Le Steam Hardware Survey de juillet 2026 vient de confirmer que Linux repasse au-dessus de la barre des 4 % de parts d’usage sur Steam, porté notamment par SteamOS Holo qui pèse désormais environ 22 % de ce segment. Mais derrière SteamOS, deux distributions se disputent le titre de meilleure alternative pour le jeu vidéo sous Linux sur un PC classique ou un boîtier salon : Nobara, portée depuis 2022 par le créateur de Proton-GE, et Bazzite, projet communautaire lancé fin 2023 qui a rapidement dépassé les 8 800 étoiles sur GitHub. Les deux sont gratuites, les deux tournent sur la même base Fedora, et les deux viennent de rejoindre la même alliance industrielle, l’Open Gaming Collective. Pourtant, leurs philosophies techniques sont diamétralement opposées. Ce comparatif détaille les spécifications, les benchmarks de cinq sources indépendantes, les tarifs, cinq cas d’usage concrets et un guide de migration complet pour trancher entre les deux en 2026.

Qu’est-ce que Nobara ? Origines et philosophie

Nobara est créée par Thomas Crider, plus connu sous le pseudonyme GloriousEggroll, également auteur de Proton-GE, la version personnalisée de Proton utilisée par une large partie de la communauté Linux gaming et qui dépasse aujourd’hui les 14 775 étoiles sur GitHub. Le projet Nobara est sorti pour la première fois le 10 juillet 2022, avec un objectif simple : prendre Fedora, la distribution Linux généraliste soutenue par Red Hat, et y préinstaller tout ce qu’un joueur doit habituellement configurer à la main (pilotes propriétaires, codecs multimédias, outils de capture, optimisations noyau) pour livrer une expérience prête à l’emploi dès le premier démarrage.

Techniquement, Nobara reste une distribution mutable au sens classique du terme : le système de fichiers racine est accessible en écriture directe, comme sur n’importe quelle distribution RPM traditionnelle. Le gestionnaire de paquets est DNF5, la nouvelle génération du gestionnaire par défaut de Fedora depuis la version 41, dont Nobara hérite naturellement. Le projet propose cinq éditions de bureau : l’édition Officielle sous KDE Plasma, une variante GNOME, une variante KDE pure, ainsi que deux éditions pensées pour les usages salon et portables, Steam-HTPC et Steam-Handheld. Depuis le 13 mai 2025, avec le passage à la version 42, Nobara a basculé vers un modèle en rolling release : plus besoin de réinstaller le système à chaque nouvelle version majeure de Fedora, les mises à jour arrivent en continu. Le navigateur Brave a remplacé Firefox par défaut le même jour. La version actuelle, Nobara 43, repose sur la base Fedora Linux 43, soit un cycle Fedora derrière Bazzite. Sur DistroWatch, Nobara occupe la 16e place du classement avec environ 565 visites par jour et 134 avis utilisateurs, davantage que Bazzite en nombre d’avis cumulés malgré un score moyen légèrement inférieur (8,2 sur 10).

Deux outils maison distinguent Nobara du reste de l’écosystème Fedora : le Nobara Driver Manager, une interface graphique qui permet de choisir précisément la branche de pilote NVIDIA à utiliser sans toucher au terminal, et le Nobara Tweak Tool, qui centralise les réglages de performance, de confidentialité et d’affichage. Le financement du projet repose sur le Patreon personnel de GloriousEggroll, qui compte plus de 1 525 membres à partir de 1 dollar par mois (tous les paliers donnent accès au même rôle Discord “Supporter”), complété par des dons ponctuels via Ko-fi. Le site officiel nobaraproject.org centralise les téléchargements des cinq éditions, tandis que la fiche Wikipédia du projet retrace son historique complet depuis 2022.

Qu’est-ce que Bazzite ? Origines et philosophie

Bazzite naît en novembre 2023 au sein de la communauté Universal Blue, un collectif qui construit plusieurs distributions Linux immuables basées sur Fedora Atomic. Contrairement à Nobara, Bazzite n’a pas de mainteneur unique identifié : c’est un projet porté collectivement, avec des dizaines de contributeurs actifs sur GitHub. Sa philosophie s’inspire directement de SteamOS : offrir une expérience console, prévisible et difficile à casser, plutôt qu’un bureau Linux traditionnel repeint aux couleurs du jeu vidéo.

