Depuis juin 2026, tout jeu vidéo vendant des objets aléatoires payants – les fameuses loot box – reçoit automatiquement une classification PEGI 16 en Europe, contre PEGI 3 auparavant pour des titres comme EA Sports FC. Cette réforme, annoncée le 12 mars 2026 par le PEGI (Pan European Game Information), n’est que la partie visible d’un mouvement réglementaire beaucoup plus large : en Italie, l’autorité de la concurrence AGCM a ouvert deux instructions contre Activision Blizzard pour Diablo Immortal et Call of Duty Mobile ; au Parlement européen, une résolution adoptée fin novembre 2025 réclame une interdiction de ces mécanismes pour les mineurs ; et la Commission prépare une Digital Fairness Act qui pourrait, à terme, transformer ces recommandations en droit contraignant.
La France, elle, occupe une position singulière. Ni interdiction à la belge, ni instruction à l’italienne : Paris a choisi de créer son propre cadre expérimental, les JONUM (jeux à objets numériques monétisables), pendant qu’une pétition citoyenne réclamant l’interdiction totale de ces mécanismes s’est éteinte avec seulement 59 signatures sur les 100 000 requises. Voici ce que ce virage réglementaire change concrètement, pour l’industrie comme pour les joueurs.
Qu’est-ce qu’une loot box, et pourquoi l’Europe s’y attaque maintenant
Une loot box est un objet numérique acheté avec de l’argent réel, ou avec une monnaie virtuelle elle-même achetée, dont le contenu – skins, personnages, cartes, améliorations – est déterminé par le hasard au moment de l’ouverture. Le mécanisme existe depuis plus d’une décennie, mais il redevient un sujet politique majeur en Europe pour trois raisons qui convergent en 2026.
D’abord, l’ampleur économique : le secteur pèse plusieurs dizaines de milliards de dollars par an dans le monde, avec une part européenne significative détaillée plus bas. Ensuite, la pression politique : le Parlement européen a voté fin 2025 une résolution appelant à bannir les mécanismes de type casino pour les mineurs. Enfin, le précédent belgo-néerlandais de 2018 sert désormais de point de comparaison pour mesurer ce que l’Europe n’a pas fait pendant près de huit ans. Retrouvez l’ensemble de notre actualité jeux vidéo pour suivre ces dossiers au fil de l’eau.
L’Italie ouvre le bal : l’AGCM enquête sur Activision Blizzard
Le signal le plus concret est venu de Rome. Le 16 janvier 2026, l’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato (AGCM), le régulateur italien de la concurrence et de la consommation, a annoncé l’ouverture de deux instructions distinctes contre Activision Blizzard, filiale du groupe Microsoft, sous les références PS13020 et PS13039. Elles visent deux jeux free-to-play parmi les plus rentables du marché : Diablo Immortal et Call of Duty Mobile, comme l’a également rapporté TechCrunch.
L’AGCM reproche à l’éditeur un ensemble de pratiques qualifiées de dark patterns : notifications répétées créant un sentiment d’urgence autour d’offres à durée limitée, dissimulation de la valeur réelle des monnaies virtuelles vendues en lots, contrôle parental désactivé par défaut (achats intégrés, temps de jeu et communication multijoueur activés sans intervention des parents), consentement au profilage commercial présenté comme obligatoire y compris pour des mineurs, information insuffisante sur le délai de rétractation, et blocage de comptes sans justification claire. À ce jour, aucune sanction n’a été prononcée : les deux instructions restent ouvertes.
Diablo Immortal et Call of Duty Mobile : ce que Rome reproche à Microsoft
Un exemple chiffré illustre le mécanisme de « piège à l’achat groupé » dénoncé par l’AGCM. Selon la presse économique italienne, la monnaie virtuelle de Diablo Immortal se vend par lots de 60 unités pour 0,99 €, soit environ 0,016 € l’unité, contre 15 000 unités plus bonus pour 187,99 €, soit environ 0,012 € l’unité. Cet écart pousse mécaniquement les joueurs les plus engagés vers les paquets les plus onéreux pour « optimiser » leur dépense.
