de 17 environnements de bureau et gestionnaires de fenêtres sont proposés nativement, de KDE Plasma et GNOME aux compositeurs Wayland plus confidentiels comme Hyprland, Niri ou Sway – un choix impensable sur une image immuable comme celle de Bazzite, où changer d’environnement de bureau implique de reconstruire l’image entière.
Support des Consoles Portables : Steam Deck, ROG Ally, Legion Go
Le marché des handhelds PC est devenu le principal terrain de bataille des deux distributions. Bazzite y est arrivé en premier et reste la valeur sûre : ses éditions -deck s’installent sur un Steam Deck (LCD comme OLED), un ASUS ROG Ally ou ROG Ally X, ou un Lenovo Legion Go, en reproduisant fidèlement l’interface Steam Gaming Mode que les joueurs connaissent déjà.
CachyOS a répliqué en lançant sa propre Handheld Edition, désormais officiellement compatible avec le ROG Ally, le Steam Deck OLED et LCD, le Legion Go et le Legion Go S, d’après la documentation officielle CachyOS. Cette édition embarque un noyau pré-configuré pour le matériel portable et une session Gamescope prête à l’emploi, avec l’ordonnanceur LAVD activé par défaut – un choix spécifiquement optimisé pour la réactivité tactile et manette plutôt que pour le débit brut d’un poste fixe. La mise à jour de mars 2026 a remplacé l’ancien gamescope-session-plus par gamescope-session-cachyos, un fork directement dérivé du gamescope-session de Valve, qui a notamment débloqué la mise à jour du firmware du Steam Deck et du Legion Go depuis l’intérieur de CachyOS – une fonctionnalité auparavant réservée à SteamOS.
Dans la pratique, un joueur qui installe CachyOS Handheld Edition sur un ROG Ally X pour remplacer Windows 11 retrouve une interface très proche de SteamOS, mais avec la possibilité de changer de noyau ou d’activer un overclocking mémoire fin – une liberté que l’édition -deck de Bazzite, volontairement plus fermée, ne propose pas dans la même mesure. À l’inverse, un joueur qui installe Bazzite sur ce même appareil bénéficie d’un filet de sécurité automatique en cas de mise à jour ratée, quand un utilisateur CachyOS devra restaurer un snapshot Btrfs manuellement.
Consommation d’Énergie et Autonomie sur Batterie
Sur un handheld, l’ordonnanceur du noyau ne détermine pas seulement la fluidité d’affichage : il influence directement l’autonomie. C’est précisément l’argument de vente de l’ordonnanceur LAVD (Latency-Aware Virtual Deadline) que CachyOS active par défaut sur sa Handheld Edition. Conçu spécifiquement pour les charges de travail « sensibles à la latence » comme le jeu vidéo sur batterie, LAVD ajuste dynamiquement la priorité des threads selon leur urgence perçue plutôt que selon un simple tourniquet de temps CPU, ce qui permet au processeur de rester plus souvent dans ses états de veille les plus économes entre deux pics de charge. Les tests communautaires relayés par XDA Developers indiquent une amélioration sensible des 1 % low par rapport au noyau stock de SteamOS sur un ROG Ally X, un gain de régularité qui se traduit indirectement par une meilleure autonomie : moins de pics de fréquence CPU signifie moins de pics de consommation.
Bazzite n’a pas développé d’ordonnanceur maison équivalent : la gestion de l’énergie repose sur les outils standards de l’écosystème Fedora Atomic, notamment power-profiles-daemon, associés aux réglages TDP proposés par l’application Bazzite Portal (limitation du wattage processeur, courbe de ventilateur, fréquence GPU plafonnée). Cette approche est moins expérimentale que celle de CachyOS, mais elle a l’avantage d’être directement pilotable depuis une interface graphique en mode Gaming, sans jamais toucher à un fichier de configuration – un vrai atout pour un joueur qui veut simplement gagner vingt minutes d’autonomie avant un trajet en train sans changer d’ordonnanceur noyau. Dans les deux cas, l’autonomie réelle reste avant tout dictée par le jeu lancé et la luminosité de l’écran : un ordonnanceur optimisé grappille des minutes, il ne double jamais la capacité de la batterie.