La version actuelle, Bazzite 44, repose sur Fedora 44 et a atterri courant avril 2026. Le dépôt principal ublue-os/bazzite sur GitHub affiche 8 872 étoiles et 1 015 forks au moment de la rédaction, avec des mises à jour du code poussées quasiment tous les jours. Le projet propose six variantes d’image : standard, standard avec pilotes NVIDIA, GNOME, GNOME avec NVIDIA, ainsi que deux images dédiées aux consoles portables, Deck et Deck GNOME. Bazzite documente officiellement plus de 20 appareils portables compatibles, du Steam Deck original aux derniers ROG Ally, Legion Go et MSI Claw.

Le financement suit une logique délibérément différente de Nobara : Bazzite passe par Open Collective, avec deux entités légales distinctes (une aux États-Unis, une en Union européenne) qui publient un budget consultable publiquement, façon fondation à but non lucratif, complété par GitHub Sponsors. Universal Blue a explicitement écarté Patreon pour privilégier cette transparence financière. Sur DistroWatch, Bazzite occupe la 10e place du classement des distributions les plus consultées, avec environ 894 visites par jour et une note moyenne de 8,5 sur 10 sur 59 avis.

Architecture système : mutable contre immuable

C’est la ligne de fracture technique qui explique presque toutes les autres différences entre Nobara et Bazzite. Sur Nobara, le système fonctionne comme n’importe quelle distribution RPM classique : la racine (/) est en lecture-écriture, un dnf install ou dnf update modifie immédiatement les fichiers système, et il est possible d’éditer directement n’importe quel composant. C’est puissant et familier pour quiconque a déjà utilisé Fedora, mais cela signifie aussi qu’une mise à jour de pilote mal engagée ou une mauvaise manipulation en tant que root peut, dans de rares cas, rendre le système instable sans filet de sécurité intégré.

Bazzite fonctionne à l’inverse sur un modèle d’image immuable, géré par rpm-ostree et la technologie bootc. Le système racine est monté en lecture seule ; toute modification de fond passe soit par une image signée téléchargée depuis les serveurs du projet, soit par un “layering” de paquets supplémentaires au-dessus de cette image de base. Chaque mise à jour crée une nouvelle image tout en conservant l’image précédente disponible : en cas de problème, une seule commande (rpm-ostree rollback) restaure l’état antérieur, sans passer par une réinstallation ou une restauration de sauvegarde. Pour les changements du quotidien qui ne nécessitent pas de toucher au système de base, Bazzite s’appuie sur des scripts ujust (des recettes prêtes à l’emploi de l’écosystème Universal Blue) et sur Flatpak/Distrobox pour installer des applications sans jamais modifier l’image immuable elle-même.

Aucun des deux modèles n’est strictement supérieur : le choix dépend de ce que l’utilisateur attend de son système. Un joueur qui veut pouvoir tout modifier en profondeur, compiler ses propres pilotes ou patcher son noyau se sentira à l’étroit sur une image immuable. Un joueur qui veut avant tout que “ça marche” et qui redoute de casser son PC en pleine partie appréciera le filet de sécurité qu’offre Bazzite.

Nobara vs Bazzite : tableau comparatif des spécifications

Le tableau ci-dessous synthétise les quinze critères techniques les plus déterminants pour choisir entre les deux distributions.