L’association de consommateurs Codacons a soutenu l’instruction et menacé d’actions collectives en réparation si les manquements sont confirmés. Le cadre légal italien (décret législatif 26/2023, qui transpose la directive européenne Omnibus 2019/2161) prévoit des amendes allant de 5 000 € à 10 000 000 €, doublées en cas de récidive, et pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires réalisé en Italie pour les opérateurs transfrontaliers. Pour donner un ordre de grandeur, l’AGCM a infligé le 27 janvier 2026 une amende de 9 000 000 € à eDreams pour des pratiques d’abonnement trompeuses – une référence possible pour l’issue du dossier Activision Blizzard.
PEGI 16 par défaut : la réforme qui redéfinit la classification des jeux
Parallèlement à l’action italienne, c’est tout le système européen de classification par âge qui se réforme. Le 12 mars 2026, PEGI a annoncé sa refonte la plus importante depuis plus de dix ans : l’introduction de « catégories de risque interactif », effectives pour toute nouvelle soumission depuis juin 2026, comme l’a détaillé le cabinet Reed Smith. Concrètement, un jeu proposant des objets aléatoires payants – la définition officielle d’une loot box – reçoit désormais au minimum un PEGI 16, quel que soit son contenu en violence ou en langage. Les offres à durée ou quantité limitée entraînent un PEGI 12 minimum, les systèmes de récompense quotidienne un PEGI 7, et les jeux intégrant des NFT, des cryptoactifs ou une communication en ligne totalement libre grimpent directement à PEGI 18.
Point important : la réforme ne s’applique pas rétroactivement à l’ensemble du catalogue déjà classé. Seuls les nouveaux titres soumis à partir de juin 2026, ainsi que les mises à jour majeures de jeux existants, sont concernés.
L’exemple EA Sports FC et le précédent allemand
Le cas le plus souvent cité pour illustrer la portée de la réforme est celui d’EA Sports FC, dont les packs de joueurs du mode Ultimate Team font basculer la franchise de PEGI 3 à PEGI 16, un cas confirmé par Esports Legal News. PEGI reconnaît s’être largement inspiré du système allemand de la USK, qui avait durci ses propres critères de classification dès 2023. À l’époque, environ 30 % des jeux soumis à la USK avaient été évalués sous les nouveaux critères, et environ un tiers d’entre eux avaient vu leur classification relevée – un ordre de grandeur qui donne une idée de l’ampleur potentielle du changement à l’échelle européenne.
Chronologie : huit ans de tensions entre jeu vidéo et régulateurs
Le mouvement de 2026 ne sort pas de nulle part : il s’inscrit dans une séquence entamée il y a près de huit ans, entre initiatives nationales isolées et tentatives d’harmonisation européenne.
| Date | Événement | Juridiction |
|---|---|---|
| 2017-2018 | L’Arjel conclut que les loot box non échangeables (« type E-I ») échappent à la définition légale du jeu d’argent | France |
| Avril 2018 | La Commission des jeux de hasard juge les loot box d’Overwatch, CS:GO et FIFA 18 illégales | Belgique |
| 20 juin 2018 | Échéance fixée par la Kansspelautoriteit pour la mise en conformité des loot box | Pays-Bas |
| 21 mai 2024 | Adoption de la loi SREN, dont les articles 40 et 41 créent le cadre expérimental JONUM | France |
| 8 mai 2025 | Dépôt d’une pétition à l’Assemblée nationale pour l’interdiction totale des loot box | France |
| 16 octobre 2025 | La commission IMCO du Parlement européen vote pour intégrer les loot box à la future Digital Fairness Act | Union européenne |
| 26 novembre 2025 | Le Parlement européen adopte en plénière sa résolution sur la protection des mineurs en ligne (483 voix pour, 92 contre) | Union européenne |
| 16 janvier 2026 | L’AGCM ouvre deux instructions contre Activision Blizzard (Diablo Immortal, Call of Duty Mobile) | Italie |
| 4-7 février 2026 | Publication puis entrée en vigueur du décret n°2026-60 encadrant l’expérimentation JONUM | France |
| 16 février 2026 | La pétition contre les loot box est classée sans suite (59 signatures sur 100 000 requises) | France |
| 12 mars 2026 | PEGI annonce sa réforme des « catégories de risque interactif » | Europe (PEGI) |
| Juin 2026 | Entrée en vigueur : PEGI 16 minimum pour tout jeu vendant des objets aléatoires payants | Europe (PEGI) |
Le Parlement européen et la Digital Fairness Act : vers une loi contraignante
Le 16 octobre 2025, la commission IMCO (marché intérieur et protection des consommateurs) du Parlement européen a voté en faveur d’inclure une interdiction des mécanismes de type casino, dont les loot box, dans la future Digital Fairness Act. Le 26 novembre 2025, le Parlement a confirmé cette orientation en séance plénière en adoptant une résolution sur la protection des mineurs en ligne par 483 voix pour, 92 contre et 86 abstentions (procédure 2025/2060(INI)). Le texte demande à la Commission d’interdire ces mécanismes de type casino pour les mineurs, de désactiver par défaut les fonctionnalités addictives – défilement infini, lecture automatique – pour les moins de 18 ans, et d’harmoniser un âge numérique minimal de 16 ans pour les réseaux sociaux et les compagnons IA, avec un plancher absolu à 13 ans.