Écosystème Logiciel : Proton, Steam et Compatibilité des Jeux
Les deux distributions embarquent la même base logicielle de départ – Steam, Lutris, Heroic Games Launcher, MangoHud pour l’affichage des statistiques à l’écran, GameMode pour prioriser les ressources CPU/GPU – mais divergent sur la couche de traduction Windows-vers-Linux qu’est Proton. Bazzite s’appuie sur le Proton officiel de Valve, éventuellement complété de correctifs communautaires, ce qui garantit une compatibilité maximale avec ProtonDB sans surprise. CachyOS maintient son propre fork, Proton-CachyOS, qui intègre plus rapidement les correctifs expérimentaux, le support du FSR 4 d’AMD et des optimisations DirectX spécifiques – au prix d’une compatibilité parfois moins « garantie sur facture » que la version stock.
Bazzite conserve un avantage net sur un point précis : les émulateurs de consoles rétro sont préinstallés par défaut, ce qui en fait un choix naturel pour un boîtier salon polyvalent combinant jeux Steam et rétrogaming – un usage déjà détaillé dans notre comparatif Batocera vs RetroPie vs Recalbox pour les configurations 100 % rétro. CachyOS, en comparaison, laisse à l’utilisateur le soin d’installer RetroArch ou tout autre émulateur via l’AUR, ce qui demande une étape supplémentaire mais élargit le choix des versions disponibles. Les deux systèmes prennent en charge le HDR et le VRR sur le matériel compatible, un chantier qui reste toutefois en évolution constante sur l’ensemble de l’écosystème Linux, Bazzite comme CachyOS.
Un point mérite une attention particulière pour un lecteur soucieux de sécurité logicielle : le modèle de confiance des applications tierces diffère fondamentalement entre les deux systèmes. Bazzite encourage l’installation via Flatpak, où chaque application tourne dans un bac à sable isolé du reste du système avec des permissions explicites – un modèle proche de celui des applications mobiles. CachyOS, via l’AUR et Chaotic-AUR, donne accès à des scripts de compilation (PKGBUILD) maintenus par la communauté mais exécutés avec les mêmes privilèges que n’importe quel paquet système, sans bac à sable automatique. Cela ne signifie pas que l’AUR est dangereux par nature – la communauté Arch vérifie activement les paquets les plus populaires – mais cela impose à l’utilisateur de vérifier lui-même la provenance d’un PKGBUILD avant de l’installer, une discipline que le modèle Flatpak de Bazzite rend inutile par construction.
Gouvernance : l’Open Gaming Collective contre l’Indépendance de CachyOS
Le 29 janvier 2026, Universal Blue a annoncé la création de l’Open Gaming Collective (OGC), une organisation destinée à mutualiser les efforts de développement entre distributions de jeu Linux concurrentes. Selon l’annonce relayée par XDA Developers, l’OGC réunit Bazzite, ChimeraOS, Nobara, Playtron, Fyra Labs, PikaOS, ShadowBlip et ASUS Linux autour de composants critiques partagés : correctifs noyau, outils de gestion des entrées manette, et paquets essentiels comme Gamescope. L’idée centrale est qu’une amélioration développée par un seul projet profite désormais à tout l’écosystème, plutôt que de rester cantonnée à une distribution isolée.
Un détail confirme le poids réel de cette coalition : ASUS Linux, l’équipe qui développe les outils de contrôle bas niveau du ROG Ally et du ROG Ally X, figure elle-même parmi les membres fondateurs de l’OGC aux côtés de Bazzite. Un fabricant de handhelds qui rejoint directement un collectif de distributions communautaires est un signal rare dans l’industrie : cela signifie qu’un correctif matériel ASUS profite désormais nativement à Bazzite, ChimeraOS ou Nobara en même temps, sans que chaque distribution ait à négocier son propre accès à la documentation constructeur. CachyOS, en restant à l’écart, doit continuer de s’appuyer sur la rétro-ingénierie communautaire pour suivre ces mêmes évolutions matérielles.
Dans la foulée, Bazzite a basculé son financement vers Open Collective, une plateforme qui publie publiquement l’usage de chaque don reçu – une décision présentée par l’équipe Universal Blue comme un gage de transparence à mesure que les coûts du projet augmentent (tests sur matériel handheld, déplacements en conférences). Le projet migre également son noyau vers celui de l’OGC et remplace son ancien framework de gestion des entrées, HHD, par InputPlumber.
CachyOS, de son côté, a choisi de rester en dehors de ce collectif. Le projet continue de fonctionner comme il l’a toujours fait : un noyau et des paquets développés en interne, financés par les dons directs de sa communauté, sans structure de fondation intermédiaire. Ce choix illustre une divergence stratégique nette : Bazzite mise sur la mutualisation et l’écosystème partagé pour garantir sa pérennité, quand CachyOS mise sur l’agilité d’une petite équipe qui garde un contrôle total sur chaque ligne de code optimisée.