CritèreNobaraBazzite
Base systèmeFedora Linux 43Fedora Atomic (Fedora 44)
Type d’imageMutable (RPM/DNF classique)Immuable (rpm-ostree / bootc)
CréateurThomas “GloriousEggroll” Crider, un mainteneurCommunauté Universal Blue
Première sortie10 juillet 2022Novembre 2023
Gestionnaire de paquetsDNF5rpm-ostree + Flatpak/Distrobox
Modèle de mise à jourRolling release (depuis mai 2025)Images signées, cadence Fedora Atomic
Éditions disponibles5 (Officielle KDE, GNOME, KDE, Steam-HTPC, Steam-Handheld)6 (standard, NVIDIA, GNOME, GNOME NVIDIA, Deck, Deck GNOME)
Navigateur par défautBraveAucun imposé sur l’image Deck
Pilotes GPU propriétairesPréinstallés, sélection via Driver ManagerImage -nvidia séparée à choisir à l’installation
Rollback système natifNon (nécessite Timeshift ou snapshots Btrfs manuels)Oui, une commande (rpm-ostree rollback)
Matériel portable documentéPas de liste appareil par appareil publiée20+ consoles portables listées officiellement
FinancementPatreon (1 525+ membres) + Ko-fiOpen Collective (US + UE) + GitHub Sponsors
Étoiles GitHub (dépôt principal)78 (nobara-images, code fragmenté sur plusieurs dépôts)8 872 (ublue-os/bazzite)
Classement DistroWatch#16 · 565 visites/jour · 134 avis · 8,2/10#10 · 894 visites/jour · 59 avis · 8,5/10
Membre fondateur Open Gaming CollectiveOui (janvier 2026)Oui (janvier 2026)

Un point mérite d’être clarifié sur le nombre d’étoiles GitHub : contrairement à Bazzite, dont tout le code vit dans un seul dépôt central, celui de Nobara est éclaté entre plusieurs dépôts sous l’organisation Nobara-Project (nobara-images, rpm-sources, nobara-core-packages, dnf-app-center…). Comparer directement les 78 étoiles de nobara-images aux 8 872 de Bazzite sous-estime donc largement l’usage réel de Nobara, qui reste une distribution très active dans les classements DistroWatch avec davantage d’avis utilisateurs cumulés que Bazzite.

Performances et benchmarks : qui pousse le plus de FPS ?

Puisque Nobara et Bazzite partagent le même noyau Linux issu de Fedora, la même pile graphique Mesa, le même compositeur Gamescope et la même couche de compatibilité Proton, l’écart de performance pure entre les deux distributions elles-mêmes reste faible. C’est en changeant de variable, marque de GPU, jeu ou système d’exploitation de référence, que des écarts significatifs apparaissent.

SourceConfiguration testéeRésultat
Tech2Geek (Alex Dubois, févr.-mars 2026)Intel Core i5-12600K + RX 7900 XTX + 32 Go RAMÉcart de 5 à 10 FPS entre Bazzite, CachyOS et Nobara, “souvent indissociable en jeu réel”
Digitnaut (Gnaneshwar Gaddam, mars 2026)Configuration comparable, même classe de GPUConfirme un écart moyen de 5 à 10 FPS entre Bazzite, Nobara et Pop!_OS
mkultra.monster (cmdr-nova, mars 2026)Analyse multi-titres, part de marché SteamProton couvre environ 90 % de la bibliothèque Steam sur les distributions basées Fedora ; seul CachyOS (base Arch) sort du lot avec +5 à 15 % sur les titres liés au CPU
Tech2Geek (Alex Dubois, test dédié, mars 2026)RTX 3060 + Ryzen 5 5600X, Windows 11 vs Bazzite 43Windows 11 devance Bazzite de 6,6 % en moyenne sur les jeux AAA récents, mais Bazzite l’emporte nettement en émulation (Bayonetta 3 via Eden : 131 IPS contre 80 IPS sous Windows) et fait quasi jeu égal sur Counter-Strike 2 (écart d’environ 1 %)
GamersNexus (Steve Burke, déc. 2025 – févr. 2026)RX 9070 XT vs RTX 5090 sous BazziteLes GPU AMD affichent un comportement “anormalement favorisé” par rapport à la hiérarchie habituelle sous Windows, avec un frame pacing plus stable sur plusieurs titres ; comparaison non directement transposable à Windows selon les auteurs eux-mêmes

La conclusion qui ressort de ces cinq sources indépendantes est sans appel : le choix entre Nobara et Bazzite ne devrait jamais reposer sur un espoir de gain de FPS. L’écart de 5 à 10 images par seconde relevé à plusieurs reprises se situe dans la marge de bruit d’un benchmark, largement dominé par la marque de carte graphique et le jeu testé. C’est l’architecture système, pas le moteur graphique, qui doit guider la décision.