Cette résolution n’a aucune force contraignante : elle fixe une orientation politique et presse la Commission d’agir. L’instrument réellement contraignant serait la Digital Fairness Act elle-même, dont la proposition formelle de la Commission est attendue au second semestre 2026 – une adoption définitive avant 2027 paraît peu probable compte tenu du calendrier habituel du trilogue européen, comme le rappelle le suivi législatif publié par Digital Fairness Act.
La France, un cas à part : pourquoi les loot box classiques échappent au droit du jeu d’argent
Alors que l’Italie enquête et que l’UE légifère, la France a choisi une troisième voie, plus ancienne qu’il n’y paraît. Dès son rapport d’activité 2017-2018, l’Arjel (Autorité de régulation des jeux en ligne, devenue depuis l’Autorité nationale des jeux, ANJ) avait conclu que la grande majorité des loot box – celles que l’on peut acheter mais pas revendre ni échanger contre de l’argent réel, dites de « type E-I » – échappent à la définition légale du jeu d’argent en droit français, comme le détaille une analyse juridique de Crefovi. Seuls les objets « de type E-E » (achetables et échangeables) entraient potentiellement dans le champ de la loi du 12 mai 2010 relative à la régulation des jeux d’argent et de hasard en ligne, et ces cas avaient déjà été traités à l’époque.
La question n’est pourtant pas nouvelle dans le débat public français : dès le 27 novembre 2018, le député Stéphane Trompille interrogeait le gouvernement sur une éventuelle législation dédiée, citant les exemples belge et néerlandais dans sa question écrite à l’Assemblée nationale. La réponse du ministère de l’Économie, en mars 2019, était déjà celle qui prévaut aujourd’hui : le droit de la consommation et le code de la sécurité intérieure, notamment son article L.322-1 sur les loteries, permettent déjà d’agir au cas par cas, sans nécessiter de loi spécifique – la DGCCRF et l’Arjel étant chargées de la coordination. Un tel mécanisme, s’il relève de la loterie illégale, expose théoriquement à sept ans d’emprisonnement et 200 000 € d’amende, mais ce scénario reste marginal dans la pratique des jeux vidéo grand public.
JONUM : le nouveau cadre français pour les objets numériques monétisables
Ce que la France a effectivement créé, en revanche, c’est un cadre entièrement nouveau – mais qui ne concerne pas les loot box classiques de type Call of Duty ou FIFA. Les articles 40 et 41 de la loi SREN (loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l’espace numérique) instaurent une expérimentation encadrant les JONUM, « jeux à objets numériques monétisables ». Le décret d’application n° 2026-60 du 4 février 2026 est entré en vigueur le 7 février 2026, comme le confirme la page officielle de l’Autorité nationale des jeux consacrée au JONUM.
Un JONUM se définit par quatre critères cumulatifs : un sacrifice financier du joueur, un mécanisme faisant intervenir le hasard, une diffusion via un service de communication au public en ligne, et l’obtention d’objets numériques monétisables (ONUM) – le plus souvent des jetons ou NFT réellement échangeables ou convertibles, à la différence des objets d’un coffre aléatoire classique. Le régime est volontairement plus léger qu’un agrément de jeu d’argent traditionnel : il repose sur une simple déclaration préalable auprès de l’ANJ, qui délivre un récépissé sous 15 jours si le dossier est complet, sans que cela ne préjuge de la conformité du jeu. Seules les sociétés établies dans l’UE ou l’EEE peuvent opérer un JONUM sur le territoire français.