Stabilité et Maintenance à Long Terme
Pour un usage quotidien sur plusieurs mois, la gestion des mises à jour reste le critère qui distingue le plus concrètement les deux distributions. Bazzite hérite du principal atout des systèmes rpm-ostree : chaque mise à jour est atomique et réversible. Si une mise à jour empêche le système de démarrer correctement, il suffit de sélectionner l’image précédente dans le menu de démarrage – aucune commande de récupération, aucune intervention en ligne de commande n’est nécessaire, ce qui convient particulièrement à un usage salon ou à un joueur peu familier de Linux.
CachyOS demande une implication plus active de l’utilisateur. Le modèle rolling-release signifie qu’aucune version majeure n’est jamais « figée » : les paquets évoluent en continu, ce qui expose ponctuellement à des régressions inhérentes au modèle Arch. La communauté recommande explicitement de créer un snapshot Btrfs avant toute mise à jour système importante, et le forum officiel documente activement les incidents connus. En contrepartie, cette réactivité permet à CachyOS d’intégrer un correctif critique de pilote GPU ou de Proton en quelques jours dès sa publication amont, quand Bazzite doit attendre qu’il soit intégré et validé dans la branche Fedora Atomic suivie avant de le republier dans une nouvelle image.
Aucun modèle n’est objectivement supérieur : le choix dépend de la tolérance au risque et du temps que l’utilisateur est prêt à consacrer à la maintenance de son système.
Tableau des Prix : Coût Réel d’Adoption en 2026
Bazzite et CachyOS sont tous deux entièrement gratuits et open source, sans édition payante ni fonctionnalité verrouillée derrière un abonnement. La vraie question budgétaire pour un lecteur français porte donc moins sur le logiciel que sur le matériel utilisé et le coût d’opportunité face à Windows.
| Poste de coût | Montant | Remarque |
|---|---|---|
| Installation Bazzite (toutes éditions) | 0 € | Téléchargement direct, aucun compte requis |
| Installation CachyOS (bureau ou handheld) | 0 € | ISO Calamares ou CLI, aucun compte requis |
| Licence Windows 11 Famille (point de comparaison) | 145 € | Prix officiel Microsoft Store France |
| Steam Deck OLED 512 Go (matériel type handheld) | 779 € | Compatible nativement avec les deux distributions |
| ASUS ROG Ally X (matériel compatible) | 889 € | Cible de la CachyOS Handheld Edition et de Bazzite Deck |
| Don communautaire CachyOS | Libre | Financement direct, sans structure de fondation |
| Don via Open Collective (Bazzite) | Libre | Répartition des fonds publiée en ligne |
Concrètement, remplacer Windows par l’une ou l’autre distribution sur un PC ou un handheld existant représente une économie immédiate de 145 € par machine, sans compter l’absence de télémétrie ou de publicités intégrées au système – un argument qui revient régulièrement dans les témoignages d’utilisateurs ayant basculé après la hausse des prix des handhelds observée depuis 2025.
Quelle Distro Choisir ? 5 Cas d’Usage Concrets
Au-delà des benchmarks, le bon choix dépend surtout du profil d’utilisation. Voici cinq scénarios concrets et la recommandation qui en découle.
| Profil de joueur | Distribution recommandée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Débutant Linux sur Steam Deck ou ROG Ally | Bazzite | Rollback automatique, zéro maintenance, interface Steam familière |
| Joueur cherchant le maximum de FPS/1 % low | CachyOS | Paquets optimisés CPU, Proton-CachyOS, ordonnanceurs réglés |
| Boîtier salon HTPC avec rétrogaming | Bazzite | Émulateurs préinstallés, édition -deck-gnome pensée pour la TV |
| Bidouilleur souhaitant changer de noyau/DE | CachyOS | 17+ environnements, choix du noyau, accès AUR complet |
| Possesseur de carte graphique Nvidia récente | Bazzite | Image dédiée avec pilote propriétaire pré-intégré |
| ROG Ally X ou Legion Go en remplacement de Windows | CachyOS Handheld Edition | Mises à jour firmware supportées, ordonnanceur LAVD dédié |
Un sixième cas mérite d’être mentionné à part : le joueur qui possède déjà plusieurs machines. Rien n’empêche d’installer Bazzite sur le Steam Deck familial pour sa fiabilité et CachyOS sur un PC de bureau dédié où la performance prime – les deux distributions partagent suffisamment de logiciels communs (Steam, Proton, MangoHud) pour que la bibliothèque de jeux et les sauvegardes cloud restent identiques d’une machine à l’autre.