Deux médias francophones spécialisés, JustGeek et VB Informatique, ont publié leurs propres comparatifs Nobara/Bazzite/CachyOS courant 2026 et aboutissent à un verdict identique à celui de ce dossier : Bazzite pour l’installation “on installe, on joue” façon console, Nobara pour l’équilibre entre confort et contrôle. VB Informatique cite d’ailleurs un troisième point de comparaison utile, tiré d’un test sur Ryzen 7 7800X3D et RX 7900 XTX sous Cyberpunk 2077 : CachyOS, la distribution basée sur Arch plutôt que Fedora, y devance les deux systèmes de seulement 2 à 3 FPS, une confirmation supplémentaire que l’écart entre familles de distributions Linux reste globalement marginal en jeu.

Pilotes graphiques, Proton et compatibilité des jeux

Sur les pilotes NVIDIA propriétaires, les deux distributions divergent nettement dans leur approche. Nobara les préinstalle directement et laisse le Nobara Driver Manager gérer le choix de branche (production, nouvelle génération, ou legacy pour les cartes plus anciennes) sans quitter l’interface graphique. Bazzite impose de choisir l’image -nvidia dès l’installation ; changer de marque de carte graphique après coup implique de rebaser vers une autre image plutôt que de simplement désinstaller un paquet. Côté AMD, la différence s’efface presque totalement : les pilotes open source Mesa/RADV sont intégrés en amont dans le noyau Linux, donc identiques sur les deux systèmes.

Sur la compatibilité des jeux à proprement parler, les deux s’appuient sur Proton, la couche de compatibilité Windows-vers-Linux de Valve. Nobara va plus loin en embarquant par défaut Proton-GE, le fork personnalisé de GloriousEggroll (14 775 étoiles GitHub) qui intègre des correctifs non encore fusionnés dans le Proton officiel de Valve. Sur Bazzite, Proton-GE reste à une installation près via des outils comme ProtonUp-Qt, distribués en Flatpak. Dans les deux cas, la couverture réelle de la bibliothèque Steam avoisine 90 % des titres jouables selon les relevés de mkultra.monster, un chiffre qui dépend davantage de l’éditeur du jeu (présence ou non d’un anti-triche kernel-level bloquant) que de la distribution choisie.

Matériel supporté : Steam Deck, ROG Ally, Legion Go et consoles portables

C’est sur le terrain du matériel portable que Bazzite construit son avantage le plus visible. Le projet documente officiellement plus de 20 consoles portables compatibles, du Steam Deck original à l’OLED, en passant par les ROG Ally, ROG Ally X, Legion Go, Legion Go S, Legion Go 2 et les modèles MSI Claw. Son image bazzite-deck est spécifiquement calibrée pour démarrer directement en mode Steam Big Picture façon console, avec Gamescope comme compositeur de session. Nobara propose une édition Steam-Handheld équivalente dans l’esprit, avec des correctifs spécifiquement documentés pour le Legion Go par plusieurs testeurs, mais sans matrice de compatibilité officielle appareil par appareil comparable à celle de Bazzite.

Nobara et NVIDIA : l’avantage historique

La quasi-totalité des consoles portables x86 du marché (Steam Deck, ROG Ally, Legion Go) embarquent des puces AMD, ce qui neutralise en grande partie l’avantage pilotes de Nobara sur ce segment. C’est sur un PC de bureau équipé d’une carte NVIDIA GeForce RTX que Nobara reprend l’avantage : les pilotes propriétaires préinstallés et le Driver Manager graphique évitent la manipulation d’image spécifique qu’impose Bazzite pour les configurations NVIDIA.