Les critères cumulatifs et les plafonds financiers
Le dispositif encadre sept catégories de jeux – action et combat, élevage, paris sportifs et hippiques fictifs, aventure et quêtes, gestion et construction, courses – et impose des plafonds stricts : au maximum 1 000 € par an et par joueur pour les récompenses en nature, et 25 000 € par an et par joueur pour les récompenses en cryptoactifs, ou 20 % du chiffre d’affaires annuel du jeu si ce seuil est inférieur. À ce jour, deux opérateurs seulement figurent au registre des déclarations : Sorare, la licorne française du fantasy sport sous forme de cartes NFT, et Cylimit. Un dispositif taillé pour un segment encore restreint, bien loin des centaines de millions de joueurs concernés par la réforme PEGI.
Une pétition pour interdire les loot box en France… restée sans écho
Le débat sur une interdiction pure et simple existe pourtant bel et bien en France, mais il peine à mobiliser. Le 8 mai 2025, une pétition intitulée « Pour l’interdiction totale des lootbox dans les jeux vidéo en France » a été déposée sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale sous le numéro d’initiative 3708. Le texte réclame une interdiction complète, un renforcement de l’accompagnement familial et juridique, et des campagnes de prévention nationales en milieu scolaire et hospitalier. La pétition elle-même avance des chiffres frappants – 42 % des jeunes joueurs ayant acheté ce type de contenu présenteraient des risques de dépendance comportementale, un tiers déclarerait un stress ou une frustration intense après un achat infructueux, et le marché français de ces mécaniques dépasserait 400 millions d’euros par an. Ces chiffres proviennent du texte de la pétition et n’ont pas fait l’objet d’une publication scientifique ou institutionnelle distincte permettant de les vérifier de façon indépendante.
Faute d’un relais politique ou médiatique suffisant, la pétition n’a recueilli que 59 signatures sur les 100 000 requises en six mois. Elle a été classée par la commission compétente le 16 février 2026 – un contraste frappant avec la mobilisation observée ailleurs en Europe autour du même sujet.
Belgique et Pays-Bas : la voie radicale depuis 2018
Ce que la France a choisi d’éviter, la Belgique et les Pays-Bas l’avaient au contraire embrassé frontalement dès 2018. En avril de cette année-là, la Commission des jeux de hasard belge a jugé que les loot box présentes dans Overwatch, Counter-Strike: Global Offensive et FIFA 18 constituaient des jeux de hasard illégaux au regard du droit belge. Les éditeurs ont dû les retirer sous peine d’amendes pouvant atteindre 800 000 €, doublées en cas d’implication de mineurs, et jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Quelques jours plus tôt, l’autorité néerlandaise des jeux de hasard, la Kansspelautoriteit, avait fixé une échéance de mise en conformité au 20 juin 2018.
Huit ans plus tard, ce précédent reste la référence la plus citée par les partisans d’une ligne dure pour démontrer qu’une interdiction nette est juridiquement possible en Europe, sans attendre une harmonisation au niveau de l’Union.
Un marché de 23 milliards de dollars, entre plafonds et sanctions
Au-delà des textes de loi, c’est un marché colossal qui est en jeu. Selon une étude S&P Global relayée début juillet 2026, les mécaniques de type loot box ont généré environ 23 milliards de dollars dans le monde sur la dernière année, dont environ 12 milliards de dollars de dépenses des seuls joueurs européens en contenu intégré – un modèle économique désormais directement dans la ligne de mire des régulateurs. Le tableau ci-dessous résume l’ampleur financière du dossier, entre marché, plafonds réglementaires et précédents de sanctions.