Guide de Migration : Passer à Bazzite ou à CachyOS
Que ce soit depuis Windows 11 ou depuis une autre distribution Linux, la procédure de bascule suit les mêmes grandes étapes pour les deux systèmes. Contrairement à une installation Linux traditionnelle, ni Bazzite ni CachyOS ne demandent de configurer manuellement les pilotes graphiques ou le support Steam après coup : les deux images arrivent préconfigurées pour le jeu dès le premier démarrage, ce qui ramène le temps d’installation total à moins d’une heure sur la plupart des configurations, clé USB comprise.
- Sauvegarder sa bibliothèque – les jeux Steam se retéléchargent automatiquement, mais les sauvegardes locales hors Steam Cloud doivent être copiées manuellement avant de reformater.
- Choisir la bonne image – bazzite-deck ou bazzite-deck-gnome pour un handheld/HTPC, variante desktop KDE/GNOME pour une tour ; CachyOS Handheld Edition pour un ROG Ally/Steam Deck/Legion Go, image desktop pour un PC fixe.
- Créer une clé USB bootable – avec Ventoy, Rufus (depuis Windows) ou dd (depuis Linux/macOS), à partir de l’ISO téléchargée sur bazzite.gg ou cachyos.org.
- Démarrer sur la clé USB – en accédant au menu de boot (souvent F12, Échap ou le bouton volume bas sur un handheld) et en désactivant le Secure Boot si l’installeur le demande.
- Lancer l’installation graphique – Ventoy ou Calamares guident le partitionnement ; un effacement complet du disque est recommandé pour une première installation.
- Configurer Steam et Proton au premier démarrage – se connecter à Steam, activer Proton Experimental ou Proton-CachyOS dans les propriétés de compatibilité, puis relancer le téléchargement de la bibliothèque.
- Vérifier pilotes et firmware – sur CachyOS, confirmer que gamescope-session-cachyos est actif sur un handheld pour débloquer les mises à jour firmware ; sur Bazzite, l’application Bazzite Portal centralise ces réglages.
Pour un utilisateur venant d’Arch Linux classique et qui souhaite simplement ajouter les optimisations CachyOS sans réinstaller depuis zéro, le projet propose aussi un script de migration qui ajoute son dépôt de paquets optimisés à une installation Arch existante :
curl https://mirror.cachyos.org/cachyos-repo.tar.xz -o cachyos-repo.tar.xz
tar xvf cachyos-repo.tar.xz && cd cachyos-repo
sudo ./cachyos-repo.sh
sudo pacman -Syyu
Bazzite ne propose pas d’équivalent, puisque son modèle d’image immuable ne permet pas de « greffer » ses optimisations sur une installation Fedora existante : il faut réinstaller l’image complète.
Avantages et Inconvénients
Bazzite – avantages : rollback automatique en cas de mise à jour ratée ; interface Steam Gaming Mode familière dès le premier démarrage ; émulateurs et gestionnaire de jeux préinstallés ; six éditions couvrant desktop, handheld et HTPC ; gouvernance mutualisée via l’Open Gaming Collective qui accélère la correction des bugs matériels.
Bazzite – inconvénients : personnalisation plus limitée que sur une distribution traditionnelle ; changement d’environnement de bureau contraignant sur un système en image ; dépendant du rythme de publication de Fedora Atomic pour les correctifs.
CachyOS – avantages : paquets recompilés avec optimisations CPU modernes ; choix de 17+ environnements de bureau et de plusieurs ordonnanceurs noyau ; fork Proton-CachyOS avec support FSR 4 et correctifs rapides ; accès complet à l’AUR ; part de marché Linux/Steam en forte croissance.
CachyOS – inconvénients : maintenance plus active requise (snapshots recommandés avant mise à jour) ; pas de filet de sécurité automatique en cas de régression ; projet indépendant sans le soutien structurel de l’Open Gaming Collective ; installation desktop plus technique que celle de Bazzite.
Verdict Final : Bazzite ou CachyOS en 2026 ?
Les données disponibles ne désignent pas de vainqueur absolu, mais elles dessinent deux profils d’utilisateurs très distincts. Pour un joueur qui veut simplement remplacer Windows sur son Steam Deck, son ROG Ally ou dans son salon sans jamais rouvrir un terminal, Bazzite reste le choix le plus sûr : son modèle d’image immuable, ses six éditions ciblées et son adhésion à l’Open Gaming Collective en font l’option la plus proche d’un SteamOS universel, avec 8 887 étoiles GitHub et le soutien structurel d’un fabricant matériel comme ASUS Linux.