Écosystème logiciel : Steam, Proton-GE, Lutris et au-delà

Les deux distributions livrent un socle logiciel très proche : Steam, MangoHUD pour l’overlay de performance, GameMode pour les optimisations à la volée, OBS Studio pour la capture et le streaming. Pour les bibliothèques de jeux hors Steam, les utilisateurs des deux systèmes se tournent généralement vers Heroic Games Launcher ou Lutris, tous deux disponibles nativement. La différence se joue dans la méthode d’installation d’un logiciel qui ne fait pas partie de l’image de base : sur Nobara, un simple dnf install suffit, exactement comme sur n’importe quelle Fedora classique. Sur Bazzite, tout ce qui sort de l’image immuable passe par Flatpak ou par Distrobox, une conteneurisation légère qui isole les paquets traditionnels sans jamais toucher au système racine en lecture seule.

Pour les joueurs qui veulent également remonter en jeux rétro, les deux distributions cohabitent sans problème avec des frontends dédiés comme EmuDeck ; notre comparatif EmuDeck vs RetroDECK détaille les différences entre les deux principales solutions du marché pour cet usage précis.

Tarifs et modèles de financement

Nobara et Bazzite sont toutes les deux entièrement gratuites et open source, sans la moindre fonctionnalité verrouillée derrière un abonnement. La vraie différence porte sur la manière dont chaque projet finance son développement, et sur le matériel de référence sur lequel les utilisateurs les installent le plus souvent.

PosteNobaraBazzite
Licence du système0 € (open source)0 € (open source)
Fonctionnalités payantesAucuneAucune
Modèle de financementPatreon dès 1 $/mois + Ko-fiOpen Collective (US + UE) + GitHub Sponsors
Transparence des fondsNon publiqueBudget consultable publiquement
Steam Deck OLED 1 To (matériel de référence)779 €779 €
ROG Xbox Ally X (matériel de référence)899 €899 €
Legion Go 2 (matériel de référence)à partir de 999 €à partir de 999 €
PC de bureau existantRéutilisable tel quelRéutilisable, image -nvidia requise pour GeForce

Le choix du modèle de financement n’est pas anodin. En optant pour Open Collective plutôt que Patreon, Universal Blue s’aligne sur une logique de fondation à but non lucratif où chaque dépense est publiquement traçable, un choix assumé pour rassurer les entreprises et les distributeurs de matériel qui pourraient vouloir s’associer au projet. Nobara reste sur un modèle plus classique de créateur individuel soutenu directement par sa communauté.

L’Open Gaming Collective : une alliance qui redistribue les cartes

Fin janvier 2026 (les annonces se sont échelonnées entre le 28 et le 30), Bazzite et Nobara ont rejoint, aux côtés de ChimeraOS, Playtron, Fyra Labs, PikaOS, ShadowBlip et ASUS Linux, la création de l’Open Gaming Collective (OGC). L’objectif affiché : mutualiser trois briques techniques au lieu de les développer en parallèle sur chaque distribution. Un noyau OGC commun regroupant les correctifs de performance gaming, un fork partagé de Gamescope pour élargir le support matériel, et surtout InputPlumber, le démon de remappage d’entrées écrit en Rust par ShadowBlip (549 étoiles et 60 forks sur GitHub), qui devient la couche d’entrée unifiée de l’ensemble de l’alliance. L’annonce, largement reprise par la presse spécialisée anglophone dont KitGuru et XDA Developers, marque la première fois que des distributions habituellement concurrentes formalisent un partage de code aussi poussé.

Le communiqué fondateur de l’OGC résume la logique de l’alliance : plutôt que chaque distribution maintienne des correctifs séparés et un support matériel fragmenté, les améliorations profitent désormais à tout l’écosystème simultanément. Concrètement pour Bazzite, cela s’est traduit par l’abandon progressif de son propre démon d’entrée maison, Handheld Daemon (HHD), au profit d’InputPlumber : le contrôle RGB et la gestion des ventilateurs basculent directement dans l’interface Steam, tandis que les fonctionnalités hors overlay Steam restent accessibles via une interface allégée. C’est l’un des angles les moins couverts par la presse généraliste sur ce duel Nobara-Bazzite, alors qu’il change concrètement la trajectoire technique des deux projets pour les mois à venir.