| Indicateur | Valeur | Source / période |
|---|---|---|
| Marché mondial des loot box | ≈ 23 Md$ | S&P Global, via Bloomberg, juillet 2026 |
| Dépenses des joueurs européens en contenu intégré | ≈ 12 Md$ / an | S&P Global, via Bloomberg, juillet 2026 |
| Amende max. pratiques commerciales déloyales (Italie) | 5 000 € à 10 M€, ou 4 % du CA | Décret législatif 26/2023 |
| Précédent : amende eDreams (AGCM) | 9 M€ | 27 janvier 2026 |
| Amende max. loot box jugées illégales (Belgique) | jusqu’à 800 000 € + 5 ans de prison | Depuis avril 2018 |
| Plafond JONUM France (récompenses en nature) | 1 000 € / an / joueur / jeu | Décret n°2026-60 |
| Plafond JONUM France (récompenses en cryptoactifs) | 25 000 € / an / joueur / jeu, ou 20 % du CA du jeu | Décret n°2026-60 |
| Amende FTC (États-Unis) – Cognosphere/HoYoverse | 20 M$ | 17-21 janvier 2025 |
Comparaison internationale : qui régule quoi, et comment
La réponse réglementaire varie fortement d’un pays à l’autre, ce qui complique la tâche des éditeurs internationaux. Aux États-Unis, il n’existe pas d’équivalent contraignant du PEGI : l’ESRB se contente d’un étiquetage informatif, et c’est la FTC qui intervient a posteriori sur le fondement du droit de la consommation – comme sa transaction de 20 millions de dollars avec Cognosphere/HoYoverse en janvier 2025 sur les probabilités de Genshin Impact. Le Royaume-Uni (Online Safety Act, vérification d’âge) et le Brésil avancent, eux, vers un encadrement plus strict des ventes aux mineurs, ce qui donne à ce mouvement une dimension mondiale, au-delà du seul cadre européen. Le tableau ci-dessous détaille l’approche de chaque juridiction.
| Pays / région | Les loot box classiques sont-elles un jeu d’argent ? | Régulateur clé | Outil principal |
|---|---|---|---|
| Belgique | Oui, jugées illégales | Commission des jeux de hasard | Interdiction depuis 2018 |
| Pays-Bas | Position durcie puis assouplie | Kansspelautoriteit | Mise en demeure 2018 |
| France | Non, sauf objets échangeables | ANJ (ex-Arjel) | JONUM (objets échangeables) + réforme PEGI |
| Italie | Non, mais pratiques commerciales encadrées | AGCM | Instruction pour pratiques déloyales |
| Allemagne | Non, mais classification d’âge durcie dès 2023 | USK | Précédent qui a inspiré PEGI |
| Union européenne | Pas de définition commune à ce jour | PEGI (autorégulation) | PEGI 16 minimum + Digital Fairness Act en préparation |
| Royaume-Uni | Non | Gambling Commission / Ofcom | Online Safety Act, vérification d’âge |
| États-Unis | Non | FTC + ESRB | Étiquetage informatif + droit de la consommation |
Quel impact pour les studios et éditeurs de jeux vidéo
Pour les studios, la multiplication des cadres crée un vrai casse-tête de conformité. Un classement PEGI 16 au lieu de PEGI 3 réduit l’audience adressable sur les canaux qui appliquent strictement les restrictions d’âge, et complique le marketing auprès des familles. Les éditeurs dont le modèle repose sur les packs aléatoires – sport, mobile free-to-play, gacha – sont les plus exposés : Activision Blizzard, dans le viseur italien, et Electronic Arts, dont Ultimate Team est devenu malgré lui l’exemple pédagogique de la réforme PEGI. Certains ajustent déjà leurs mécaniques en amont – meilleure divulgation des probabilités, plafonnement des dépenses, achats désactivés par défaut pour les comptes mineurs – en partie pour anticiper un classement plus sévère, en partie pour peser dans le débat sur la Digital Fairness Act avant qu’il ne devienne contraignant. Video Games Europe, qui représente l’industrie à Bruxelles, mise ouvertement sur l’autorégulation du PEGI pour éviter une loi plus rigide.
Ce que ça change pour les joueurs et les parents
Concrètement, pour un joueur ou un parent français, trois choses changent à partir de 2026. D’abord, l’étiquette PEGI devient un indicateur plus fiable du risque de dépense : un PEGI 16 ou 18 signale désormais aussi un risque financier et comportemental, pas seulement de la violence ou du langage explicite. Ensuite, les nouveaux jeux affichant des objets aléatoires payants sont proposés avec cette classification dès leur sortie, mais les jeux déjà classés ne changent pas rétroactivement d’étiquette, sauf mise à jour majeure. Enfin, pour les jeux à objets NFT ou cryptoactifs comme Sorare, la déclaration JONUM impose des plafonds annuels de gains vérifiables, une protection supplémentaire absente des loot box classiques.