Pour un joueur prêt à consacrer une heure de configuration supplémentaire en échange d’un gain de régularité en jeu – meilleurs 1 % low selon XDA, fork Proton dédié, choix fin de l’ordonnanceur – CachyOS est le pari le plus cohérent avec les données 2026 : sa progression de part de marché parmi les joueurs Linux sur Steam (près de 14 %, en hausse de presque 5 points en un seul mois mi-2026) est le signal le plus concret que la communauté valide déjà ce compromis. Dans le doute, les deux systèmes étant gratuits et installables en moins d’une heure, tester les deux sur une clé USB reste la méthode la plus fiable pour trancher selon son propre matériel.
Un dernier facteur devrait peser dans la décision au-delà des FPS : la trajectoire de chaque projet. Bazzite bénéficie désormais du soutien structurel de l’Open Gaming Collective et d’un fabricant matériel comme ASUS Linux, ce qui garantit une maintenance à long terme même si l’équipe cœur de Universal Blue venait à réduire son implication. CachyOS, en restant indépendant, reste entièrement dépendant de l’énergie de sa communauté de bénévoles et de ses donateurs – un modèle qui a fait ses preuves depuis plusieurs années mais qui expose, structurellement, à un risque de ralentissement si l’intérêt de la communauté venait à se déplacer vers un autre projet. Aucun des deux scénarios n’est probable à court terme début août 2026, mais un lecteur qui installe un système pour les trois prochaines années devrait en tenir compte autant que du dernier chiffre de FPS.
Questions Fréquentes
Bazzite et CachyOS sont-ils vraiment gratuits ?
Oui, les deux distributions sont open source et téléchargeables gratuitement, sans édition payante ni compte obligatoire. Seuls des dons volontaires financent leur développement.
Peut-on installer CachyOS directement sur un Steam Deck ?
Oui, la CachyOS Handheld Edition prend officiellement en charge le Steam Deck OLED et LCD, au même titre que le ROG Ally et le Legion Go, avec un support des mises à jour firmware depuis la mise à jour de mars 2026.
Bazzite fonctionne-t-il sur un ASUS ROG Ally ou un Lenovo Legion Go ?
Oui, les éditions bazzite-deck et bazzite-deck-gnome ne sont pas exclusives au matériel Valve : elles s’installent sur n’importe quel handheld PC, y compris le ROG Ally et le Legion Go.
Quelle est la différence entre CachyOS et SteamOS ?
SteamOS est le système propriétaire de Valve, conçu en priorité pour le Steam Deck. CachyOS est une distribution Arch indépendante qui propose sa propre édition Handheld inspirée de SteamOS, mais reste installable sur n’importe quel PC, avec un choix de noyaux et d’environnements que SteamOS ne propose pas.
Faut-il des connaissances Linux avancées pour utiliser ces distributions ?
Non pour Bazzite, pensé pour fonctionner sans intervention technique. CachyOS reste accessible via son installeur graphique Calamares, mais tirer parti de ses options avancées (choix du noyau, snapshots Btrfs) demande une familiarité minimale avec Linux.
Les jeux Windows fonctionnent-ils sur ces deux distributions ?
Oui, via Proton. Bazzite utilise le Proton officiel de Valve, tandis que CachyOS propose son propre fork Proton-CachyOS, avec des correctifs plus rapides mais une compatibilité parfois moins uniforme que la version stock.
Peut-on faire tourner CachyOS et Bazzite en double amorçage avec Windows ?
Oui, les deux installeurs proposent un partitionnement manuel compatible avec un double amorçage, à condition de désactiver au préalable la mise en veille prolongée rapide de Windows pour éviter toute corruption de partition.
Quelle distribution choisir en 2026 pour un usage handheld exclusif ?
Pour un premier remplacement de Windows sans prise de risque, Bazzite reste recommandé. Pour un utilisateur déjà familier de Linux qui veut maximiser la régularité des images par seconde, CachyOS Handheld Edition constitue l’alternative la plus aboutie testée à ce jour.
Contenus liés
- Nobara vs Bazzite : l’autre comparatif de distributions gaming
- Bazzite vs SteamOS : lequel couvre le plus d’appareils
- Installer Bazzite : le guide complet en 12 étapes
- Steam Deck vs ROG Ally X : le comparatif matériel
- Batocera vs RetroPie vs Recalbox pour le rétrogaming
- ROG Ally vs ROG Ally X : lequel choisir
- Toute l’actualité Jeux Vidéo sur shattered.io