Sécurité et mises à jour : images signées contre root direct

Le modèle immuable de Bazzite change la donne en matière de surface d’attaque. Les images système sont signées cryptographiquement avant distribution, ce qui réduit le risque qu’une modification malveillante s’infiltre silencieusement dans la chaîne de mise à jour par rapport à un modèle de confiance paquet par paquet. Surtout, si une mise à jour s’avère compromise ou instable, rpm-ostree rollback revient à l’image précédente en une commande, sans opération de nettoyage manuelle ni investigation poussée.

Sur Nobara, l’accès root classique élargit mécaniquement la surface d’attaque si un processus compromis obtient les droits administrateur : les modifications peuvent persister silencieusement sans mécanisme de restauration natif. En contrepartie, tous les outils de durcissement Linux traditionnels (SELinux en mode enforcing, firewalld, pare-feu applicatif) s’appliquent exactement comme sur n’importe quelle Fedora, sans particularité à apprendre. Les deux distributions héritent d’ailleurs de SELinux activé par défaut en mode enforcing, une politique de sécurité que Fedora impose depuis de nombreuses versions et qu’aucune des deux ne désactive.

Communauté et support : Discord, forums et documentation

Face à un problème de configuration à 23h un dimanche, la qualité du support communautaire pèse souvent plus lourd que n’importe quelle fiche technique. Nobara centralise son entraide sur un serveur Discord accessible via le Patreon du projet, complété par une documentation FAQ maintenue sur wiki.nobaraproject.org et par les tickets GitHub ouverts sur les différents dépôts de l’organisation Nobara-Project, dont le dépôt principal nobara-images.

Bazzite structure son support différemment, à l’image de son financement façon fondation. La documentation officielle vit sur docs.bazzite.gg, qui détaille aussi la répartition des dons sur sa page de transparence financière. Les annonces et discussions asynchrones passent par le forum universal-blue.discourse.group, qui redirige explicitement les demandes de support technique en temps réel vers un Discord dédié aux soirées de jeu et à l’assistance live, ou vers le subreddit du projet. Dans les deux cas, la taille de la communauté a suivi la croissance du projet sur GitHub : ni Nobara ni Bazzite ne laisse un utilisateur bloqué sans réponse plus de quelques heures sur les canaux officiels.

5 cas d’usage concrets : quelle distribution pour quel profil ?

  • Joueur nomade sur Steam Deck, ROG Ally ou Legion Go : Bazzite s’impose grâce à son image -deck dédiée, ses 20+ appareils documentés officiellement et son rollback natif en cas de mise à jour ratée en déplacement.
  • Rig desktop équipé d’une carte NVIDIA RTX : Nobara conserve l’avantage avec ses pilotes propriétaires préinstallés et son Driver Manager graphique, qui évitent tout choix d’image à l’installation.
  • PC salon partagé entre plusieurs utilisateurs, enfants compris : le système racine en lecture seule de Bazzite rend beaucoup plus difficile de casser durablement la machine par une mauvaise manipulation.
  • Power user qui veut tout personnaliser en profondeur : Nobara, avec son accès root classique et DNF5, laisse une liberté totale pour patcher le système sans passer par le layering d’image.
  • Streamer ou créateur de contenu : Nobara a l’avantage avec OBS Studio préconfiguré, les codecs multimédias et les pilotes prêts à l’emploi dès la première session.
  • Ancien joueur Windows qui migre pour la première fois : le filet de sécurité du rollback natif de Bazzite limite le risque du scénario redouté “mon PC ne démarre plus” pendant l’apprentissage.

Guide de migration : passer à Nobara ou à Bazzite

Avant de choisir entre une installation en double amorçage (dual-boot) aux côtés de Windows ou un effacement complet du disque, mieux vaut préparer la clé USB d’installation avec Fedora Media Writer ou Ventoy, les deux outils recommandés officiellement par Nobara comme par Bazzite pour graver leurs images respectives.

Sauvegardez vos données avant de migrer

Steam Cloud resynchronise automatiquement la plupart des sauvegardes de jeu après une réinstallation, mais certains titres stockent leurs données localement sans jamais les envoyer sur le cloud. Le dossier compatdata de Proton, qui contient les préfixes Wine individuels de chaque jeu, mérite une copie manuelle avant toute migration.