En pratique, les associations de consommateurs recommandent d’activer systématiquement le contrôle parental au niveau du compte de la console ou du magasin d’applications, plutôt que de se reposer sur les réglages par défaut du jeu lui-même – une faille précisément pointée par l’enquête italienne contre Activision Blizzard.
Prédictions : ce qui devrait changer d’ici 2027
- La Commission européenne devrait présenter formellement sa proposition de Digital Fairness Act au second semestre 2026, mais son adoption définitive avant 2027 paraît peu probable compte tenu du calendrier habituel du trilogue européen.
- L’instruction de l’AGCM contre Activision Blizzard devrait déboucher soit sur des engagements correctifs, soit sur une sanction financière ; le précédent eDreams (9 millions d’euros) donne un ordre de grandeur plausible.
- D’autres éditeurs vont probablement ajuster leurs mécaniques de monétisation en amont pour éviter un classement PEGI 16 ou 18, prolongeant la stratégie d’autorégulation déjà revendiquée par Video Games Europe.
- Le nombre d’opérateurs déclarés au régime JONUM français devrait croître au-delà de Sorare et Cylimit, sans pour autant devenir un segment de masse tant que les plafonds annuels resteront aussi bas.
- Si le PEGI 16 s’avère insuffisant aux yeux de l’opinion française, une nouvelle initiative parlementaire ou une pétition mieux relayée que celle de 2025 pourrait relancer le débat sur une interdiction totale, sur le modèle belge.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une loot box, exactement ?
Une loot box est un objet numérique acheté avec de l’argent réel ou une monnaie virtuelle, dont le contenu – skins, personnages, améliorations – est déterminé par le hasard au moment de l’ouverture. Elle diffère d’un achat classique en jeu, où le joueur sait exactement ce qu’il obtient.
Les loot box sont-elles illégales en France ?
Non, pas dans leur grande majorité. L’Arjel, devenue l’ANJ, a conclu dès 2017-2018 que les loot box non échangeables contre de l’argent réel échappent à la définition légale du jeu d’argent en droit français. Seuls les objets échangeables (type E-E) pourraient, en théorie, relever de la loi sur les jeux d’argent en ligne.
Qu’est-ce que le PEGI 16 change, et les jeux déjà sortis sont-ils reclassés ?
À partir de juin 2026, tout nouveau jeu vendant des objets aléatoires payants reçoit automatiquement une classification PEGI 16 minimum, rendant le risque financier aussi visible que la violence ou le langage explicite. La réforme ne s’applique toutefois pas rétroactivement : seuls les nouveaux titres et les mises à jour majeures sont concernés, pas l’ensemble du catalogue déjà noté.
Qu’est-ce que le JONUM, et est-ce que ça concerne des jeux comme FIFA ou Call of Duty ?
Non. Le JONUM est un cadre expérimental français, entré en vigueur en février 2026, qui encadre des jeux dont les objets – souvent des NFT – sont réellement échangeables ou convertibles, comme Sorare. Les loot box classiques de type Call of Duty ou FIFA n’entrent pas dans ce cadre.
Que risque Activision Blizzard dans l’enquête italienne ?
Si les manquements sont confirmés, l’AGCM peut infliger une amende comprise entre 5 000 € et 10 000 000 €, voire jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires réalisé en Italie en cas de pratiques transfrontalières. Aucune sanction n’a encore été prononcée à ce jour.
Qu’est-ce que la Digital Fairness Act et quand entrera-t-elle en vigueur ?
C’est le texte de loi européen contraignant, actuellement en préparation, qui pourrait interdire les loot box pour les mineurs à l’échelle de toute l’Union. Une proposition formelle de la Commission est attendue au second semestre 2026, mais son adoption définitive n’est pas attendue avant 2027.
Comment protéger ses enfants des loot box en attendant une éventuelle loi ?
Les associations de consommateurs recommandent d’activer le contrôle parental au niveau du compte de la console, du PC ou du magasin d’applications, plutôt que de se fier aux réglages par défaut du jeu – souvent permissifs, comme le souligne justement l’enquête italienne contre Activision Blizzard.