# Sauvegarder les données Proton avant migration
rsync -avh --progress ~/.steam/steam/steamapps/compatdata/ /media/backup/compatdata/

Les étapes, pas à pas

  • Télécharger l’ISO correspondante (édition Nobara choisie, ou image Bazzite standard / -nvidia / -deck) depuis le site officiel du projet.
  • Créer une clé USB bootable avec Fedora Media Writer ou Ventoy.
  • Démarrer sur la clé USB et lancer le programme d’installation graphique (Anaconda pour les deux distributions).
  • Partitionner le disque : conserver une partition Windows existante pour un dual-boot, ou effacer entièrement pour une installation propre.
  • Terminer l’installation et redémarrer sur le nouveau système.
  • Sur Nobara, lancer une première mise à jour complète puis ouvrir Nobara Welcome pour les réglages post-installation. Sur Bazzite, ouvrir un terminal et lister les recettes de configuration disponibles.
  • Réinstaller Steam, se reconnecter, et laisser Steam Cloud resynchroniser automatiquement les sauvegardes compatibles.
  • Restaurer manuellement, depuis la sauvegarde réalisée à l’étape précédente, les données de jeu non couvertes par Steam Cloud.
# Bazzite : lister les recettes ujust disponibles après installation
ujust --list

# Nobara : mise à jour complète du système après le premier démarrage
sudo dnf update -y

Un point important à anticiper : basculer de Nobara vers Bazzite (ou l’inverse) n’est pas une simple mise à niveau. Les deux systèmes reposant sur des paradigmes différents (mutable contre immuable), il n’existe pas de chemin de migration en place ; il faut repartir d’une installation propre, d’où l’importance de la sauvegarde préalable des données Proton et des configurations personnalisées.

Avantages et inconvénients de Nobara

Avantages

  • Pilotes NVIDIA propriétaires préinstallés, avec sélection de branche via une interface graphique dédiée.
  • Un mainteneur unique et reconnu, également créateur de Proton-GE, garant d’une vision technique cohérente.
  • Accès root classique : personnalisation totale et immédiate du système.
  • Proton-GE inclus par défaut, sans installation supplémentaire.
  • DNF5 : workflow familier pour quiconque connaît déjà l’écosystème Fedora/RPM.

Inconvénients

  • Dépendance forte à un seul mainteneur (bus factor élevé).
  • Pas de rollback natif en un clic ; nécessite de configurer manuellement Timeshift ou des snapshots Btrfs.
  • Aucune liste de compatibilité matérielle officielle appareil par appareil.
  • Un cycle Fedora derrière Bazzite (Fedora 43 contre Fedora 44).
  • Visibilité GitHub fragmentée sur plusieurs dépôts, ce qui sous-représente l’usage réel du projet.

Avantages et inconvénients de Bazzite

Avantages

  • Rollback atomique natif en une seule commande après une mise à jour problématique.
  • Plus de 20 consoles portables officiellement documentées et testées.
  • Financement transparent façon fondation, budget public via Open Collective.
  • Développement porté par une large communauté plutôt qu’un seul mainteneur.
  • Membre fondateur actif de l’Open Gaming Collective, avec InputPlumber déjà intégré.

Inconvénients

  • Image -nvidia séparée à choisir dès l’installation ; changer de marque de GPU implique de rebaser vers une autre image.
  • Courbe d’apprentissage pour rpm-ostree, Flatpak et Distrobox chez les habitués du monde Debian ou Arch classique.
  • Redémarrage nécessaire pour appliquer certains changements touchant le système de base.
  • Projet plus jeune (novembre 2023), avec moins d’années de recul que le paradigme mutable traditionnel.
  • Toute application hors image doit passer par Flatpak ou Distrobox, parfois moins direct qu’un simple dnf install.

Le verdict : quelle distribution choisir en 2026 ?

Les cinq sources de benchmarks consultées pour ce comparatif convergent toutes vers la même conclusion : l’écart de FPS entre Nobara et Bazzite, de l’ordre de 5 à 10 images par seconde selon Tech2Geek et Digitnaut, ne justifie à lui seul aucun choix. La vraie décision se joue sur l’architecture. Bazzite s’impose pour les consoles portables, les PC salon partagés et tous les profils qui veulent un filet de sécurité intégré grâce au rollback atomique. Nobara reste la référence pour les configurations de bureau équipées de cartes NVIDIA et pour les power users qui veulent garder un accès root direct et sans compromis.

Avec Linux qui repasse au-dessus de 4 % de parts sur Steam en juillet 2026 et une alliance Open Gaming Collective qui mutualise désormais le noyau, Gamescope et la gestion des entrées entre les deux projets, la rivalité entre Nobara et Bazzite tire tout l’écosystème Linux gaming vers le haut plutôt que de le fragmenter. Le choix final reste une question de philosophie système, pas de performance brute.

Questions fréquentes

Nobara ou Bazzite, lequel est le plus rapide en jeu ?
Aucun des deux ne l’emporte de façon significative. Plusieurs sources indépendantes mesurent un écart de 5 à 10 FPS, largement dans la marge de bruit d’un benchmark, et davantage lié au GPU utilisé qu’à la distribution elle-même.

Peut-on installer Bazzite sur une Steam Deck comme système principal ?
Oui, via l’image bazzite-deck spécifiquement calibrée pour le matériel de Valve, avec un démarrage direct en mode console façon Steam Big Picture.

Nobara fonctionne-t-il bien avec une carte graphique AMD ?
Oui, les pilotes open source Mesa/RADV sont intégrés en amont dans le noyau Linux et fonctionnent de façon identique sur Nobara et sur Bazzite ; la différence entre les deux distributions ne se joue que sur les cartes NVIDIA.

Comment revenir en arrière après une mise à jour ratée sur Bazzite ?
Une seule commande, rpm-ostree rollback, restaure automatiquement l’image système précédente sans réinstallation ni sauvegarde à restaurer.

Faut-il payer un abonnement pour utiliser Nobara ou Bazzite ?
Non, les deux distributions sont entièrement gratuites et open source. Les paliers Patreon (Nobara) ou les dons Open Collective (Bazzite) sont purement optionnels et ne débloquent aucune fonctionnalité.

Peut-on faire tourner Windows en dual-boot à côté de Nobara ou Bazzite ?
Oui, les deux installateurs graphiques (Anaconda) proposent une option de partitionnement qui conserve une installation Windows existante aux côtés du nouveau système Linux.

Qu’est-ce que l’Open Gaming Collective change concrètement pour les joueurs ?
L’alliance mutualise un noyau commun, un fork de Gamescope et le démon d’entrée InputPlumber entre Bazzite, Nobara et six autres projets, ce qui signifie qu’une amélioration de compatibilité matérielle développée pour l’un profite désormais automatiquement aux autres.

Nobara et Bazzite sont-ils compatibles avec l’anti-triche des jeux en ligne ?
Cela dépend entièrement de l’éditeur du jeu, pas de la distribution. Les anti-triches qui fonctionnent au niveau noyau (Windows uniquement par conception) restent bloqués sur les deux systèmes de la même façon ; les titres qui utilisent un anti-triche compatible Proton fonctionnent identiquement sur Nobara et sur Bazzite.

Combien d’espace de stockage faut-il prévoir ?
Aucune des deux distributions ne publie de fiche technique officielle unique sur ce point. En agrégeant plusieurs guides d’installation, Nobara recommande généralement au moins 30 Go pour une installation minimale et 50 Go ou plus sur SSD pour un usage confortable avec plusieurs jeux. Sur Bazzite, le modèle en images signées impose de conserver l’image précédente en plus de la nouvelle le temps d’un rollback éventuel, ce qui pousse à prévoir davantage de marge libre que sur une distribution mutable classique.

Nobara et Bazzite conviennent-elles aussi à un usage bureautique classique ?
Oui. Les deux restent des systèmes Linux complets sous KDE Plasma ou GNOME, capables de faire tourner LibreOffice, un navigateur ou un client mail comme n’importe quelle distribution généraliste ; les optimisations gaming s’ajoutent au socle desktop plutôt que de le remplacer par un mode console fermé.

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